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Septembre 1997

Vingt-huitième rencontre du CRIPS
Ecstasy et designer drugs

 

Jean-Pierre Counil
Office Central pour la Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants

 

Dans la loi française comme dans tous les pays d'Europe, l'ecstasy et son principe actif, le MDMA, sont classés à la rubrique des stupéfiants, ce qui signifie l'interdiction du trafic et de l'usage.
On constate depuis 1990 1, une augmentation constante des interpellations pour consommation d'ecstasy, avec une explosion en 1994/95 (32 interpellations en 1990, 1122 en 1995). En 1996, 350 000 comprimés ont été saisis par les services compétents (Gendarmerie, Police Nationale et Douanes), contre 13 000 en 1990.
En France, en 1996, les interpellations pour usage d'ecstasy représentaient 1,7 % du total des interpellations pour usage de stupéfiants soit 1179 sur 70 000.

 

Quels produits trouve-t-on dans l'ecstasy ?

En France, 50 types d'ecstasy ont été identifiés avec les principes actifs suivants :

On retrouve également dans leur composition des produits diluants bien connus, déjà utilisés pour couper l'héroïne et la cocaïne : lactose, sorbitol, caféine.

 En Angleterre et en Allemagne, les autorités ont identifié, récemment, de nouvelles substances à base d'ephédrine ("herbal ecstasy"), de testostérone, qui apparemment ne sont pas encore arrivées jusqu'en France.

 

Localisation géographique du trafic et des interpellations

En Ile-de-France, l'ecstasy a été impliquée dans 250 interpellations en 1995, 176 en 1996, la plupart à Paris et en Seine-Saint-Denis.

Les départements les plus touchés sont le Nord, la Moselle, le Pas-de-Calais, le Rhône, les Alpes Maritimes, l'Hérault, c'est-à-dire, dans la plupart des cas, les départements limitrophes des frontières. Rappelons que ces chiffres d'interpellations répondent aussi à la coopération, dans les zones frontalières, des services de Police, de Gendarmerie et de Douanes. C'est donc aussi le contrôle renforcé du transit franco-hollandais qu'ils reflètent.

 

Qui fabrique l'ecstasy consommé en France ?

Pour des motifs que développera le Dr Erik Fromberg, les Pays-Bas sont le premier lieu de provenance des comprimés d'ecstasy saisis en France, suivis de près par la Pologne. On observe d'ailleurs une montée en puissance des Pays de l'Est du fait de la récupération par les groupes mafieux de chimistes peu scrupuleux, au chômage, victimes des restructurations économiques.

 

Qui est interpellé pour usage d'ecstasy ?

Les consommateurs d'ecstasy interpellés sont souvent jeunes (70% en moyenne ont entre 18 et 25 ans), et, comme on le constate pour les autres drogues, de sexe masculin (84% en moyenne). Mais on peut noter que la proportion de femmes représente près du double de celle d'usagers de cannabis (7%).

 Il faut également souligner une meilleure insertion professionnelle des personnes interpellées pour ecstasy (41% ont une activité rémunérée) que pour le cannabis (3,.5%) ou l'héroïne (21,3%) - sachant que ce pourcentage n'inclut ni les lycéens, ni les étudiants, ce qui en limite la signification.

Si ces chiffres ne permettent pas vraiment de quantifier la consommation d'ecstasy en France, ni de dresser un portrait sociologique du consommateur, ils témoignent très nettement de la diversification rapide des produits et des cocktails, et de l'augmentation du phénomène. Ils attestent également la faible incidence à long terme, puisque l'âge moyen des usagers, contrairement à la plupart des autres drogues, n'a pas tendance à augmenter. Enfin, on peut citer une série d'entretiens et d'observations réalisés auprès de différents services de police et de magistrats 2, qui indique que ces usagers majoritairement des classes moyennes et de la bourgeoisie, plus souvent français d'origine que d'autres, et dont les activités illicites ne sont pas considérées comme un problème d'ordre public, sont aussi moins inquiétés et inquiétants. On est effectivement loin des drames humains et sociaux, connus chez les usagers réguliers d'héroïne par exemple.

 


1 Les chiffres fournis par l'OCTRIS sont établis à partir des données d'interpellations et ne reflètent donc qu'indirectement et partiellement la consommation et le trafic effectifs.

2 Duprez, Kokoreff, Verbeke, Rapport, LASTREE-CNRS, 1995 ; cf. Drogues et toxicomanies, indicateurs et tendances, édition 1996 du rapport de l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies (OFDT).