Décembre 1996
C'est dans ce but qu'Hughes Richard a mené en 1994 une étude qualitative auprès de jeunes hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes.
Elle a un objectif double : d'une part, déterminer si les jeunes sont sensibilisés par les actions de prévention existantes, d'autre part connaître leurs pratiques et surtout ce qui les sous-tend afin de comprendre comment la prévention peut s'adapter et être pertinente (1).
L'information des jeunes homosexuels sur le sida
Les modes d'information sur le sida des jeunes concernés par des relations sexuelles avec des partenaires du même sexe semblent être les mêmes que ceux de l'ensemble des jeunes.
Issue principalement des médias et du système scolaire, cette information est suffisante pour connaître les risques et les moyens de prévention.Or on observe une rupture complète entre cette connaissance et les pratiques des jeunes homosexuels.
Une partie de ces jeunes fréquentent des lieux gays ou lisent des revues spécialisées.
Ils ont donc été en contact avec des communications spécifiques en direction des homosexuels. Pourtant lorsqu'on les interroge sur ce thème ils ne rapportent pas de messages ciblés en direction des homosexuels.Hugues Richard constate : "ces jeunes ne semblent pas réceptifs à la communication ciblée en direction des homosexuels ; celle-ci n'intervient pas dans leur itinéraire de jeunes concernés par des rapports sexuels entre hommes."
Les comportements des jeunes homosexuels
Les enquêtes montrent que la période de découverte de l'homosexualité est difficile à vivre pour une proportion importante de jeunes homosexuels, la protection contre l'infection par le VIH apparaît alors comme un problème secondaire.
De la diversité des expériences et des situations vécues par les jeunes hommes interrogés, on peut dégager, explique Hugues Richard, des points communs aux parcours et pratiques qui se concrétisent par une sexualité entre hommes.
La première relation avec un partenaire de même sexe survient généralement à la suite d'une rencontre par petites annonces ou dans les lieux de drague. Le temps entre le moment de la rencontre et l'acte sexuel est relativement court.
"La première relation intervient habituellement comme une "expérimentation", comme pour vérifier l'adéquation entre le fantasme et l'acte sexuel" rapporte Hugues Richard.
Les premiers partenaires sont souvent plus âgés. Le premier rapport débouche rarement sur une seconde relation avec le même partenaire.
Les situations décrites par les jeunes hommes laissent penser que les risques de contamination par le VIH sont importants. Mais ils n'apparaissent pas liés au manque d'information sur le sida mais plutôt à la façon dont les jeunes peuvent aborder la relation et le contact sexuel, au fait que les relations sexuelles soient peu ou mal maîtrisées.
La relation homosexuelle est identifiée par les jeunes comme un tabou social. De ce fait, la transgression de ce tabou et la prise de risque s'avèrent relativement liées.
De la même façon l'usage du préservatif dépend de la situation du jeune homosexuel dans la relation entre hommes, de sa capacité à maîtriser au moins partiellement la relation sexuelle et de la satisfaction ou de l'insatisfaction de cette relation.
L'identité homosexuelle n'apparaît pas déterminante de l'usage ou non du préservatif.
Hugues Richard dégage de ces différents éléments une typologie des attitudes et comportements des jeunes à l'égard du préservatif.
Pour les jeunes qui sont actifs, satisfaits dans la relation entre hommes, le préservatif fonctionne comme une limite. L'adoption du préservatif est une sécurité, pour ne pas compromettre l'avenir. Le non usage du préservatif agit comme un élément de jouissance supplémentaire de la transgression du désir. La prise de risque est alors maximum.
Pour les jeunes qui sont passifs, satisfaits dans la relation entre hommes, le préservatif intervient comme un objet relationnel. Son utilisation repose sur la responsabilité du partenaire, le rapport de confiance ou agit comme un outil supplémentaire de la séduction. Il en résulte un usage occasionnel.
Pour les jeunes passifs, ne tirant pas de satisfaction de la relation entre hommes, il y a une forme de soumission au partenaire. L'acte sexuel est subi et ces jeunes n'ont pas de capacité à se protéger.
Cette étude montre combien il est important pour la prévention de donner à ces jeunes les moyens de marquer des limites, de dire "non" ou de négocier avec leurs partenaires.
"Il s'agit de concevoir une information adaptée à leurs questionnements sur la sexualité pour favoriser une meilleure maîtrise de leurs relations sexuelles."
"Je pense, poursuit Hugues Richard, que la prévention en direction des jeunes homosexuels aurait intérêt à être mise en perspective avec l'ensemble des questions que la prévention des maladies sexuellement transmissibles pose sur le rapport au corps, sur la prise de risque, sur la relation à l'autre et sur la sexualité."
(1) Etude : les jeunes hommes attirés par des relations avec des partenaires du même sexe
Hugues Richard, Association pour la prévention du sida
Rapport à l'ANRS, juin 1994, 154 pages