L'autotest de dépistage du VIH ou ADVIH

L’autotest est désormais disponible dans les pharmacies françaises. Réalisé et interprété par la personne elle-même, il ajoute une possibilité à l’offre de dépistage du VIH. Enjeux, interrogations et réactions.

Réclamés de longue date par les associations, la vente des autotests en pharmacie avait été annoncée pour courant 2014 puis pour début juillet 2015.
A la mi-septembre 2015, ils sont enfin disponibles.


Il est désormais possible en France de réaliser soi-même un test de dépistage du VIH, chez soi, en toute intimité. Si les autotests de dépistage du VIH ou ADVIH offrent une opportunité de plus pour connaître sa sérologie, donc de bénéficier d'un traitement, leur mise sur le marché est entourée d'un certains nombre de précautions.

Une mise à disposition au terme "d'une procédure exigeante"

Le 15 septembre 2015, le ministre de la Santé annonce la mise à disposition de l’autotest dans les pharmacies d’officine. En France 150 000 personnes vivent avec le VIH dont une sur cinq ignore sa séropositivité. Cette mise à disposition intervient au terme d’une "procédure exigeante" qui vise à "garantir la qualité du dispositif et assurer la sécurité et la bonne information des utilisateurs".

Encadrée par des études menées sous l'égide de l'ANRS

Dès 2009, l'ANRS mène auprès des HSH une étude sur la connaissance et l'acceptabilité des autotests en France.
En 2014, une enquête est réalisée auprès d’experts du dépistage aussi bien en population générale qu’auprès de populations très exposées au VIH (HSH, usagers de drogues, personnes transgenres, personnes originaires d'Afrique subsaharienne, de Guyane, Martinique/Guadeloupe…). Ce travail permet de "faire émerger plus de 250 recommandations pour accompagner le bon usage de l'autotest dans chaque groupe".

Suite à la mise en vente libre des autotests, une vaste étude ANRS-V3T (VIH : teste-toi toi-même) recueillera via internet des informations auprès des utilisateurs de l’autotest pour tenter de cerner qui ils sont, les difficultés qu’ils rencontrent et, en cas de séropositivité, le délai vers l’accès aux soins.

Faciliter l’accès au dépistage pour ceux qui veulent rester discrets

Dans une interview, le Pr Gilles Pialoux, infectiologue, évoque les personnes "peu désireuses de partager les détails de leur vie sexuelle" avec un professionnel de santé ou un associatif. L’autotest fournit à ce type de public une méthode discrète pour connaître sa sérologie VIH. Il cite le cas des mineurs "qui ne peuvent pas se permettre de prendre le risque qu’un résultat de test arrive au domicile familial", celui des seniors dont les proches et la société considèrent qu’ils n’ont plus de sexualité, les personnes qui vivent "une sexualité secrète", celles "qui ont peur de parler devant des soignants, par crainte d'être stigmatisées"…

Quels points de vue des associations ?

Les associations de lutte contre le sida saluent l’arrivée des autotests comme un moyen supplémentaire pour les personnes d’accéder au dépistage. Mais elles sont soucieuses de l’encadrement des utilisateurs pour leur faciliter la réalisation et la lecture du test et surtout de leur accompagnement dans la possible découverte d’une séropositivité.

Nombre d’entre elles réclament soit la mise à disposition d’autotests gratuits pour les populations les plus vulnérables, soit leur remboursement.

Act Up-Paris souligne la part prise par les associations dans le processus de mise à disposition. "Elles travaillent sur le sujet depuis des années."
Aides se réjouit car "le dépistage est le premier levier pour mettre fin à l'épidémie de VIH".
ELCS approuve cette initiative mais s’inquiète du "coût unitaire de cet outil qui pourrait sans aucun doute constituer un frein important, non pas à son appropriation, mais tout simplement à son accessibilité".
Le MFPF précise que les autotests "gagneraient à être proposés dans les associations".
Vih.org a interrogé Michel Ohayon, le directeur médical du 190, et Aurélien Beaucamp, le président de Aides. Le premier remarque que "pour qui a du mal à aller demander un dépistage à un pro, c’est l’occasion de connaître – enfin – son statut". Le second inscrit l'autotest dans une vision globale : "Si nous parvenons à dépister et à accompagner dans le soin toutes les personnes séropositives qui s'ignorent, l'épidémie de sida s'éteindra en quelques années."

Réactions croisées

Certains ne voudront pas se retrouver seuls en face d'une possible découverte de séropositivité mais d'autres apprécient par avance de ne pas être tributaires d'horaires d'ouverture.

Jean Wilson Martial, qui vit avec le VIH, se souvient du soutien apporté par le médecin quand il a appris sa séropositivité. Mais il reconnaît que, même trop cher, l'autotest est "une réelle avancée".

A Tours, les pharmaciens accueillent favorablement l'autotest mais le trouvent, eux aussi, trop onéreux. "Je ne comprends pas la TVA à 20 % pour un produit non remboursé, alors que l'État aurait dû mettre une TVA à 5,5 %, comme pour les préservatifs." Certains ont même décidé de les vendre en-dessous des 25 euros recommandés : "Le but est de toucher le plus de monde possible."

L'autotest en pratique

Sida Info Service propose quatre vidéos pour accompagner les utilisateurs dans la réalisation et la lecture de leur autotest. L'organisme fournit aussi une liste de sites internet où acheter l'autotest.

Un journaliste a expérimenté l'autotest. Il en décrit les étapes et donne son avis.

Vu d'ailleurs...

La dispensation des autotests VIH en France est l'occasion de s'interroger pour les acteurs de terrain et les professionnels de santé suisses. Les autotests ne sont en effet pas disponibles dans leur pays.