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décembre 1996

Vingt-cinquième rencontre du CRIPS
La prévention du sida auprès des jeunes en milieu scolaire

 

Comment intégrer la problématique des drogues dans la prévention du sida ?

Jean-François Solal, psychiatre, psychanalyste, responsable de la consultation sanitaire et sociale de Sleep-in

 

Avant l’arrivée du sida, nous avions déjà compris qu'il fallait intégrer la problématique des drogues dans la prévention des conduites à risque de l'adolescent. Notre expérience clinique, aussi bien que les premiers profils d'usagers parmi la population générale des lycéens, nous montraient que l'usage des drogues était épisodique, et ne concernait pas les produits susceptibles d'entraîner de dépendance. Mais il constituait une conduite à risque qui devait être discutée et méritait une prévention adaptée. Nous avions pour cela développé des méthodes de travail participatives et impliquantes (relais), qui, plus qu’un apprentissage, étaient l’expérimentation pédagogique de la responsabilité partagée entre adultes et adolescents.

Nous avons été désignés pour assurer, dans la continuité de notre travail, la prévention du sida. Mais avec l’épidémie, il nous a fallu changer d’optique. Soudain le toxicomane ne risquait plus sa vie : il la perdait presque à coup sûr. Nos priorités se sont donc portées sur ce grave problème de santé publique.

S’il est vrai que la seringue est le vecteur de transmission de la maladie le plus courant chez les toxicomanes, il faut savoir que le nombre d’adolescents qui utilisent la voie intraveineuse pour consommer des drogues est très réduit. Une campagne de prévention qui reposerait sur les précautions à prendre pour un "shoot" sans risque raterait donc son objectif chez les jeunes. C'est sans doute plutôt par le biais de la gestion des risques qu'il faut intégrer la problématique des drogues dans la prévention, en abordant des questions de santé plus que des problèmes de seringues : tabac, alcool, ecstasy, cannabis, et autres drogues douces, sont plus souvent les produits qui mettent l’adolescent dans une situation à risque que l’héroïne en intraveineuse.

La plupart des adolescents que nous voyons, atteints du sida et toxicomanes, n’ont pas recours à la seringue, mais sont polytoxicomanes, et contractent la maladie par voie sexuelle, parfois en se prostituant. La drogue n’est donc pas le facteur de contamination directe, mais le facteur de conduite à risque qui mène à une contamination, laquelle peut être elle-même ensuite une cause de dérive vers la seringue. C’est donc parce qu’un premier risque, faible en soi, est mal géré, et qu’une dynamique de dépréciation de soi s’installe face à ce premier échec de s’imposer une hygiène de vie, que l’adolescent bascule dans un engrenage de prise de risques. Il faut donc avant tout faire appel à la responsabilité des jeunes : l'usage de produits doit être considéré comme un acte réfléchi et non comme un acte aliénant. C’est en prenant soin de sa personne que l’on se préserve avant tout, et la prévention doit plus, selon nous, enseigner le respect de soi et de l’autre, que recommander aveuglément l’abstinence.

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