Septembre 1997
Le développement, depuis le début des années 80, de l’usage d’amphétamines et de LSD, chez les jeunes et moins jeunes adeptes de rythmes "techno", "house", etc, le caractère ésotérique de la "culture" qui y est attachée, le vent de panique qui souffle dans les grands médias à propos des éventuels effets dévastateurs de l'ecstasy, exigent sans doute une attention toute particulière pour comprendre ce phénomène, simple mode aux yeux de certains, mode de vie pour d’autres.
Le Centre Régional d’Information et de Prévention du Sida (CRIPS), a réuni plusieurs spécialistes impliqués dans cette nouvelle "toxicomanie", mais aussi plus largement dans cette "culture" de la fête qui séduit de plus en plus de citadins occidentaux*. Les capitales européennes connaissent toutes ces "rave", gigantesques cérémonies sonores où l’on danse des nuits entières, à la recherche d’un état de transe que favorise souvent - mais pas toujours - la prise de psychotropes. Pour mieux comprendre les attitudes divergentes des gouvernements européens face à l’ampleur du phénomène, le CRIPS a tenu à ce que la France ne soit pas seule représentée parmi les intervenants.
Ce sont donc deux représentantes du groupe d’auto-support écossais Crew 2000, Liz Skelton et Chris Dignan, qui ont ouvert cette 28ème Rencontre du CRIPS (animée par Antonio Ugidos, directeur adjoint). Association de "raver" bénévoles, Crew 2000 a présenté la politique de prévention mise en œuvre dans tout le nord de la Grande Bretagne ; les ethnologues Astrid Fontaine et Caroline Fontana ont donné des éléments d’analyse du mouvement Techno1 ; Jean-Pierre Counil, officier de police à l’Office Central pour la Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants (OCTRIS), a présenté une radiographie des interpellations en rapport avec la consommation et le trafic d’ecstasy en France ; le docteur Erik Fromberg, chercheur en Hollande au Trimbos-Instituut (Netherlands Institute for Alcohol and Drugs), a exposé les mesures prises par les pouvoirs publics pour protéger les jeunes usagers : la Hollande est en effet l'un des rares pays d’Europe à autoriser un contrôle de la qualité des pilules d’ecstasy ; Christian Sueur, psychiatre à l’Espace Parmentier, a présenté les symptômes et les risques induits par l’ecstasy ; enfin, Thierry Charlois, du groupe français d’auto-support Techno Plus, a présenté l’activité de son association qui, dans un contexte difficile, effectue auprès des "raver" une campagne de réduction des risques. À cette palette d’intervenants, quatre questions furent posées : quels sont les produits consommés ? Dans quels cadres le sont-ils ? Quels risques induisent-ils ? Quelle forme doit prendre la prévention ? Nous exposerons ici leurs points de vue respectifs.
- Liz Skelton & Chris Dignan : Crew 2000 (Ecosse)
- Astrid Fontaine & Caroline Fontana : Ethnologues
- Jean-Pierre Counil : Office Central pour la Répression du trafic Illicite des Stupéfiants
- Christian Sueur : Psychiatre, consultant à l'espace Parmentier (Médecins du Monde)
- Erik Fromberg : Netherland Institute for Alcohol and Drugs
- Thierry Charlois : Techno Plus
- Questions du public
1 En 1996, elles ont publié Raver aux éditions Anthropos, un ouvrage consacré au phénomène des "rave-parties", à partir d’une enquête qu'elles ont menée dans la région parisienne.* 3 juillet 1997
Les rencontre du CRIPS sont organisées avec le soutien de la direction Régionale des Affaires Sanitaires et sociales d'Ile-de-FranceOnt collaboré à ce numéro :
David Heard - Didier Jayle - Antonio Ugidos - Bénédicte Astier- Michel Gandilhon - Claudine Vallauri