décembre 1996
"Les collégiens s’engagent"Patricia Roux, médecin biologiste, présidente de l'AESSA
Dominique Guérit, médecin scolaire (Ac. de Paris)En 1988, le service de promotion de la santé scolaire de l'Académie de Paris a entrepris de collaborer avec le personnel de santé de l'Hôpital Saint-Antoine, qui souhaitait de son côté s'investir dans la prévention du sida auprès des jeunes.
Le public visé était essentiellement composé d’élèves de quatrième (les MST sont au programme de biologie), mais aussi de quelques jeunes en très grande difficulté scolaire. Les classes, accompagnées d'adultes, se sont rendues à la Faculté de Médecine de Saint-Antoine, pour y rencontrer le personnel soignant. De retour dans l’établissement, ils devaient se faire le relais de l'information auprès des autres classes.
Grâce à ces journées de formation, nous sommes parvenus à insuffler chez les élèves une dynamique de prévention à long terme. Chaque année, à la suite de ces rencontres interactives, les jeunes mettent en œuvre un projet pour la Journée Mondiale du sida. À leur demande, les parents se sont également impliqués dans l’opération, par le même système de relais de l’information. Aujourd’hui, c’est toute une réflexion autour des transformations du corps à l’adolescence et de la sexualité qui s’est engagée, et qui est reconduite d’année en année par les adultes et les élèves-relais. Élèves et parents d’élèves, équipes pédagogiques et équipes médicales, ont donc su collaborer efficacement, pour mettre en place un réseau de formation et d’information qui s’étend désormais à de nombreux collèges parisiens et implique plusieurs hôpitaux.
Mairie de Paris : interventions dans les collèges parisiens
André Houette, médecin chef à l’Équipe Mobile d’Information et de Prévention du Sida (EMIPS)
L'EMIPS a été créée par la Direction de l’Action Sociale de l’Enfance et de la Santé (DASES) et dépend de la Ville de Paris. L’équipe comporte 24 intervenants pluridisciplinaires, qui font environ 500 interventions annuelles à Paris, ou en Ile-de-France avec le CRIPS. Les deux tiers de nos interventions se font en milieu scolaire, dont une petite moitié en collèges, auprès d’élèves de troisième.
L'une de nos interventions spécifiques s'adresse aux sourds et aux malentendants : nous avons effectué une trentaine de séances l'an dernier, pour 333 participants. Ce sont des interventions "lourdes", longues, en raison des difficultés de communication. Elle se font à deux ou à trois : un médecin, une éducatrice qui communique en langage des signes français, formée par l'EMIPS, et un interprète, pour certains élèves qui sont appareillés ou lisent sur les lèvres.
Nous avons conçu une mallette pédagogique, contenant plusieurs outils : un jeux de 32 cartes sur les risques réels, potentiels, et supposés, puisque nous avons constaté que le degré de connaissance était très insuffisant chez les jeunes sourds ; une vidéo avec une incrustation et un sous-titrage, qui est en cours de traduction en Anglais, en Espagnol, et probablement bientôt en Polonais.
Nous conduisons également des actions spécifiques de prévention, à l’Institut National des Jeunes Aveugles (INJA), où nous avons effectué 7 interventions, axées sur l’utilisation du préservatif, auprès de 79 élèves et 22 adultes.
Image & prévention
Isabelle Senges, professeur d’arts plastiques, collège Les Touleuses (Ac. de Versailles)
Les élèves ont conçu une affiche qui fut primée par le CRIPS dans le cadre du concours "Images contre le sida". Cette réussite a stimulé aussi bien les jeunes que les équipes pédagogiques, et nous avons conçu un projet préventif plus large, qui concerne tout le collège. Des ateliers sont organisés le mercredi après-midi, où les élèves peuvent débattre, s’informer, concevoir des projets.
Nous souhaiterions que cela devienne un lieu d’intervention, pour le CRIPS par exemple, mais aussi un lieu de discussion et de réflexion. Il s’agirait à long terme de constituer un dossier destiné au Ministère de l’Éducation Nationale, avec des suggestions sur les possibilités d’une éducation sexuelle. Mais il reste à trouver un budget spécifique, pour mener à bien ce projet.
Santé : pour une éducation à la citoyenneté
Anne-Marie Bligny, proviseur du collège Sévigné (Ac. de Créteil)
Plusieurs indices ont attiré notre attention sur les problèmes de santé dans l’établissement. La cantine était désertée, les élèves arrivaient souvent le matin sans avoir déjeuné, alors que la consommation de tabac se banalisait et que nous soupçonnions la circulation de drogues illicites dans l’établissement. Par ailleurs, une équipe médico-dentaire avait révélé une prise en charge sanitaire défaillante, et un contexte social et familial difficile pour beaucoup d’élèves. Nous avons donc été sélectionnés par l’Éducation Nationale et le Ministère de la Santé, pour mener à bien un vaste projet d’éducation à la santé, destiné à responsabiliser les jeunes.
Ce sont plus de soixante personnes qui se sont investies pendant deux ans : équipes de médecine scolaire, équipes pédagogiques, orthophonistes (le lycée comporte une section pour les sourds et malentendants), associatifs, personnel soignant de l’hôpital Jean Verdier (Bondy - réseau ville-hôpital). Pour 460 élèves de 4è et de 3è, nous avons organisé de nombreux ateliers thématiques : alcoolisme, tabagisme, toxicomanie ; accidents du sport, prévention de la maladie, hygiène ; MST, sida ; hygiène alimentaire et sommeil ; respect de soi et de l’autre ; responsabilité personnelle ; exclusion. Chaque atelier a produit un document (film, affiche, BD, journal...), et reposait sur un support pédagogique spécifique (vidéo, arts plastiques, informatique...).
Plus que de la prévention, fidèles à la mission première de l’école, nous voulions préparer les jeunes à la citoyenneté en les confrontant à des situations qui engagent la responsabilité. C’est du reste ce que suggère l’OMS, qui indique qu’en sensibilisant les jeunes aux questions de santé, il s’agit de les rendre "capables de développer des qualités pour agir sur leur vie". La citoyenneté n’est autre que cette responsabilité vis à vis de soi et du collectif.