Décembre 1991
NEUVIEME RENCONTRE DU CRIPS
Dépistage du VIH en pratique
clinique à l'hôpital et en ville
DEPISTAGE ET SANTE PUBLIQUEL'individu face au dépistage
Le docteur William DAB analyse, en termes de bénéfices et de risques, la problématique du dépistage pour l'individu, il dresse la liste des arguments avancés par ceux qui prônent le dépistage et par ceux qui y sont opposés.
Pour l'individu séropositif, la connaissance de son statut sérologique permettra de bénéficier d'une prise en charge précoce et de traitements prophylactiques.
William DAB fait cependant remarquer que le principe du dépistage en santé publique veut que l'on ne dépiste que ce que l'on sait traiter. Ceci pose problème pour le sida dans la mesure où les traitements curatifs ne sont pas parfaits.
Brenda SPENCER (1NSERM) s'interroge sur l'impact de la connaissance du statut sérologique sur l'évolution de la maladie rétrovirale. A l'heure actuelle, on ne dispose d'aucun élément déterminant sur ce point.
Pour l'individu séronégatif, le test apparaît comme un moyen d'être rassuré sur son état et d'adopter ensuite des comportements de prévention.
Mais on peut aussi craindre un excès de réassurance : on a pu constater que le test pratiqué régulièrement est considéré à tort par certains comme un moyen de protection.Selon William DAB, dans le cadre d'un dépistage à grande échelle, se pose le problème des faux positifs et des faux négatifs. Leur nombre, très faible, augmenterait sensiblement à plus grande échelle.
Globalement, il conclut qu'en terme de santé publique on ne peut déterminer actuellement si le bénéfice épidémiologique est supérieur au risque.
Sur les pratiques de dépistage, il apparaît dans l'enquête réalisée en lIe-de-France en 1990 que 7,8% de la population interrogée avait eu recours volontairement au test et 6,1% sur les conseils d'un médecin6.
William DAB précise qu'il y a une relation statistique entre le niveau de connaissance et d'information (donc le niveau de diplôme) et le recours au test : "plus on est informé, plus on a une connaissance correcte des modes de transmission et plus on est testé".
il estime que si l'acceptabilité du test est bonne dans certains groupes de population (les femmes enceintes par exemple cf infra) ce n'est pas forcément le cas pour l'ensemble de la population.
il ajoute que "la garantie de confidentialité est un facteur clef de l'acceptabilité du test".Quant à l'opinion publique sur le dépistage, le docteur William DAB explique qu'elle se structure en trois groupes :
- ceux qui réclament le dépistage obligatoire comme mesure de "police sanitaire" (à des fins clairement répressives) ; ils représentent 15 à 20% de la population ;
- ceux qui sont totalement opposés à toute pratique de dépistage généralisé ou systématisé (15 à 20% aussi) ;
- ceux qui sont plutôt opposés à l'idée d'une généralisation du dépistage sauf s'il y a une finalité médicale claire, auquel cas la généralisation leur paraît justifiée (60-70% de la population).
Ce qui montre, souligne William DAB, que tout programme de dépistage, en escomptant un bénéfice sanitaire, peut aussi représenter un risque pour la société par rapport à la tolérance sociale envers les malades et les séropositifs. C'est un paramètre important dont on doit tenir compte dans une politique de dépistage.
6 - W. DAB, J-P MOATTI, M. POLLAK et al.
Connaissances, croyances et attitudes relatives au Sida enIle-de-France
Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire n°50/1990, p 213-215.