Les nouveaux enjeux de la prévention combinée du VIH

Un cycle de quatre conférences a réuni à Bruxelles chercheurs et acteurs de terrain pour réfléchir à l'impact des nouvelles connaissances scientifiques sur la prévention du VIH. Les actes sont disponibles en ligne.

Le cycle de conférences 2014-2015 de l’Observatoire du sida et des sexualités proposait de faire le point sur les connaissances scientifiques actuelles en matière de lutte contre le VIH/sida et les autres IST et de réfléchir aux différents impacts de celles-ci en termes de campagnes et de pratiques de préventions.

Mêlant conférences multidisciplinaires et tables rondes, ces conférences ont permis de réunir des chercheurs et des acteurs de la lutte contre le VIH et les autres IST en Belgique et en Europe. Les intervenants français ont été nombreux.

"Revenir sur les fondements et l’actualité scientifique du TasP et de la PrEP ainsi que sur la combinaison de ces derniers avec les autres stratégies de prévention en vue d’un impact maximal sur la dynamique de l’épidémie."

Ce cycle comprenait quatre journées de conférence que reprennent fidèlement les actes :

  • Traitement comme prévention : enjeux actuels,
  • Stratégies alternatives de dépistage du VIH,
  • Prophylaxie pré-exposition ou PrEP,
  • Santé sexuelle des personnes vivant avec le VIH.

TasP et PrEP

La notion de TasP (Treatment as prevention = traitement comme prévention) est encore méconnue, y compris parmi les personnes vivant avec le VIH (PvVIH). Elle entérine les effets prouvés par de nombreuses études des traitements antirétroviraux sur le maintien d’une charge virale à un niveau indétectable, ce qui empêche la transmission du VIH à une personne séronégative.

Un certain manque de clarté des messages sur le TasP est source d’anxiété et de confusion tant au niveau individuel que dans les groupes qui se mobilisent pour représenter les PvVIH et les communautés concernées. Il provoque une dispersion des comportements préventifs des PvVIH.
Il est primordial de proposer "une communication publique claire et cohérente à ce sujet".

La PrEP ou prophylaxie pré-exposition permet à une personne séronégative exposée à un risque d’infection par le VIH de réduire ce risque en prenant de manière régulière des antirétroviraux (ARV). Elle peut prendre plusieurs formes dont certaines sont encore à l'étude :

  • Prise quotidienne ou à la demande d'antirétroviraux,
  • Application d'un gel vaginal et/ou rectal,
  • Pose d'un anneau intravaginal.

Les essais PROUD (prise quotidienne d’ARV) et ANRS IPERGAY (prise "à la demande" encadrant le rapport à risque), réalisé dans une population de HSH à haut risque d'acquisition du VIH, a montré une réduction de 86 % de ce risque chez les participants.

La définition des publics ciblés par la PrEP, dits "à haut risque" est aussi un élément des discussions autour de la PrEP.

Il est recommandé de lier la PrEP avec d’autres stratégies préventives, à savoir l’adoption de comportements sexuels sécuritaires et la réalisation de tests de dépistage des IST.

Les Etats-Unis sont le seul pays où la PrEP est autorisée depuis juillet 2012. Les associations françaises de lutte contre le sida se mobilisent depuis plusieurs mois pour qu'elle soit mise à disposition en France.

Test rapide et dépistage communautaire

Le dépistage joue un rôle central dans les approches tant collectives qu’individuelles de contrôle de l’épidémie et de prévention. "Alors que les outils se diversifient, la connaissance de son statut sérologique semble plus que jamais cruciale afin d’opérer des choix efficaces."

Les évolutions stratégiques passent par la volonté de lever les freins au dépistage, aussi bien au niveau individuel (manque de perception du risque, anticipation de la stigmatisation, peur de la maladie et/ou de la mort, etc.) qu’opérationnel (offre de dépistage, accessibilité, formation du personnel, etc.).

Chaque nouveau dispositif doit s'intégrer dans une politique globale de dépistage accompagnée :

  • D'une évaluation quantitative et qualitative, de chacun des dispositifs,
  • D'une formation continue des personnes mobilisées dans les structures communautaires ou médicales.

"L’approche communautaire offre un dépistage aux populations les plus exposées, en se rapprochant au plus près d’elles, géographiquement et culturellement puisque le dépistage est réalisé par des pairs à proximité des lieux de sociabilité."

Santé sexuelle des PvVIH

Il s'agit de mettre la santé sexuelle des personnes séropositives au centre de la réflexion, en tentant de dépasser la question des techniques de prévention pour aborder le bien-être, la dicibilité ou la disance, le rapport au corps et le plaisir. Pour ce faire, il est nécessaire d'interroger la place et la parole des PvVIH en tenant compte des problématiques qui leur sont communes mais aussi de leurs spécificités.