décembre 1996
Florence LOT, Réseau National de Santé Publique
Voici les données issues de la surveillance du Sida chez les étrangers domiciliés en France. Sur la fiche de déclaration d'un cas de Sida figurent entre autres informations : la nationalité du patient et son lieu de domicile. Aussi ce que je vais vous présenter concerne-t-il les gens de nationalité étrangère qui sont domiciliés en France, et je parlerai de populations étrangères et non pas immigrées, de nationalités et non pas d'origines géographiques.
Au 30 septembre 1996, parmi l'ensemble des cas de Sida déclarés en France chez des sujets domiciliés en France, environ 6000 ont été diagnostiqués chez des sujets de nationalité étrangère, ce qui représente à peu près 14% du total des cas de Sida déclarés. Le tableau indique la répartition par nationalités.
Répartition des cas de sida diagnostiqués chez des personnes de nationalité étrangère domiciliées en France
Nationalités Nbre % Afrique du Nord 1385 23,5 dont: Algérie
878
Maroc
336
Tunisie
162
Afrique Subsaharienne 1773 30,1 dont: Afrique centrale
1034
Afrique de l'Ouest
636
Amérique 1306 22,2 dont: Haïti
792
Etats-Unis
149
Brésil
109
Asie 247 4,2 Europe 1170 19,8 dont: Espagne
290
Portugal
270
Italie
245
Autres 15 0,2 Total 5896 100
La proportion d'étrangers parmi l'ensemble des cas de Sida est stable au cours du temps, entre 13% et 14 %. Par contre, au sein de cette population étrangère, la part des sujets ayant comme nationalité celle d'un pays d'Afrique sub-saharienne augmente, passant de 20 % en 1989 à 37 % en 1995 ; à l'inverse, la part des sujets de nationalité européenne diminue.
Caractéristiques épidémiologiques par sexe et par âge :
Le pourcentage de femmes parmi les Africains (du sud-Sahara) ou les Haïtiens est proche de 40 %, alors qu'il est voisin de 15 % pour les autres étrangers. La population étrangère atteinte de Sida est globalement du même âge que la population française atteinte de Sida, seules les personnes ayant pour nationalité celle d'un pays d'Afrique sub-saharienne sont plus jeunes (32,8 ans, versus 36,9 ans).
Les modes de contamination :
Le mode de contamination des sujets de nationalité maghrébine est surtout la toxicomanie (45 % des cas), mais il reste inconnu dans 13 % des cas. Chez les sujets africains (hors Maghreb), la transmission hétérosexuelle est majoritaire. Pour les sujets ayant pour nationalité celle d'un pays du continent américain, la transmission est avant tout sexuelle (hétérosexuelle dans 59 % des cas et homosexuelle dans 30 %). Enfin, le mode de contamination des sujets européens ressemble plus à celui des sujets de nationalité française (homosexualité dans 42 %, toxicomanie dans 35 % et hétérosexualité dans 11 % des cas).
Les pathologies :
Les étrangers atteints de sida présentent certaines pathologies de façon plus fréquente que les sujets de nationalité française. Il s'agit principalement des atteintes suivantes : la tuberculose (pulmonaire ou extra pulmonaire), l'isosporidiose et la cryptococcose (chez les Africains surtout). A l'inverse, sont plus rares les pneumocystoses, le sarcome de Kaposi, la toxoplasmose cérébrale.
La découverte de la séropositivité :
Chez les personnes de nationalité étrangère, la découverte de la séropositivité est souvent contemporaine de la première infection opportuniste (pour 40 % d'entre eux), en particulier chez les Africains et les Haïtiens pour lesquels respectivement 52 % et 50 % des cas de sida sont diagnostiqués alors que la séropositivité pour le VIH n'est pas connue. Chez 40 % des Asiatiques, 31 % des Maghrébins et 26 % des Européens, le diagnostic de l'infection et du sida sont aussi concomitants. Rappelons que pour les personnes de nationalité française domiciliées en France, seuls
20 % ignorent leur séropositivité au moment du diagnostic de sida.
Depuis janvier 1994, date depuis laquelle on dispose de l'information sur la connaissance de la séropositivité à l'entrée dans le sida, la part des sujets de nationalité française ne connaissant pas leur séropositivité au moment du diagnostic du sida est stable. Par contre, on observe une tendance à l'augmentation de cette méconnaissance au cours du temps chez les étrangers, et en particulier chez les Africains.
Pour les personnes étrangères ayant connaissance de leur séropositivité avant le sida, 41 % des Maghrébins, 37 % des Africains et 55 % des Haïtiens ne suivaient aucun traitement antirétroviral, versus 30 % chez les personnes de nationalité française.
En conclusion, la population étrangère vivant en France touchée par le sida présente des caractéristiques épidémiologiques et cliniques bien particulières. Il est frappant de constater à quel point l'accès au dépistage est tardif, et la prise en charge aléatoire.