Septembre 1997
Les membres de Techno Plus sont tous des "raver", pour la plupart consommateurs d’ecstasy, qui ont compris la nécessité d’encadrer les "rave" et d’informer les gens pour réduire les risques liés à un usage de drogue le plus souvent occasionnel et récréatif. Présents lors de "rave" depuis un an (l’association existe depuis 1994), Techno Plus diffuse des tracts et des préservatifs, ainsi que des brochures de l’association AIDES qui les parraine. Le ton est univoque : responsabiliser les usagers, ne pas les culpabiliser ni dramatiser la prise de drogue, mais inciter les gens à réfléchir plutôt deux fois qu’une avant de "gober".
Le principal objectif de Techno Plus est d’aider les consommateurs à se prémunir contre les graves crises d’angoisse que peuvent induire les prises d’ecstasy ou de LSD. Les tracts insistent surtout sur le risque d’un choc psychologique important, invitant les gens fragiles à proscrire ces substances, et incitant les consommateurs à se surveiller et à s’apporter un soutien mutuel. Comme CREW 2000, ils ont conçu un "chill-out", une salle de détente où l’on peut se rafraîchir et se décontracter. Les crises d’anxiété sont facilement enrayables quand elles sont prises suffisamment tôt, souvent par de simples paroles de réconfort et des bonbons sucrés…
Les membres de Techno Plus s’apprêtent également à recevoir une formation de secouristes au mois de septembre, même si les cas d’urgence dus à des convulsions ou des pertes de connaissance sont très rares et nécessitent toujours une intervention médicalisée. Leurs tracts abordent clairement la question, et, sans être alarmistes, mettent l’accent sur les conduites à tenir en cas de "bad trip" (crise d’angoisse) ou de malaise. Là encore, Techno Plus incite à ne pas fuir ses responsabilités : si la prise de psychotropes ne doit pas se faire seule, c’est parce que le soutien de l’entourage est indispensable en cas de détresse. Les médecins, tenus au secret médical, peuvent avoir besoin de renseignements précis pour intervenir et rétablir le patient : " si quelqu’un perd connaissance ou a des convulsions, place-le en position de sécurité (…), ne le laisse pas seul (…), renseigne-toi auprès de ses proches pour savoir ce qu’il a pris et en quelle quantité. Si tu le fais avant l’arrivée des uniformes, il te sera plus facile d’avoir une information précieuse pour le médecin ".
Selon Techno Plus, la répression est en effet souvent indirectement responsable d’accidents, en poussant les "raver" à s’éloigner des centres urbains et à se retrancher, en les rendant méfiants des autorités, quelles qu’elles soient, sans jamais reconnaître leurs tentatives d’autogestion. Cette politique, qui ne change rien à une situation de fait, incite les "raver" à s’éloigner des centres urbains et à s’isoler, voire se cacher, pour effectuer leurs "voyages" nocturnes. Nombreux sont ceux qui conduisent pour se rendre et revenir des fêtes, mais également ceux qui rechignent à faire venir un médecin en cas de problème, par peur des "uniformes" - au risque de laisser une petite crise se transformer en véritable délire. La répression est également ce qui empêche l’association de tester officiellement les pilules à l’entrée des fêtes, à l’aide d’un kit simple et peu coûteux. Or un "testing" pratiqué illégalement lors d’une "rave" avait révélé que 20 pilules sur 21 ne contenaient pas de MDMA, mais étaient des cocktails amphétaminiques de mauvaise qualité1, responsables de la plupart des "mauvaises surprises" des adeptes de l’ecstasy.
Ni punitive ni permissive, l’association Techno Plus veut montrer qu’il est possible de faire un usage doux des drogues psychotropes, à condition d’être bien informé et de ne pas fuir ses responsabilités sous prétexte que l’on part "en voyage". Ils ne sont pas les seuls à faire entendre ce discours en France : Spiritec, à Lille, Keep Smiling à Lyon, et l’association Tipi à Marseille (avec qui Techno Plus a fait un rapport sur les problèmes induits par la répression 2 ) mènent la même politique de prévention. Leur point de vue est pourtant loin d’être partagé par tous. Contrairement à la Hollande, où le "testing" est autorisé, et à l’Écosse, où CREW 2000 a pu travailler en collaboration avec des conseils régionaux, des hôpitaux, et les forces de l’ordre, Techno Plus continue d’être isolée et plutôt suspecte aux yeux des instances judiciaires… Comment remettre en cause pourtant le travail préventif de cette association, symbole d’une prise de conscience au sein d’un mouvement dont l’ampleur n’est plus à démontrer ?
1 cf. J. Maillet, "rave-parties" et réduction des risques, in SWAPS n°1.2 Les conséquences sanitaires de la répression sur les rave parties, disponible sur demande à Techno Plus, c/o Aides - 23, rue de Château Landon, 75010 Paris. Téléphone : 01 53 26 26 27.