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Décembre 1994

DIX SEPTIEME RENCONTRE DU CRIPS
Le rôle du pharmacien dans la prévention de l'infection par le VIH

Pharmacien et usager de drogue

France Lert souligne qu'on observe, par contre, de nombreuses résistances dans la diffusion du matériel d'injection.
"Elles sont liées à divers facteurs contextuels : la perception de la toxicomanie (chez les pharmaciens, comme dans l'opinion publique, celle-ci est réprouvée pour les perturbations sociales et personnelles graves qu'elle engendre) et surtout la réglementation repressive en France vis-à-vis de l'usage de drogue, qui constitue un obstacle direct à la mise à disposition des seringues (si le port de la seringue n'est pas interdit par la loi, il est souvent assimilé dans les faits par les forces de police à l'usage de stupéfiants et réprimé comme tel).

L'officine : le monopole de la vente

Les pharmaciens détiennent le monopole de la vente des seringues. Même si un décret (sa parution est prévue en mars 1995) autorise maintenant les organismes d'aide aux usagers de drogue et de prévention du sida à distribuer des seringues, même si des automates distributeurs de seringues commencent à être implantés, les pharmacies représentent le lieu le plus fréquent d'acquisition du matériel d'injection (95%) .

Elliot Imbert (APOTHICOM*) remarque que le pharmacien est le seul acteur de santé quotidiennement en contact avec les usagers de drogues dans le quartier.
C'est en particulier le seul lien que les usagers très marginalisés (qui ne fréquentent pas les lieux de prise en charge de la toxicomanie) ont avec les structures de santé. Elliot Imbert souligne combien le rôle des pharmaciens est primordial auprès de ces usagers car "dans l'officine peut commencer la stratégie du premier pas dans la réduction des risques, un autre professionnel de santé prenant ensuite le relais".

L'accès aux seringues

La réglementation autorisant la vente libre des seringues dans les officines a modifié le rôle du pharmacien face aux usagers de drogue.
Auparavant, le pharmacien participait à la lutte contre la toxicomanie en refusant la vente des seringues et des médicaments sans ordonnance. Le décret du 13 mai 1987 leur permet de devenir des acteurs de prévention du sida sans qu'aucune disposition ne soit prise pour les préparer à ce rôle ni à l'accueil de cette clientèle.
France Lert explique que le pharmacien conçoit généralement son rôle d'acteur de santé comme un rôle de conseil et d'aide, qui s'inscrit dans un cadre institutionnel classique pour des malades "normaux". De ce point de vue, la maladie du sida est un problème médical qui entre dans le cadre de son rôle professionnel. Mais son positionnement face à la prévention du sida auprès de la population des usagers de drogues est plus délicat. Face à eux, il se sent dérouté et déstabilisé dans son rôle d'agent de santé : les toxicomanes demandent rarement de l'aide ou des conseils, le dialogue avec eux est souvent vécu comme limité et/ou comme un échec, les préoccupations sécuritaires ou les pressions subies pour la délivrance illégale de médicaments interfèrent sans cesse avec la relation professionnelle.
De nombreux pharmaciens éprouvent des difficultés à intégrer la notion de prévention dans l'acte de vente de la seringue.

La vente des seringues ?

L'isolement du pharmacien d'officine, sa méconnaissance de la toxicomanie ont amené une partie des pharmaciens à développer des réactions de refus ou de restriction de la vente des seringues, et ce malgré la législation.

L'association ARCADES a mené, en 1992, dans les officines de Seine-Saint-Denis, une étude pour identifier les obstacles à la distribution des seringues du côté des pharmaciens.
France Lert rappelle les principaux obstacles énoncés par les pharmaciens :
- la perturbation introduite par des clients impatients, impolis, voire agressifs et menaçants ;
- les agressions liées au refus de vente de seringues mais surtout de produits psychotropes ;
- l'insécurité dans des officines tenues majoritairement par des femmes ;
- le refus ou la réticence des pharmaciens à faciliter une activité illégale, gravement préjudiciable à la santé et socialement réprouvée ;
- les manques à gagner liés à une activité peu rémunératrice pouvant éventuellement dissuader la clientèle "ordinaire" de fréquenter l'officine.

Le refus ou la restriction des ventes se traduisent par la limitation du stock, l'augmentation des prix, l'obligation de la vente des seringues en nombre, une attitude de rejet, l'offre exclusive de seringues connues comme inadaptées à l'usage qu'en font les usagers de drogue2...


2 - Evaluation de la vente libre des seringues aux toxicomanes dans les officines de Seine-Saint-Denis : approche qualitative
BOULLENGER N ; WEINBERGER M - ARCADES ; GRASS
Rapport, octobre 1992, 67 pages

*APOTHICOM,
Association pour la prévention, la pharmacovigilance et la communication, Ivry s/ Seine

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