décembre 1996
Nicole Athéa, gynécologue-endocrinologue à l’hôpital Bicêtre, consultante au CRIPS Ile-de-France
L’adolescence est une période "d’expérimentation" de la vie. L’individu se cherche et se teste, et il n’est pas rare qu’il prenne des risques, par curiosité, ou pour s’affirmer ou confirmer quelque chose. La sexualité n’échappe bien sûr pas à cette règle. Les filles en font souvent un domaine où elles sont en position de force face aux garçons. Chacun guette en l’autre des réponses aux questions qu’il se pose, sur le corps, le plaisir, et c’est plus souvent par curiosité que par amour que les adolescents découvrent la sexualité.
Cet apprentissage est parfois ponctué d’erreurs ou de ratages, dont certains comportent des risques. Mais bien souvent, c’est parce que la situation est vécue, voire anticipée comme un échec, que s’ensuit la conduite à risque. Une sexualité réduite mais mal vécue semble plus souvent induire des comportements à risque, que la multiplication des "aventures" quand elle est assumée et "raisonnée". Aussi faut-il parfois chercher la cause de la situation à risque ailleurs que dans le facteur de risque. Dans le cas que nous venons d’évoquer, le facteur de risque est élevé (multiplication des partenaires), mais rien ne justifie dans la vie épanouie du sujet de se mettre en situation à risque : il se préserve. À l’inverse, ce n’est pas parce qu’il n’a pas recours au préservatif que l’individu se met en danger, mais parce qu’il refuse la relation qu’il ne met pas de préservatif.
Une jeune femme justifie ainsi de ne pas se protéger, parce qu’elle prend la pilule, et qu’elle a une vie sexuelle mesurée. Ce sont ici les facteurs de risque : la pilule, et l’association du préservatif à une sexualité frivole. Or elle a eu plusieurs relations qui se sont toutes soldées par des échecs. C’est donc parce qu’elle n’arrive pas à vivre une sexualité qui corresponde à l’idée qu’elle s’en fait, et qu’elle ne se reconnaît pas dans celle qu’elle a, qu’elle se retrouve régulièrement en situation à risque. Ici la pilule cache donc un problème beaucoup plus vaste, et plus difficilement accessible à la prévention.
D’autre part, des difficultés fréquentes dans ce domaine entraînent souvent un manque de communication avec le partenaire, et rend la personne moins capable d’imposer sa volonté. Le risque s’en trouve d’autant plus généralisé : grossesse non désirée, toxicomanie, délinquance...
Les conduites à risque, les transgressions des interdits, peuvent signifier un malaise : il ne faut donc pas laisser croire que "quand on a dépassé les bornes, il n’y a plus de limite". Réduire la prévention à la promotion du préservatif serait à cet égard une grave erreur.