L’histoire de l’héroïne commence il y a un peu plus d’un siècle.
En 1874, un chimiste anglais, C. R. A. Wright, opère une réaction chimique simple sur la morphine et synthétise ainsi une nouvelle substance, la diamorphine
. Vingt-quatre ans plus tard, H. Dreser, un autre chimiste, allemand cette fois, affine le procédé de synthèse et fait des essais sur l’homme. L’effet de la diamorphine s’avère quatre fois plus puissant que celui de la morphine, car son action se concentre davantage sur le cerveau. Dreser présente d’emblée cette substance comme efficace, d’administration aisée et n’entraînant pas de dépendance
.
La diamorphine est très rapidement utilisée en tant que médicament remplaçant la morphine dans le traitement des douleurs, de la toux, de l’asthme, des insomnies, de la tuberculose
, et dans le traitement de désintoxication des morphinomanes. Cette efficacité extraordinaire lui vaudra le nom d’héroïne.
A la veille de la Première Guerre mondiale, aux États-Unis, un demi-million de personnes sont dépendantes du traitement "héroïque". L’héroïne est progressivement perçue comme une drogue abolissant tout sens de la responsabilité et comme un produit criminogène.
La législation change : dans les années vingt, l’héroïne est déclarée produit dangereux et de faible intérêt thérapeutique par la Société des Nations. Les États-Unis en prohibent l’usage non médical et s’engagent dans un combat contre la nouvelle drogue. En 1956, ils en interdisent également l’usage médical. En Europe, dans les années 1920, les prescriptions thérapeutiques d’héroïne étaient jugées indispensables ; mais dès 1931, compte tenu du nombre croissant d’héroïnomanes et des difficultés de soin, l’intérêt thérapeutique de l’héroïne fut relativisé. Cependant, le Canada, la Grande-Bretagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse, l’Islande et Malte poursuivirent, durant un temps variable, les prescriptions médicales d’héroïne.
Actuellement, certains pays, dont la Suisse et l’Australie, l’expérimentent dans le cadre des politiques de réduction des risques auprès des héroïnomanes pour lesquels les autres traitements ont échoué. Cette prescription est interdite en France, mais une semblable expérimentation est en cours de discussion.