juillet 1997
Intervention de Jean Calvet
Ce que fait la ville de Pontault-Combault n’est peut-être pas explicitement de sa mission puisque la prévention de la drogue est une compétence nationale, mais elle a mis en place une initiative originale qui a le mérite d'exister. La ville, explique son maire-adjoint Jean Calvet, a créé trois ateliers qui tournent autour de la prévention de la drogue. Il y a ainsi un atelier musique qui facilite le travail d’une quinzaine de groupes de rock, rap, divers, ainsi que de plusieurs groupes de danse, avec la participation d’un animateur.
"On sait très bien qu’il y a une relation musique-drogue (cf. les Stones, les "rave"…) et par ailleurs un certain nombre de groupes qui passent par l’atelier revendiquent leur relation au cannabis. Au moins, ils peuvent parler de ce genre de choses avec l’animateur et c’est toujours un lieu de parole qui se crée", dit Jean Calvet.Même principe à "l’atelier mobylette". Comme son nom l’indique, les jeunes peuvent venir y bricoler leurs deux roues, les préparer pour la compétition. Le site est animé, là aussi, par un éducateur. "Ils s’y retrouvent des heures, ils parlent, et quelquefois ils parlent de leurs problèmes".
L’implication de la ville de Pontault-Combault ne se limite pas à proposer des espaces de parole. Entre les différents pouvoirs de la vie urbaine, la mairie essaye de créer du liant. Elle a, par exemple, obtenu des concessions de la Police pour certains aspects du maintien de l’ordre sur la voie publique.
Quand un jeune se fait arrêter pour un défaut d’équipement sur sa moto, la ville a mis en place un système qui fait qu’au lieu de verbaliser en première instance, le policier laisse le jeune aller à "l’atelier" réparer le problème, puis revenir pour un contrôle de bonne fin, et l’affaire s’arrête-là.
De la même façon, pour certains délits mineurs, la municipalité a obtenu l’accord du procureur pour que le jeune ne soit pas déféré au parquet mais orienté vers les services sociaux.Dans le même esprit " politique " (au sens de : l’ensemble des affaires publiques), depuis cinq ans, tous les deux mois, à la mairie, se déroule une réunion au sommet entre les principaux responsables de la prévention de la drogue, sur le plan médical, social ou de la délinquance. La Justice, la Police, la Gendarmerie, l’Education Nationale, les services sociaux, les médecins scolaires, les magistrats municipaux sont présents.
Une règle d’or : toutes les informations sont "off". "L’échange repose sur une relation de confiance. On se dit tout, mais entre nous". Interdiction d’utiliser quoi que ce soit de ces réunions pour faire avancer ses propres affaires. Si un éducateur parle des soupçons de petit trafic de drogue à propos d’un adolescent, le commissaire de police n’est pas censé envoyer interpeller le jeune. Il se contente d’intégrer l’information dans sa " culture générale " de la cité.
"La non-exploitation des informations constitue la plus grande difficulté de notre démarche, reconnaît Jean Calvet. La tentation naturelle des uns et des autres consiste à récupérer ce qui lui est utile pour sa paroisse. Or l’esprit de ces réunions n’est pas là. Il s’agit de mettre en commun tout ce que nous savons d’un contexte, de crever nos petits secrets ; l’idée étant que si nous connaissons mieux la réalité, nous pourrons proposer de meilleures solutions.
"En outre, dans de telles réunions comme dans les ateliers, en permettant à l’information de circuler, de "respirer", nous jouons aussi un rôle de décompresseur social."
Questions de la salle à Jean Calvet
• Vous dites que la Police ne se sert en aucun cas des informations communiquées lors des "cellules de crise". Comment cela se passe-t-il ?
J. Calvet : Cela a été compliqué au début. Les éducateurs avaient des réticences. En fait c'est le commissaire de police en personne qui est convoqué à cette cellule de crise. Il est clair que si des arrestations ont lieu dans les jours qui suivent la réunion, le lien sera aisé à faire. Or notre système fonctionne sur la confiance réciproque. Nous avons eu très peu de dérapages. Je peux vous garantir que cette collaboration cesserait immédiatement s'il y avait corrélation entre la cellule de crise et les arrestations de jeunes.
Ce que nous avons mis en place, en accord avec les services de la justice, c'est que les jeunes qui sont arrêtés - et surtout les mineurs - soient directement adressés aux équipes spécialisées ou aux travailleurs sociaux plutôt qu'au parquet. Normalement la procédure habituelle veut qu'un jeune qui est arrêté passe par le commissariat, puis son dossier est transmis au parquet.
• Vous n'avez pas parlé des médecins scolaires : est-ce qu'on ne pourrait pas envisager qu'un travail se fasse avec les travailleurs sociaux, les médecins scolaires... plutôt que la gendarmerie ?
J. Calvet : En ce qui concerne les médecins scolaires, ils sont tout à fait associés. Notre système est un système de transversalité. Sur notre circonscription le "staff" scolaire suit 6 000 élèves environ en étroite collaboration avec les éducateurs et les services sociaux.