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janvier 1999

trente-troisième rencontre du CRIPS

Sida et migrants : une épidémie cachée ?

 

Vincent JEANTILS,
praticien hospitalier, hôpital Jean Verdier, Bondy (Seine St Denis)

 

Le 93 est le deuxième département en nombre de cas de sida et connaît des taux de chômage et de RMIstes très élevés. Depuis un an ou deux, je ne déclare presque plus de malades du sida alors que le nombre de gens séropositifs continue de croître au rythme de 10 à 15% par an. Sur une file active d'environ 500 personnes suivies à Jean Verdier, 70 nouveaux cas séropositifs ont été dépistés en 98. Parmi eux, 40 ont la peau noire (Français ou pas, on l'ignore et on ne veut pas le savoir); 20 ont la peau blanche et 10 ont un prénom arabe. Dans ce groupe de 70 personnes, le mode de contamination principal est la voie hétérosexuelle et 15 d'entre eux ont moins de 20 ans. Enfin, 10% d'entre eux avaient moins de 50 T4 (lymphocytes T8/CD4) lorsqu'ils ont été dépistés. Je m'interroge comme beaucoup sur l'accès aux soins. D'après mon expérience, l'intégration de séropositivité semble plus évidente chez les ressortissants originaires du Maghreb (2ème-3ème génération). L'éclosion de l'épidémie au sein de la 2ème génération originaire d'Afrique noire me paraît plus difficile.

 Je n'ai jamais vu une population autant dans la solitude en raison de la séropositivité que cette population noire. L'incapacité de parler de peur que tout le monde les quitte, comme dans leur pays d'origine, les plonge dans un profond désarroi. L'imprécision des données épidémiologiques dans ces pays ne permet pas de savoir si la contamination a eu lieu par voie sexuelle ou à l'occasion de transfusions : le problème des seringues non stérilisées en Afrique est, à mes yeux, sousestimé.

 Une autre caractéristique de cette population noire complexifie la prise en charge des femmes enceintes séropositives dans les maternités : le refus majoritaire de la césarienne et de l'IVG. Je suis frappé également par la non compréhension du virus, particulièrement chez les hommes noirs admettant très mal qu'ils puissent être séropositifs. Enfin, nous sommes confrontés à une autre catégorie de personnes originaires de ces pays : celle qui vient en visite en France, souvent sans papiers. Un dépistage positif à l'occasion de leur passage pose d'énormes problèmes. Je m'arrêterai là en soulignant l'importance de la prévention en direction des jeunes migrants, en particulier ceux originaires d'Afrique noire.

 

Intervention de Catherine CHARDIN, DGS

Il faut que les choses soient claires : malgré des imperfections pratiques du dispositif, toutes les personnes, quel que soit leur statut administratif, ont accès aux antirétroviraux en France. Celles qui sont sans papiers aussi. Aujourd'hui une espèce de présupposé des sans papiers -"si je suis dans cette situation, je n'ai pas accès aux soins"-est malheureusement souvent conforté par des intervenants. C'est faux! Même si ce n'est pas la seule raison de l'exclusion, ce motif y contribue.

 

Question de Florence LOT

Le nombre croissant de sujets séropositifs dépistés et pris en charge à l'hôpital Jean Verdier sont majoritairement d'origine étrangère. S'agit-il de contaminations récentes ou plus anciennes qui viennent se faire dépister depuis l'annonce des trithérapies ?

 VJ : Je n'ai pas d'éléments de réponse, si ce n'est les 10% parmi les nouveaux dépistés présentant moins de 50 T4 qui sont probablement des contaminations anciennes.

 

Intervention de Alioune Blondin DIOP (médecin à la Pitié-Salpétrière, Paris)

J'aimerais réagir à votre intervention. Le simple fait de classifier par origine comme vous l'avez fait pour soi-disant mieux affronter l'épidémie donne l'impression qu'il s'agit d'un facteur de risque prépondérant. Vous n'avez pas assez mis l'accent sur les conditions de vie précaires qui, elles, déterminent majoritairement leur vulnérabilité.

 De plus, un minimum de rigueur scientifique ne vous permet pas d'interpréter comme vous l'avez fait des données à partir d'un échantillon si petit. Le problème du déni de l'homme noir face à la séropositivité que vous évoquez est évident. Ces personnes sont venues en France pour un projet social. Leur statut sérologique ne les intéresse pas encore. Dès qu'une possibilité d'accès à des soins devenus indispensables s'offre à eux, ils y vont! Je souhaite ajouter que seuls deux grands facteurs prédictifs de vulnérabilité à la contamination sont identifiés : la dépression et la désinsertion sociale. Et ce, tant chez les Caucasiens que les autres.

 

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