Spécial Journée de l'Idahot : interview de nos animateurs !

Fabrice et Jordan

A l’occasion de l’Idahot, Jordan et Fabrice, animateurs de prévention au Crips Ile-de-France répondent à nos questions sur les actions prévues par le Crips pour cette journée et de façon plus générale les techniques adoptées par les animateurs de prévention du Crips sur le terrain pour lutter contre la LGBTphobie chez les jeunes.

Pouvez-vous nous expliquer ce que signifie IDAHOT et la raison pour laquelle cette journée a été créée ?

L’IDAHOT, c’est la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie, dans le monde entier. Cette journée a été créée pour sensibiliser les gens aux discriminations faites aux personnes LGBT et c’est aussi un moment qui permet à chacun de manifester sa position, son envie de lutter contre ces discriminations.

Quelles sont la ou les actions que le Crips a prévues pour cette journée ?

Pour cette journée le Crips a décidé de réaliser un parcours sur les discriminations LGBT à destination de groupes de jeunes.
Il y aura notamment :

  • une projection de « Human » de Yann Arthus-Bertrand et du court métrage « Omar » réalisé par l’Inpes,
  • une exposition de photos,
  • des outils pédagogiques habituellement utilisés en animation de prévention comme « Zone de tolérance » et « J’accepte ou je n’accepte pas ».

Ces actions ont pour but de travailler sur la représentation des jeunes par rapport à la sexualité en leur donnant des outils leur permettant d’identifier les discriminations et les normes de notre société. Comme toujours au Crips, l’objectif est de faire réfléchir les jeunes, pas de les convaincre, sur différents éléments, notamment sur les images et messages qu’ils peuvent voir dans les médias.

Quelles sont les techniques d’animation et outils que vous allez utiliser pour cette action et de façon plus générale, que vous utilisez en séance de prévention pour aborder des thèmes comme l’Homophobie ou la Transphobie avec les jeunes ?

En animation, nous travaillons sur la critique de la norme en faisant réfléchir le public sur ce qui est considéré comme « normal » dans notre société afin d’identifier les discriminations qui émanent de cette norme. On travaille d’abord sur la généralité et, au fur et à mesure, on rentre sur les thématiques qui sont un peu sensibles comme la thématique LGBT.

Nous avons différents outils, notamment un jeu de définitions car il y a encore beaucoup de jeunes qui mélangent différents thèmes (le travestissement, la trans-identité, l’homosexualité, la pédophilie,…). Un autre outil nous permet de travailler sur les stéréotypes autour des orientations sexuelles à partir de photos.

En tant qu’animateur de prévention quel est votre rôle auprès des jeunes que vous souhaitez toucher lors de cette journée ?

Avant tout, notre rôle est de faire réfléchir les jeunes sur leurs représentations concernant nos thématiques en leur donnant des pistes de réflexion. Notre rôle est aussi de leur donner une vision critique des stéréotypes véhiculés par les médias. Pour poser le cadre nous avons aussi pour mission de leur rappeler que la LGBTphobie est une discrimination punie par la loi.

Dans la pratique de votre métier, avez-vous observé des évolutions ou des changements de comportements chez les jeunes en ce qui concerne la LGBTphobie ?

C’est très partagé. D’un côté, j’ai parfois en face de moi des jeunes qui continuent à tenir des propos homophobes de façon totalement décomplexée et qui estiment que l’homosexualité est « contre nature ». Et d'un autre, globalement les avis et propos restent nuancés et plus tolérants. Cela dépend vraiment des publics. On observe une évolution assez positive, mais il persiste encore des propos LGBTphobes chez certains jeunes.

Comment pourriez-vous expliquer cette évolution ?

L’avancée du mariage pour tous et le fait que de plus en plus de couples LGBT s’affirment et vivent librement peuvent avoir un double effet et ont pu réveiller ou exacerber chez certains des pensées LGBTphobes.

Tout au long de l’année, le Crips met-il en place d’autres actions pour lutter contre la LGBTphobie ? Quel bilan dressez-vous de ces actions ?

Il existe de plus en plus d’outils permettant de lutter contre la LGBTphobie. Par contre, cela reste encore une thématique assez sensible que certains animateurs ne sont pas forcement capables d’aborder de façon approfondie. Je pense que, dans la partie « vie active et sexuelle », il est toujours important de consacrer 5 à 10 minutes minimum aux différents types de sexualité pour éviter d’avoir un discours hétéro centré.

On est en progression en terme d’outils et de matières mais il y a encore un long chemin à parcourir concernant nos animations et la déconstruction des représentations et l’ouverture du débat.