décembre 1996
Théâtre & Co.
Bernard Grosjean
Nous avons commencé les forums de débats théâtralisés il y a dix ans, aux côtés de Didier Jayle. À l’époque, nous ne parlions que du préservatif. Lorsque son usage s’est répandu, nous avons orienté notre intervention sur une problématique plus générale de la relation.
Le principe de notre pièce "Toi, moi,…émois" est simple : en vingt minutes, nous retraçons l’histoire d’une rencontre, du premier baiser à l’amour, de l’ivresse au doute. Le premier quart d’heure est silencieux, et les acteurs ne commencent à parler qu’en prenant conscience de leur conduite à risque, au cours des cinq dernières minutes.
À la fin de la représentation, on désigne un meneur de jeu pour faire rejouer la pièce, en faisant appel au public pour qu’il donne des conseils aux acteurs. Des spectateurs viennent sur scène pour intervenir dans le déroulement du scénario, et tenter de sauver la relation. Plusieurs cas de figures peuvent ainsi être abordés, et, sous la forme d’un jeu de rôles, les élèves se mettent en situation, prennent des décisions et donnent des conseils.
Théâtre de l’Opprimé
Annie Quentin, Jean-Paul Ramat
Le Théâtre de l’Opprimé joue depuis sept ans le même scénario : "Histoire de deux qui s’aiment", c’est une rencontre, un baiser, un départ en moto pour un week-end au bord de la mer… La scène est jouée deux fois, et les rôles sont inversés : dans un premier temps, c’est le garçon qui veut partir sans casque ni préservatif, et qui convainc la fille de le suivre. Ensuite, le garçon incite à la prudence, mais la fille demeure insouciante. Le débat est alors engagé avec les élèves. Il a d’ailleurs sensiblement évolué depuis que nous jouons la pièce. De plus en plus, les questions portent sur la confiance, la fidélité, le plaisir, alors que le préservatif fait de moins en moins problème.
Théâtre de l’Arc-en-ciel
René Badache
C’est l’aspect préventif qui prime dans notre travail. Ce que nous faisons n’est ni une représentation, ni un spectacle, mais bien l’ouverture d’un espace de parole qui utilise l’outil théâtral. La scène et le jeu sont des outils, et visent plus à susciter des questions qu’à donner des réponses.
C’est pourquoi nous ne disposons que d’un canevas, "Je voulais juste parler", que le public met en scène avec nous et dont il oriente la problématique. Le sida n’y occupe pas une place primordiale, et est au contraire inclus dans des situations sociales ou familiales que l’on essaie d’aborder dans leur globalité.
Mais, plus encore que l’aspect théâtral de notre intervention, c’est toute la préparation, et ensuite la retransmission des messages qui importent. Dans cette optique, ce sont les élèves eux-mêmes qui doivent finir par élaborer leurs outils et formuler leurs messages.