mars 1998
Carole Bruneau, infirmière
Françoise Galiffet, assistante sociale
Comme les gens qu’elle accueille, Carole Bruneau, préleveuse au CDAG de la Salpêtrière, est sourde. Le questionnaire qu’elle fait remplir est le même que celui proposé aux personnes entendantes, avec des questions supplémentaires comme : quelle est votre principale source d’information sur le sida ? avec qui parlez-vous de votre vie affective et sexuelle ? Les réponses permettent d’avoir un aperçu des réseaux d’information - et, comme on l’a vu, témoignent souvent d’un manque de communication important. Les sourds hésitent à venir spécialement pour un test de dépistage, et craignent toujours de rencontrer d’autres sourds de leur connaissance. Mais le fait d’être accueilli par une personne également sourde, appartenant à l’équipe soignante, constitue pour eux une occasion privilégiée d’aborder des questions concernant le corps et la santé.
Comme l’a constaté Françoise Galiffet, assistante sociale au CDAG de la Salpêtrière, les sourds ont en effet peu l’habitude d’exposer leurs préoccupations à des personnes entendantes autres que leurs proches, dont ils sont très dépendants. Ceux qui ne bénéficient pas d’un tel soutien familial sont souvent très isolés. Elle dresse le bilan de ceux qui l'ont consultée. Jeunes pour la plupart (73% ont moins de 40 ans), français (70%) et célibataires (62%), ils sollicitent une aide sociale pour des problèmes administratifs liés à leur mauvaise maîtrise du français écrit. Presque tous bénéficient d’une couverture sociale (88 %), mais ils sont plus de 30% à disposer d’un revenu mensuel inférieur à 3200 francs (49% sont chômeurs, Rmistes ou sans activité, 21% sont sans ressource).
Françoise Galiffet souligne enfin qu’au sein des milieux sourds se trouve un groupe de sourds surmarginalisés, ne bénéficiant le plus souvent d’aucune prise en charge et très mal informés. 30% des demandes d’interventions proviennent en effet de personnes d’origine étrangère, qui ne maîtrisent pas toujours la Langue des Signes Française, et restent difficilement accessibles aux acteurs de la prévention.