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juillet 1997

Vingt-septième rencontre du CRIPS
La prévention du VIH et la réduction des risques
de la toxicomanie auprès des jeunes

 

Julian Cohen
ancien enseignant et auteur de manuels de formation
sur la prévention et la réduction des risques,
Cheshire, Angleterre

 

Intervention de Julian Cohen

Julian Cohen est intervenu ensuite avec une verve et un dynamisme communicatif. Il présentait une mallette pédagogique destinée aux professeurs de l’enseignement secondaire en Angleterre, dans le cadre d'un programme réalisé par un financement multiple de fonds publics (non nationaux) et par les contributions d’une vingtaine d’institutions éducatives du nord-ouest de l’Angleterre.

 Le programme fonctionne dans la moitié des établissements de l’enseignement secondaire de la région et dans un millier d’écoles primaires (enfants de 5 à 11 ans). "Il s’agit du plus important programme de ce type en Grande-Bretagne", explique Julian Cohen.

 Indépendamment du contenu de cette mallette, le principe fondamental est qu’il s’agit d’un modèle pédagogique. Il est à mettre entre les mains de gens dont l’éducation est le métier. "On néglige trop souvent, remarque Julian Cohen, que pour être un bon éducateur dans le domaine de la prévention de la drogue, il faut être un bon éducateur tout court ! Il faut disposer d’une compétence très spécialisée que n’ont pas, par exemple, les policiers qui font des conférences dans les écoles…"

 Sur le fond, le principal intérêt de ces outils pédagogiques consiste à limiter les dégâts causés par la drogue en informant les utilisateurs et leur entourage des risques qu’ils encourent. Il s’agit de tenter de réduire le mal, à défaut de pouvoir réduire la consommation : "Prevent harm rather than use".

 Le programme, livré clés en main, repose sur une mécanique assez rigide. Outils pédagogiques, liste de bonnes pratiques, système d’évaluation, etc. Et pour son utilisation, rien n’est laissé au hasard au cours des cinq étapes successives :

  1. informer et recruter des enseignants volontaires ;
  2. leur faire parvenir les outils pédagogiques ;
  3. former ces éducateurs au maniement des packs ;
  4. leur proposer des supports écrits, une aide téléphonique en ligne et des relais locaux lorsqu’ils commencent à utiliser le programme ;
  5. faire le bilan, partager les expériences, prévoir la suite.

Il est important de noter que la méthode de Julian Cohen repose sur l’éducateur en tant qu’élément d’un tout. C’est le concept de "whole school model" . L’enseignant et son élève sont au centre d’un réseau qui renvoie aussi à la famille, aux autorités de l’école, voire à la police. Cette une façon transversale d’impliquer l’ensemble des intervenants.

 

Questions à Julian Cohen

Je voudrais savoir s'il existe un programme mis en place pour les jeunes exclus de façon provisoire ou permanente du circuit scolaire ?

J. Cohen : Au Royaume-Uni, un grand nombre d'exclusions de l'école est motivé par l'usage de drogues. De ce fait, nous espérons effectivement que notre programme réduise l'usage des drogues.
Par ailleurs, le matériel que nous produisons est aussi utilisé dans des structures moins formelles que l'école, telles que des maisons pour les jeunes... Certes, notre matériel de prévention ne constitue pas l'unique approche, mais nous avons de bons résultats.

 

J'aimerais savoir comment les professeurs abordent la question de la drogue avec les élèves ?

J. Cohen : Cela varie d'un établissement à l'autre. La première difficulté est que certains enseignants trouvent notre programme facile à utiliser, alors que d'autres le trouvent moins facile à manier. Nous avons donc fait des progrès dans la présentation et aujourd'hui de plus en plus de professeurs se rallient à notre méthode éducative.

 La deuxième difficulté réside dans le peu de temps disponible dans le cursus scolaire pour cette prévention. Nous encourageons le fait que de telles actions puissent se situer au sein d'un "cursus de temps libre" qui ferait partie intégrante du cursus scolaire. Nous ne croyons pas à des interventions ponctuelles dans les établissements par une personne de l'extérieur.
Dans l'enseignement secondaire, par exemple, le gouvernement britannique envisage d'instaurer des cours "d'éducation morale" dans le cursus, ce qui pourrait libérer du temps pour aborder les questions de prévention de la drogue.

 En outre, tout dépend de la politique nationale mise en place et des enseignants eux-mêmes. Depuis 5 ans, chaque école aménage environ 6 à 8 heures de cours sur la prévention de la toxicomanie (drugs education).

 

Je souhaite que le système que vous décrivez puisse se développer en France. Il faut rappeler que les discours dans les collèges en France sont fondés sur la crainte, le choc, et que les intervenants sont souvent des policiers ou des gendarmes.

J. Cohen : Nous avons aussi des policiers qui vont dans les écoles, mais ce ne sont pas de bons éducateurs. Les résultats ne sont pas aussi bons que lorsque ce sont les enseignants qui utilisent notre programme.
Notre souhait est de faire de cette prévention et de l'éducation à la réduction des risques une matière scolaire à part entière, quotidienne et ennuyeuse comme toute discussion ordinaire et banale.
La clé d'un bon éducateur est d'amener les enfants à voir les choses sous un autre angle, son rôle ne se limitant pas à être une source de connaissances sur les drogues.

 

Votre programme se fait-il dans le cadre de l'Education Nationale ? Est-ce un système de l'Education Nationale ?

J. Cohen : Notre programme est financé par une structure de santé régionale. Les autorités nationales s'intéressent depuis peu à ces questions, mais elles ont tendance à ignorer la recherche.
Les autorités locales soutiennent davantage nos méthodes. Dans la région où je travaille, nous sommes en relation avec 18 partenaires locaux qui tous appuient notre action.

 

J'utilise votre matériel et je le trouve plus efficace que le discours d'abstinence que l'on entend généralement. Vous ciblez les enseignants mais souvent les difficultés viennent des administrateurs et du manque de soutien de leur part pour ce type d'actions. Que faire ?

J. Cohen : Pour éviter ce genre de difficultés, nous essayons d'avoir deux professeurs par école qui s'impliquent dans le déroulement du projet. Nous fournissons également de nombreux documents pour aider ces enseignants à convaincre les autres membres de l'équipe pédagogique de l'efficacité de cette méthode éducative.
Nous offrons également des formations pour tout le personnel des écoles, quel qu'il soit. Mais ce n'est pas facile.