décembre 1998
Philippe Adam, Sociologue, Chargé de Recherche, Centre Européen pour la Surveillance Epidémiologique du Sida
Impact des traitements prophylactiques sur les comportements de préventionUn autoquestionnaire administré via neuf titres de la presse gay en septembre et octobre 1997 sonde les éventuelles modifications de comportements liées à l'arrivée des nouveaux traitements. Plusieurs éléments ressortent de l'analyse des 3311 questionnaires (voir tableau) des lecteurs de la presse gay.
A la première question (Q1) «Avez-vous entendu parler des nouveaux traitements contre le virus du sida ?», la connaissance varie à la hausse avec l'éducation (bac et plus) ; le nombre de partenaires (>10) ; et le lieu de résidence (>Paris-banlieue).
A la deuxième question (Q2) «Avec les nouveaux traitements, pensez-vous qu'il est possible de survivre plus longtemps avec le virus du sida ?», la survie augmente en relation avec l'éducation et le type de journal.
A la troisième question (Q3) «Avec les nouveaux traitements, pensez-vous qu'il est possible de guérir définitivement du sida ?», les trentenaires et plus (9%) et les non bacheliers (13%) ont cette fausse opinion de guérison.
A la quatrième question (Q4) «Pensez-vous qu'avec les nouveaux traitements, il est possible que les séropositifs traités ne transmettent plus le VIH ?», les trentenaires, les non bacheliers et les provinciaux croient faussement à l'éradication possible.
A la cinquième question (Q5) «Avec les nouveaux traitements, pensez-vous qu'il est possible d'empêcher l'infection après un rapport potentiellement contaminant ?», ce sont les bac+, les personnes ayant plus de dix partenaires (>10), et les personnes séropositives qui connaissent le plus la prophylaxie.
A la sixième question (Q6) «Avec les nouveaux traitements, est-il possible que vous-même ayez tendance à vous protéger moins qu'avant ?», le relâchement est plus marqué chez les bac- et les personnes séropositives.

En résumé, l'effet des nouveaux traitements sur la prolongation de la survie est connue de tous (95%). En revanche, 8% ont la fausse opinion qu'ils peuvent guérir et 6% que les séropositifs traités ne sont pas contaminants.Un tiers (30%) seulement savent qu'ils peuvent empêcher l'infection après un rapport à risque. Ce niveau d'information s'est probablement modifié depuis un an, date de l'enquête. S'il est important de remarquer que près de la moitié (45%) des sondés pensent que les nouveaux traitements vont induire une protection moindre, seuls 8% d'entre eux disent eux-mêmes avoir baissé la garde. Globalement, les prises de risque chez les lecteurs de la presse gay ne s'expliquent que dans un quart des cas par relâchement de la prévention, tant chez les personnes séropositives que les autres.
|
Question de la salle Didier Jayle : Qu'en est-il du relâchement chez les jeunes ? Isabelle Grémy, épidémiologiste à l' Observatoire Régional de la Santé : Une étude entre janvier et février 1998 n'a retrouvé aucun relâchement, 18 mois après l'arrivée des trithérapies. Une certaine stabilité de l'usage du préservatif semble atteinte, probablement pour se protéger aussi contre d'autres MST. Un sondage montre que pour un premier rapport sexuel ayant eu lieu avant 1985, 7% déclarent avoir utilisé la capote. Pour les jeunes ayant eu un premier rapport après 1990, ce taux atteint 70%. |