juillet 1998
Alain Sobel,
président du Conseil national du sida,
chef de service, hôpital Henri Mondor,
Créteil
Le Conseil national du sida a rendu, au mois de février dernier, un avis concernant les couples dont l’homme est séropositif. Jusque là, l’impératif d’une sexualité sans risque imposait le recours à l’adoption ou à l’insémination artificielle avec le sperme d’un tiers donneur. Les rapports non protégés au moment de l’ovulation, même dans le cadre d’un monitorage médical, restent selon Alain Sobel à proscrire, dans la mesure où ils ne sont pas compatibles avec les règles élémentaires de prévention du risque de transmission du VIH. Mais il semble qu’une solution plus fiable soit en train de voir le jour pour ces couples dits "sérodifférents".
Depuis quelques années en effet, une aide médicale à la procréation est proposée qui permet d’abaisser le risque de transmission virale. Cependant, la validation des techniques de préparation du sperme s’est heurtée à l’insuffisante sensibilité des techniques de mesure de la charge virale. La mise au point récente de techniques plus sensibles de détection d’ARN du VIH dans le liquide séminal et d’ADN proviral permet de mieux évaluer le pouvoir contaminant du sperme. On peut désormais mesurer la présence du génome viral dans l'éjaculat avant et surtout après séparation des spermatozoïdes du plasma séminal. L'absence de particules virales dans la fraction "spermatozoïdes" d'un éjaculat autorise son utilisation en procréation médicalement assistée (PMA) avec un risque de contamination presque nul, souligne Alain Sobel. Cette méthode est donc la seule possibilité conseillée aux hommes séropositifs pour être le père biologique de l’enfant qu’ils ont désiré, le CCNE et le CNS considérant que le monitorage médicalisé de rapports non protégés est à proscrire. Cette technique de réduction du risque de contamination nécessite cependant un environnement hautement spécialisé (centre de PMA, laboratoire de virologie et d’immunologie) qui n'existe pas à l'heure actuelle en France. Trois équipes sont prêtes, et l'homologation de laboratoires spécialisés est, selon Alain Sobel, imminente.