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Novembre 1994

QUATORZIEME RENCONTRE DU CRIPS
Prévention et information sur l'infection par le VIH, enjeux moraux et traditions religieuses

Religion et santé publique

Témoignant de ces propres difficultés à prendre part à la prévention dans sa mission quotidienne de pharmacien, Monsieur Lamarche estime que, face au danger du sida, l'Eglise devrait s'engager davantage.

Alfred Spira (INSERM) regrette "l'inadéquation complète" entre les concepts religieux traditionnels et la vie telle qu'elle se déroule.
"Il faut que tout aille dans le sens d'une facilitation à la prévention au lieu de constituer un obstacle à la prévention.
La responsabilisation des individus doit les mettre dans des situations favorables, et les normes que nous développons dans nos sociétés, les recommandations élaborées par les politiques doivent aller également dans le sens de la facilitation à la prévention.
Or, parler de parcellisation, de bestialité à propos du préservatif, c'est être contre-productif dans ce travail de prévention, c'est aller à l'encontre de la responsabilisation des individus".
"En prônant le préservatif on ne parcellise pas les individus : on prend en compte et ce qu'ils sont aujourd'hui l'un et l'autre dans leur relation, et ce qu'ils apportent chacun c'est-à-dire leur amour mais aussi leur passé (qui peut être d'avoir été en contact avec des germes, des maladies). C'est aussi prendre en compte leur avenir car le préservatif fait partie du combat pour la vie dans son ensemble pour préserver l'avenir et non pour rechercher seulement un instant de plaisir.
Il faut comprendre que nous ne parcellisons pas les individus, nous nous battons pour la vie des individus" conclut Alfred Spira.

Jean de Savigny (AFLS) approuve une démarche de prévention qui poserait la question "comment vous situez-vous à l'égard du préservatif" plutôt que de dicter des permis ou des interdits.
Il remarque cependant "que sur cette question qui s'adresse personnellement à chacun, les autorités de l'Eglise, le pape, des évêques se sont prononcés et se sont déclarés contre l'usage du préservatif".
Il est regrettable, ajoute-t-il, "vu le retentissement qu'a la parole d'un évêque ou du Pape, qu'une telle réponse ait été donnée".

Vers des stratégies d'éducation concertées ?

Alain Goldmann déclare que "c'est méconnaître la religion juive que de penser que c'est à elle de s'adapter aux différents siècles".
"La religion est adaptée à l'humanité et nous sommes porteurs d'un message qui nous dépasse, celui de Dieu".
Mais il rappelle un principe tout à fait fondamental du judaïsme : tout ce qui peut être entrepris pour sauver une vie humaine doit l'être, sans aucune restriction. "De ce fait, la société est responsable de la guérison de tous ces malades. C'est là que les hommes de religion peuvent intervenir en incitant les décideurs, politiques ou de Santé Publique, à engager tous les moyens financiers nécessaires et à faire de la lutte contre la maladie une priorité".

Pour Dalil Boubakeur, les stratégies d'éducation devraient être concertées afin que religieux et non religieux puissent faire jouer avec le maximum d'efficacité les ressorts moraux.
Il ajoute "les enjeux moraux et religieux imposent à tous une attitude pragmatique, mais courageuse en voyant le mal et sa propagation tels qu'ils sont sans se voiler la face en raison de tabous ou de traditions archaïques et fausses".
Dalil Boubakeur précise que les religieux confrontent régulièrement leurs conceptions avec les réalités humaines, l'évolution des pensées et des moeurs.
"Mais les religieux n'ont pas de solution à délivrer sur tout. La concertation et la solidarité sont le meilleur message que les religieux peuvent donner tout au long de l'évolution de l'épidémie".

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