IAS 2015, 8ème Conférence de l'IAS

La 8ème Conférence de l'IAS sur la pathogenèse, le traitement et la prévention du VIH (Vancouver, 19-22 juillet 2015) vient de se clore.
Stratégies thérapeutiques, dépistage, TasP, PrEP, populations vulnérables… : retour sur quelques interventions.

Atteindre l'objectif 90-90-90

A la veille de la conférence, un séminaire s’est penché sur la réalisation de l’objectif 90-90-90 de l’Onusida. Il s’agit, à l’horizon 2020, que :

  • 90 % des personnes infectées par le VIH soient dépistées,
  • 90 % de ces personnes dépistées bénéficient d’un traitement antirétroviral,
  • 90 % de ces personnes traitées aient une charge virale indétectable.

Les experts estiment que cet objectif peut être atteint si sont mis en place "des services de santé innovants".

La déclaration de consensus

La journée d’ouverture de la 8ème Conférence de l'IAS a été marquée par la déclaration de consensus de Vancouver. Celle-ci appelle à un accès immédiat aux antirétroviraux (ARV) et à l’accès à la prophylaxie pré-exposition (PrEP) pour les personnes très exposées aux risques de VIH.

La déclaration a été approuvée par des organismes tels que le Fond mondial de Lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, le PEPFAR et l’Onusida.

Traitement et dépistage : de nouvelles recommandations de l'OMS

Initier le traitement antirétroviral dès le diagnostic

L'OMS annonce la publication pour fin 2015 de nouvelles directives recommandant la mise sous ARV dès le diagnostic d'infection à VIH.

Ces nouvelles directives sur le traitement antirétroviral

  • Recommanderont le traitement pour toutes les personnes séropositives (enfants, adolescents et adultes ; femmes et hommes) quel que soit le taux de lymphocytes CD4, en donnant la priorité aux personnes dont le taux de CD4 est inférieur à 350 cellules/mm3 et à celles souffrant de pathologies classant pour le sida,
  • Préconiseront la prophylaxie pré-exposition, proposée comme un choix de prévention additionnel aux personnes courant un risque important d'acquisition du VIH.

Ces nouvelles recommandations s’appuient sur les résultats de deux grands essais randomisés, START et ANRS Temprano, publiés en 2015. Le risque d'incidents graves et de décès liés au VIH a été diminué :

  • De 44 % chez les PvVIH mis précocement sous ARV dans l'essai ANRS Temprano, mené chez plus de 2 000 patients en Afrique subsaharienne,
  • Et de 72 % dans l'étude Start chez les patients du groupe mis sous traitement antirétroviral dès que le diagnostic d'infection à VIH était posé. Cette étude concernait 4 685 patients répartis en deux groupes : l’un traité dès le diagnostic, l’autre traité lorsque le décompte de CD4 passait sous la barre des 350 copies par mm3.

Elargir l'offre de dépistage

L’OMS recommande une triple approche :

  • Augmenter le dépistage systématiquement proposé dans les structures de santé,
  • Mettre en place un dépistage ciblé en direction des populations les plus vulnérables au VIH, après évaluation de la prévalence du VIH dans les différents groupes,
  • Créer ou intensifier l’offre de dépistage communautaire par des non professionnels de santé.

Pour la première fois, l’OMS recommande de s’appuyer davantage sur les non professionnels de santé dans le domaine du dépistage. Membres d’association de lutte contre le sida ou d’associations communautaires par exemple, ces personnes sont formées spécialement pour assurer cette prestation.

Ce type d’intervention

  • Contribue à pallier au déficit en personnel médical dans certaines régions,
  • Améliore l’accès au dépistage pour certaines populations clefs (HSH, travailleurs du sexe, usagers de drogues, personnes en situation de précarité…).

TasP : un essai transformé

Après un suivi de quatre ans, les résultats définitifs de l’étude HPTN052 montrent que, dans un couple hétérosexuel sérodifférent, aucune transmission du VIH n’est observée si le/la partenaire séropositif-ve a une charge virale indétectable.

Deux tiers des couples inclus ont été suivis jusqu’au bout de l’étude. Au final, le traitement antirétroviral réduit de 93 % les risques de transmission du VIH dans un couple hétérosexuel dont l’un des partenaires est séronégatif pour le VIH et l’autre séropositif.

Les infections qui ont eu lieu pendant la période de suivi :

  • Etaient dues à des relations non protégées avec un-e partenaire extérieur-e au couple ;
  • Ou, si elles étaient liées au/à la partenaire régulier-ère, elles ont eu lieu avant la mise sous traitement antirétroviral, ou avant que la charge virale ne devienne indétectable, ou en cas d’échec du traitement.

Du côté des antirétroviraux

Inhibiteurs de maturation : le BMS-955176
Les résultats d’une étude de 28 jours montrent que le BMS-955176 en association avec l’atazanavir, provoque une réponse virologique aussi soutenue que les antirétroviraux habituels. Il a aussi été bien toléré.
Les inhibiteurs de maturation agissent à la fin du cycle de réplication virale en se fixant sur les longues chaines protéiques virales fabriquées par la cellule hôte du VIH et en empêchant leur découpage par la protéase.
Cette molécule d’une nouvelle famille d’antirétroviraux pourrait offrir une option supplémentaire pour les personnes qui ont développé de multiples résistances aux ARV existants.

INNTI : la doravirine
La doravirine est un nouvel inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse (INNTI). Les résultats d’une étude comparant la doravirine à l’éfavirenz, un autre INNTI, ont montré que la doravirine était aussi efficace mais provoquait deux fois moins d’effets indésirables.

Un cas de rémission prolongée chez une jeune fille de 18 ans

Née d’une mère séropositive, l’enfant avait été mise sous AZT dès sa naissance puis, à deux mois une fois le diagnostic d’infection à VIH posé, sous quadrithérapie antitétrovirale presque jusqu’à ses six ans. Elle est ensuite sortie du circuit de soins et sa famille a décidé d’interrompre le traitement.
Quand elle revue un an plus tard, sa charge virale est indétectable et les médecins décident de ne pas reprendre le traitement antirétroviral.
Douze ans plus tard, à plus de dix-huit ans, elle n’a jamais repris d’ARV, sa charge virale est toujours indétectable et son taux de lymphocytes T CD4 est resté stable.

"Selon toute vraisemblance, c’est le fait d’avoir reçu très tôt après sa contamination une combinaison d’antirétroviraux qui lui permet d’être en rémission virologique depuis aussi longtemps."

Les migrants originaires d'Afrique sub-saharienne se contaminent aussi en France

L’enquête "Parcours de vie, VIH et hépatite B chez les migrants africains en Ile-de-France", dont les résultats ont été présentés à l'IAS 2015 montre qu’entre 35 % et 49 % des migrants originaires d’Afrique subsaharienne auraient contracté le VIH après leur arrivée en France. Ce phénomène est davantage vrai pour les hommes que pour les femmes et augmente avec le temps passé sur le territoire.
Cette constatation devrait inciter à revoir la prévention en direction de cette population.
Parcours, démarrée en 2012, a été menée auprès de 898 personnes migrantes.

Pour en savoir plus au jour le jour

VIH.org s'appuyant sur le COREVIH-Bretagne, d'une part, et le NAM, d'autre part, ont proposé une sélection quotidienne parmi les interventions qui ont eu lieu à la conférence.

Dimanche 19 juillet 2015

Lundi 20 juillet 2015

Mardi 21 juillet 2015

Mercredi 22 juillet 2015