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Novembre 1990

PREMIER DECEMBRE 1990
FEMMES ET SIDA

      

LE SIDA CHEZ LA FEMME
par le Professeur Roger HENRION

La prochaine décennie sera, dans l'histoire du SIDA, celle des femmes et des enfants. En effet, le virus se répand non seulement en Afrique où le nombre de femmes et d'enfants malades se chiffrera par millions en l'an 2000 mais également dans le monde occidental, particulièrement en France. Tous les indicateurs le signalent qu'il s'agisse de la proportion de femmes parmi les individus atteints de SIDA déclarés à la Direction Générale de la Santé, des résultats d'une enquête multicentrique nationale ou d'enquêtes plus ciblées sur la région parisienne. Certes, la progression n'est pas explosive. Elle est lente, passe volontiers inaperçue mais elle est continue. Les causes en sont connues : la toxicomanie par voie intraveineuse et les contacts sexuels. Ni l'une ni l'autre n'ont aucune tendance à diminuer. Bien au contraire, la contamination sexuelle augmente. Elle s'est élevée de 20 à 25% en 1987, à 40 à 50% en 1989. Mais le SIDA chez la femme a d'autres caractéristiques. Le profil des femmes atteintes diffère de celui des homosexuels. Elles sont jeunes (moins de 25 ans : 44%), célibataires (75%), grandes fumeuses (71%), souvent d'origine étrangère (39%) ou ont des partenaires étrangers (47%), comme l'a montré une étude portant sur 200 femmes enceintes séropositives ayant consulté à Port-Royal. Ne suivant le plus souvent aucune contraception, elles deviennent enceintes. Leur détresse est alors extrême. Les solutions qu'on leur propose restent décevantes : ne jamais avoir d'enfants, avorter ou tenter la chance. Les deux premières solutions aboutissent à une stérilité de fait, inconcevable pour des femmes jeunes, fertiles et en bonne santé apparente. Tenter la chance est source d'une angoisse terrible. En dehors de quelques grands centres où peuvent être effectuées dès la naissance une culture et/ou une recherche d'ADN proviral intégré par PCR, les mères doivent parfois attendre 24 mois avant de savoir si leur enfant est contaminé ou non. Le traitement par AZT qui a été envisagé pour éviter ou diminuer la contamination mère-enfant est loin d'être toujours efficace, les preuves commencent à s'accumuler. Celui par CD4 soluble associé à une immunoadhésine n'a fait la preuve ni de son efficacité ni de son innocuité. Quant au diagnostic prénatal, s'il paraît techniquement possible, il est très risqué puisqu'on pourrait contaminer un enfant sain. A tout le moins, il nécessiterait un traitement préventif. Autre élément très péjoratif : l'avenir des enfants est incertain. Sans parler du pronostic vital que l'on connaît (60% de mortalité à l'âge de 5 ans), leurs conditions de vie sont souvent précaires. Certains sont abandonnés dès la naissance. D'autres, sans être à proprement parler maltraités, subissent le contre-coup de la toxicomanie de leurs parents. D'autres doivent être placés car la mère est incarcérée. D'autres, malheureusement les plus nombreux, deviendront orphelins à plus ou moins long terme. Une seule lueur d'espoir dans ce sombre tableau : l'appréciation de la transmission de l'infection de la mère à l'enfant dont la proportion se situerait désormais entre 20 et 25%. Encore convient-il d'être prudent puisqu'en Afrique elle reste de 35 à 40% et qu'à Port-Royal où elle était de 26% sur 117 enfants, elle a été de 35% au cours de la dernière année, probablement en raison de l'état maternel plus grave.

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