Ouverture de la conférence de lutte contre le sida 2016 à Durban

Billet d'humeur de Michel Bourrelly (Conseiller Spécial sur les programmes, la recherche et l'international pour le Crips Ile-de-France)

La 21ème Conférence Mondiale sur le sida va s’ouvrir officiellement aujourd’hui lundi 18 juillet 2016. Le 15 avril 1985 s’ouvrait à ATLANTA la 1ère conférence devant 2000 participants et à l’époque 7000 patients étaient morts du sida aux USA.

31 ans plus tard, le nombre de séropositifs dans le monde avoisine les 40 millions, et le nombre annuel des décès causés par le VIH a longtemps été autour des 2 millions depuis 2005, ce nombre diminue lentement, alors que la maladie dans les populations les plus exposés continue de progresser.

  • Pourquoi ?
  • Qu’avons-nous raté ?
  • Pour commencer, de quoi disposons-nous ?

De connaissances scientifiques prouvées et validées sur les modes de transmission qui sont clairs et certains.

De traitements qui permettent de faire reculer le virus dans ses derniers retranchements (les réservoirs qui sont les derniers bastions du virus, mais d’où il n’est pas capable de mener son attaque virologique contre son hôte). Ces traitements permettent, dans la plupart des cas, de vivre avec le virus et en plus, réduisent considérablement voire totalement les risques de transmission du virus.

D’outils de dépistage de plus en plus efficaces, rapides et précis.

D’un arsenal de méthodes préventives, préservatifs intérieurs, extérieurs, en association avec les gels lubrifiants, PrEP qui permettent aux individus de faire le choix de leur mode de protection.

D’accompagnateurs formés, professionnels ou militants, ou les deux qui répondent aux demandes, aux interrogations du public concerné, qui accueillent et orientent les personnes et les accompagnent dans leurs démarches vers le soin.

Mais alors, qu’est ce qui ne va pas ?

L’environnement général n’a pas changé …. Trop de personnes pensent que la peur est bonne conseillère. Qu’il faut effrayer la population pour qu’elle prenne en compte le virus et qu’elle intègre des méthodes adaptées de protection.

C’est faux ! C’est le meilleur moyen pour peut-être conscientiser ceux qui n’ont quasiment aucun risque de se confronter à ce virus et d’écarter du paysage habituel et formé du monde de la lutte contre le sida tous ceux qui vont vivre régulièrement une probable exposition au virus.

La sérophobie est toujours à son plus haut niveau et plus particulièrement dans les communautés les plus affectées.

Pourquoi ?

  • Parce que simplement la peur favorise l’exclusion, alors que nous savons désormais qu’il vaut mieux avoir une relation sexuelle avec une personne séropositive traitée, avec une charge virale indétectable qu’avec un quidam qui a fait son test avec un résultat négatif il y a deux mois.
  • Parce ce qu’aucune grande campagne étatique d’envergure a parlé du traitement dont l’efficacité permet la non transmission.
  • Les lois de trop nombreux pays sont aussi discriminantes et stigmatisantes vis-à-vis de ceux qui sont les plus exposés, ces groupes nous les connaissons depuis le début de l’épidémie.
  • Tous les hommes qui ont des relations homosexuelles
  • Les travailleurs et travailleuses du sexe
  • Les hommes et femmes qui ont des pratiques d’injections de produits psychoactifs
  • Les détenus
  • Les hommes et femmes trans.

En résumé

Depuis plus de 25 ans, nous connaissons précisément les personnes que nous devons sensibiliser le plus, avec des outils efficaces de prévention, des traitements de plus en plus adaptés et efficients et pourtant lundi nous allons assister à l’ouverture de la 21ème conférence internationale sur le sida avec les mêmes constats :

Toujours des morts
Toujours des freins
Toujours des facteurs limitants

Dans cette conférence, on pourra à nouveau avancer, certes pas à pas, vers THE CURE, ce traitement dont on espère tous l’arrivée plus ou moins prochaine. Anthony FAUCI, répondant à une question sur « mais c’est pour quand » répondit « je ne pourrai pas vous dire quand tant que je suis obligé de vous dire SI » .

Ces traitements tant attendus doivent atteindre les réservoirs sans pour autant détruire tout ce qu’ils trouvent sur leur passage.

Dans cette conférence, on ré-abordera les « 90/90/90 » tant vantés comme la panacée ces derniers temps mais dont on va, sans doute découvrir, au cours de ces 5 jours, les limites. Cette stratégie apparait de plus en plus comme nécessaire mais pas suffisante.

Pour contrecarrer ces limites, là aussi l’INFORMATION DIVERSIFIEE est capitale, c’est beaucoup plus de travail, mais on doit avoir des messages adaptés.
Adaptés aux séropositifs de longue date, aux nouveaux contaminés, aux séronégatifs exposés aux risques de contamination avec un message de liberté et de choix et, bien sûr, au grand public avec un bruit de fond nécessaire.

Bref, nous avons TOUT en main pour réussir et POURTANT, le chemin risque d’être long.

Toutes les initiatives locales qui peuvent permettre de faire surgir des actions de terrain innovantes et pertinentes contribueront à l’accélération de la baisse des contaminations. Saluons les projets menés par certaines villes telle Paris, qui, avec son envie d’aller plus vite, d’aller plus fort, à travers « Vers Paris sans sida », donne un des meilleurs exemples possibles en matière de lutte efficace contre le sida.

Au cours de cette 21ème conférence, nous aurons à clamer qu’il nous faut plus d’argent pour réussir, plus de moyens humains pour gagner cette guerre et pousser tous les décideurs à comprendre les enjeux en étant inclusifs et non discriminants, tout en faisant des choix drastiques dans l’attribution des fonds.

Je ne sais pas si DURBAN 2016 est une des dernières conférences sur le sida, mais on peut parier que c’est celle où va se jouer l’avenir de millions de futurs séropositifs qui pourraient être épargnés.