décembre 1996
Fort de son expérience au sein de l’association Créteil Solidarité, investie dans un travail d’accès aux soins et d’éducation pour la santé auprès des personnes en difficulté, le docteur Bernard Elghozi a été sollicité par le CRIPS en 1992 pour travailler en partenariat avec les équipes pédagogiques du lycée technique Branly, à Créteil. Avec Daniel Véron, professeur de mathématiques, ils ont organisé des séances de formation où médecins et enseignants échangeaient leurs connaissances en matière de santé et de pédagogie. Il ne s’agissait pas d’investir les professeurs d’une nouvelle parole d’autorité, mais bien plutôt de faire tomber les cloisons entre le lycée et la cité d’une part, entre le sanitaire et le social d’autre part. En impliquant les équipes pédagogiques dans un problème de santé publique, ils ont contribué efficacement à l’organisation de réseaux d’information et de coopération, au sein desquels les élèves avaient une place active.
Corinne Couvreur, infirmière, et Brigitte Daudu, documentaliste au lycée Claude Nicolas Ledoux à Pavillon sous Bois (Ac. de Créteil) ont également mené à bien la participation active des élèves dans un travail de proximité avec le réseau ville-hôpital local et les associations de quartier. Mêlant travaux pratiques, prévention et information, elles ont organisé un concours d’affiches, destinées à être exposées à l’hôpital Jean Verdier lors de la Journée mondiale du sida du 1er décembre 1995. Cette opération a été l’occasion de nombreuses rencontres entre les élèves et le personnel soignant, qui ont là encore permis de mettre en place des réseaux d’information.
Dans cette même logique, Annie Guion, infirmière au lycée professionnel du Château des Coudraies (Ac. de Versailles) a soutenu un projet évoqué par les élèves. À la suite d’une rencontre avec le réseau ville-hôpital de Corbeil, de nombreux jeunes ont manifesté le désir de venir en aide aux malades du sida, en apportant leur savoir faire d’hôtellerie. Ils ont confectionné des gâteaux et des pâtisseries, et la mise en œuvre globale du projet les a confrontés aux nombreuses difficultés que rencontrent les malades. Ainsi, en associant la prévention à une expérience vécue, le cadre de la simple campagne d’information a été largement dépassé, et les élèves ont pu agir contre la maladie, et donc se sentir directement concernés par le problème.
Toujours avec le souci de permettre aux jeunes d’assurer eux-mêmes certaines démarches de prévention, Marie-Hélène Crastre, assistante sociale, et Marie-Claude Steigelmann, conseillère principale d’éducation (CPE) au lycée Gaston Bachelard, à Chelles (Ac. de Créteil) ont formé pendant deux jours une vingtaine d’élèves. Des groupes réduits ont ensuite choisi d’intervenir dans les classes sous forme de sketch. Ces élèves relais se sont rendus seuls dans les salles où, en l’absence de "grandes personnes", ils ont pu faire leur représentation avant d’engager le débat.
En préférant la prévention par les pairs au discours vertical des adultes vers les jeunes, elles ont répondu à la demande des élèves qui voulaient pouvoir parler de sexualité "avec les mots qu’ils veulent".
Bruno Boniface, de l’Association des Jeunes Contre le Sida (AJCS) souligne à cet égard l’importance de faire parler les jeunes sur les problèmes qu’ils peuvent rencontrer, sans chercher à les formuler à leur place. Si des jeunes continuent aujourd’hui de ne pas avoir recours au préservatif, c’est moins parce que le message ne vient pas jusqu’à eux, que parce qu’ils n’ont pas les moyens de se le réapproprier. Les jeunes ont besoin d’un soutien logistique, certes, mais pas que l’on parle à leur place.
Quand émerge la demande, par exemple, de l’installation d’un Distributeur Automatique de Préservatifs (DAP) au lycée professionnel Vaucansson (Ac. de Versailles), à la suite d’une rencontre avec le CRIPS en 1993, les élèves ont besoin de Pascale Guy, professeur d’anglais, pour parvenir à faire financer le projet par le Conseil d’Administration. Mais des délégués ont accompagné toutes les démarches, et les élèves ont choisi eux-mêmes d’installer le distributeur dans leur foyer, s’engageant par là même à en assurer la maintenance. Largement responsabilisés au cours de leur initiative, les élèves n’en sont que plus demandeurs de participer aux efforts de la prévention.