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Septembre 1997

Vingt-huitième rencontre du CRIPS
Ecstasy et designer drugs

 

QUESTIONS DU PUBLIC

 

Production et trafic

Pierre-Louis Chavanet, Centre d’Accueil et d’Aide aux Toxicomanes, Versailles
Le Triangle d’or est-il devenu un des principaux producteurs mondiaux d’ecstasy ?

Jean-Pierre Counil
Le Japon et les Philippines sont de gros consommateurs d’amphétamines. Le marché asiatique est potentiellement énorme pour l’ecstasy dont les coûts de production sont faibles en comparaison de l’héroïne, et les bénéfices plus importants.

Erik Fromberg
En Hollande, on pense que des mafias chinoises sont impliquées dans le trafic.

 

Répression

Frédérique Drogoul, psychiatre
Que sont devenus les quelques 1200 usagers interpellés, en terme de condamnations et de poursuites ?

Jean-Pierre Counil
Pour les consommateurs d’ecstasy interpellés (1179 pour l’année 1996), aucun n’a fait l’objet d’une mesure d’emprisonnement ; tous ont été guidés dans des structures d’accueil et de traitement, conformément à la loi de 1970, qui prévoit la possibilité de consulter un médecin généraliste, ou un centre d’accueil pour toxicomanes doté d’une structure médicale. Toutes les personnes interpellées pour consommation d’ecstasy ont bénéficié de cette injonction thérapeutique.

Christian Sueur
La situation est cependant plus complexe. Il y a des "raver" incarcérés à Fleury-Mérogis, pas forcément pour consommation, mais pour des délits connexes commis lors d’interventions des forces de l’ordre au cours de "rave" illicites.

 

Effets psychologiques

Baptiste Cohen, Drogue Info Service
Quels sont les types de difficultés liées à l’usage d’ecstasy, en terme de problèmes psychologiques et de comportements ?

Christian Sueur
Les crises ne sont pas très différentes des psychoses rencontrées avec la cocaïne et les autres amphétamines. Mais il est délicat de généraliser. A chaque fois, le psychiatre rencontre des cas différents liés à des contextes, des usages déterminés. Dans la plupart des cas, les troubles psychiques sont engendrés par une consommation abusive des produits, laquelle vient révéler une pathologie préexistante. Comme avec la plupart des drogues douces, il est possible de gérer sa consommation. Chacun connaît son seuil de tolérance à l’alcool, au- delà duquel il pressent un danger. Mais certains, pour des raisons souvent antécédentes à la consommation, ne savent pas se réguler, et se mettent en situation de risque.

 En d’autres termes, il semblerait que la plupart des gens que nous traitons pour des problèmes liés à la consommation d’ecstasy étaient déjà, avant leur première prise, des gens "à problèmes", et que l’ecstasy ne soit pas directement responsable de leurs crises.

 

Antonio Ugidos, CRIPS
Existe-t-il des dommages cérébraux induits par la consommation d’ecstasy ?

Erik Fromberg
Le MDMA influe sur le système sérotonergique du cerveau, et il est probablement susceptible de le léser partiellement. Cependant, les conséquences ne sont pas claires - le MDMA entraînerait même, à long terme, selon certains chercheurs, une moindre agressivité et impulsivité. Des femmes ont été traitées pendant des années, à des doses bien plus fortes que celles que pratiquent les "raver" du samedi soir, par des amphétamines anorexigènes. Aucun symptôme grave n’a pu être observé pendant ou après le traitement. D’autre part, les nombreux consommateurs d’amphétamines de l’Amérique des années 70 ne constituent pas aujourd’hui une population de marginaux. On ne saurait donc imputer à l’ecstasy, sous prétexte qu’elle est l’apanage d’un mouvement alternatif de la jeunesse, la responsabilité directe de quelques troubles graves qu’une politique d’information efficace saurait prévenir.

 

Prévention

Bertrand Lebeau, Médecins du Monde
Quel type de prévention y a-t-il concernant la conduite d’automobiles après les "rave" ?

