HPV : où en sommes-nous ?

92e rencontre du Crips Île-de-France
12 novembre 2015

Interventions de la rencontre

Introduction

Michel Bourrelly, directeur du Crips
Nelly Reydellet, chef de service, le Kiosque

Données épidémiologiques

Pr Isabelle HEARD, gynécologue-obstétricienne, Centre national de référence du papillomavirus à l'Institut Pasteur

Le Pr Heard rappelle qu’il existe plusieurs centaines de papillomavirus humains (HPV) différents dont quelques-uns sont responsables de cancers, principalement les HPV-16 et 18. L’infection à HPV est une infection lente : il s’écoule environ 15 ans entre la contamination et les lésions précancéreuses. Les personnes sont contaminées par le HPV dès les premières relations sexuelles. L’utilisation du préservatif ne protège pas totalement des HPV, dont la transmission est à la fois cutanée et muqueuse.

Le HPV est responsable du cancer du col de l’utérus chez la femme, de cancer du pénis chez l’homme et, dans les deux sexes, de cancer de l’anus et de cancer des voies aériennes digestives supérieures (VADS). L’incidence du cancer du col ne diminue pas chez la femme. Celle du cancer de l’anus explose chez les personnes vivant avec le VIH (PvVIH) et celle des cancers des VADS augmente en Amérique et en Europe du Nord.

Pour les femmes, le dépistage du cancer du col se fait par frottis, recommandé tous les trois ans entre 25 et 65 ans. Les vaccins (Cervarix®, Gardasil®) protègent efficacement contre les HPV.

Vaccin HPV : comment convaincre ?

Dr Hélène Borne, gynécologue

L’infection à HPV est un défi de santé publique. 80 % des personnes sont contaminées au cours de leur vie. Chaque année en France, 3 000 nouveaux cas de cancers du col sont diagnostiqués et 1 000 femmes en meurent.

Il n’existe pas de programme de dépistage systématique du cancer du col en France. De plus, le dépistage par frottis n’est pas totalement efficace. Le traitement des lésions précancéreuses est lourd, parfois mutilant. Il diminue la fertilité or le cancer du col est un cancer de la femme jeune (30-35 ans).

Les vaccins préventifs sont efficaces. Le vaccin anti-HPV ne déclenche pas de maladies auto-immunes. Une large couverture vaccinale (au moins 80 % de la population ciblée) est nécessaire pour que le vaccin protège réellement. Mais la couverture vaccinale française est mauvaise, inférieure à 20 %.

HPV et anus : fardeau pour les patients et la prévention

Dr Laurent Abramowitz, proctologue, service d'hépato-gastro-entérologie à l'hôpital Bichat

Parmi les personnes séronégatives pour le VIH, la prévalence du HPV dans le canal anal est de

  • 12 % chez les hommes hétérosexuels,
  • 47 à 60 % chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH)

Parmi les personnes séropositives pour le VIH, la prévalence du HPV dans le canal anal est de

  • 50 % chez les hommes hétérosexuels,
  • 75 % chez les femmes,
  • 90-95 % chez les HSH.

En France, on diagnostique 3 700 cancers de l’anus par an dont 97 % dus au HPV.

Les HPV sont aussi responsables de verrues bénignes, les condylomes. Environ 23 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. A peu une PvVIH sur quatre développe des condylomes.

La prévention secondaire des cancers de l’anus est assurée par le dépistage systématique chez les PvVIH et les HSH.

Pour une prévention primaire, il faut empêcher la contamination par le HPV en augmentant la couverture vaccinale chez les filles et surtout en vaccinant les garçons contre le HPV, comme cela se fait aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie.

Impact de la vaccination HPV en population et couverture vaccinale en France

Dr Isabelle Parent du Chatelet, épidémiologiste, Invs

Depuis 2013 en France, le HCSP (Haut Conseil de la santé publique) recommande le vaccin chez les filles de 11 à 14 ans avec un rattrapage possible jusqu’à 19 ans. Depuis mars 2014, la vaccination comprend deux doses espacées de six mois.

La couverture vaccinale n’a jamais été très bonne en France. Depuis le battage médiatique autour des possibles effets secondaires du vaccin, elle diminue. En 2014, seules 17 % des jeunes Françaises étaient protégées contre le HPV.

Il est démontré qu’il existe des inégalités socio-économiques d’accès à la vaccination. Et ce sont les mêmes populations qui se font peu vacciner qui se font peu dépister par frottis. Ces femmes sont donc très vulnérables vis-à-vis du cancer du col.

L’impact du vaccin anti-HPV a été démontré à court terme, avec une baisse de la prévalence du HPV, de celle des condylomes (quasi de 100 % en Australie où la couverture vaccinale est de 80 %) et de la prévalence des lésions précancéreuses du col de l’utérus (de 73 %). Il est aussi efficace contre les lésions précancéreuses de l’anus.

Il faudra atteindre 15 à 20 ans après le début des campagnes de vaccination (2007) pour constater la baisse du nombre de cancers.

Vaccin anti-HPV et risque de maladies auto-immunes

Dr Rosemary Dray Spira, épidémiologiste, chef du Pôle épidémiologie des produits, ANSM

Dans le cadre des missions de surveillance du médicament et des produits de santé, l’ANSM a réalisé conjointement avec la CNAMTS une étude pharmaco-épidémiologique sur la sécurité d’utilisation de la vaccination anti-HPV à partir de l’analyse des bases de données médico-administratives françaises. L’objectif de cette étude était de rechercher l’existence d’une éventuelle association entre la vaccination anti-HPV et la survenue d’une maladie auto-immune (MAI). Il s’agissait d’une étude de cohorte portant sur plus de 2 250 000 jeunes filles exposées, c’est-à-dire vaccinées contre le HPV, ou non exposées. Les chercheurs ont comparé la prévalence des 14 MAI les plus fréquentes dans les deux groupes.

Les résultats de l’étude montrent que la vaccination contre les infections à papillomavirus humains (HPV) par Gardasil® ou Cervarix® n’entraîne pas d’augmentation du risque global de survenue de maladies auto-immunes, confirmant ainsi les données de la littérature française et internationale. Une augmentation du risque de syndrome de Guillain-Barré après vaccination contre les infections à HPV apparaît toutefois probable. Ce syndrome est déjà identifié dans l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du produit. De surcroît, ses conséquences sont limitées (1 à 2 cas pour 100 000 filles vaccinées) compte tenu de la rareté de la maladie, les deux institutions estiment que les résultats de cette étude ne remettent pas en cause la balance bénéfice-risque pour les vaccins concernés.

Conclusions

Michel Bourrelly, directeur du Crips
Nelly Reydellet, chef de service, le Kiosque

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