Liz Skelton
En Écosse, un travail en liaison avec la police a été réalisé pour éviter que les gens n’utilisent leurs voitures.
Une étude réalisée par CREW 2000 a révélé que les accidents de la voie publique impliquant des personnes sous ecstasy ne sont pas rares. La police, quant à elle, souhaite développer les contrôles et les tests afin de déceler l’ecstasy chez les conducteurs, ce qui pose une série de problèmes, tant sur le plan légal que sur le plan pratique, l’ecstasy pouvant demeurer dans le sang longtemps après que ses effets aient disparu.

Erik Fromberg
En France, l’effet pervers de l’interdiction des "rave" réside, entre autres, dans l’éloignement de celles-ci que ces mesures suscitent, obligeant les "raver" à emprunter des voitures. En Hollande, les "rave" sont légales et sont organisées au cœur de la cité, où se trouvent taxis et transports en commun divers.

Astrid Fontaine
Au début du phénomène "techno", il existait en France des systèmes de navettes. Malheureusement, la police, en arrêtant les "raver" à la sortie des bus, a mis un terme à cette organisation. L’interdiction d’une fête en cours par l’intervention des forces de l’ordre peut également être mise en cause dans la prise de risques, puisqu’elle incite les gens à reprendre le volant alors qu’ils n’avaient pas prévu de conduire et ne sont pas toujours en état de le faire…

Françoise Eeberhard , Centre Cassini
La police ne pourrait-elle pas développer des actions de prévention et de réduction des risques avec les acteurs engagés sur le terrain des "rave" ?

Jean-Pierre Counil
Il est certain que le domaine de la formation et de l’information est un volet essentiel de la prévention. Il faudrait sans doute à cet égard associer le Ministère de l’Intérieur à l’Éducation Nationale ou à des partenaires sociaux.

 

Sociologie

Nicole Athéa, gynécologue, CRIPS
Quel est le milieu d’origine des "raver" ? Quelles sont les valeurs proposées par le mouvement "techno" ? Qu’en est-il des risques sexuels éventuels pris par les "raver" ?

Christian Sueur
Il est difficile d’identifier le milieu d’origine dans la mesure où l’on ne dispose que des statistiques des gens interpellés ou suivis en centre de soins, qui ne rendent pas vraiment compte du milieu dont sont issus les "raver". Il est délicat d’extrapoler à partir de ces chiffres. Les statistiques d’interpellations nous renseignent sur les milieux auxquels la police s’intéresse - les sans-profession par exemple, qui sont souvent les cibles privilégiées de la répression. On peut se demander si la proportion d’étudiants n’est pas beaucoup plus importante, mais ceux-ci sont moins souvent inquiétés par la police.

Astrid Fontaine
À la différence du "rap", qui revendique son opposition à l’ordre établi et utilise le langage, le mouvement "techno" s’est développé en marge, en complète indifférence aux préoccupations sociales ou politiques.
Il est donc difficile de parler de "valeurs" véhiculées par la "techno". On décèle dans ce mouvement une fascination pour les nouvelles technologies de la communication, la "cyberculture", et tout ce qui se présente sous un jour futuriste. Le caractère collectif est également revendiqué, on sort entre amis, et l’on participe à une fête.

Caroline Fontana
Si l’on peut parler de culture, il s’agit tout au plus d’une culture de la fête ; et s’il existe une revendication commune à tous les "raver", c’est bien celle de faire la fête comme ils l’entendent. Les "raver" ne prétendent sans doute pas véhiculer d’autre idéologie que celle de l’"entertainment" (amusement).

Astrid Fontaine
D’autre part, une fille peut sortir toute seule sans problèmes. Il y a moins de drague dans les "rave" que dans les boîtes de nuit, et les femmes ont rarement à s’inquiéter d’une quelconque agressivité.

Antonio Ugidos
La réputation de l’ecstasy comme pilule de l’amour est donc fausse ?

Thierry Charlois
C’est la pilule de l’amour, pas la pilule du sexe, il ne faut pas tout confondre !