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janvier 1999

trente-troisième rencontre du CRIPS

Sida et migrants : une épidémie cachée ?

 

Joshua ODONGO,
conseiller pour la promotion de la santé dans les communautés africaines,
East London and the City Health Authority, Royaume-Uni

 

L'exemple de Londres

Le débat que vous avez ce soir - publication de chiffres et risque de stigmatisation-, nous l'avons déjà tranché depuis 10 ans à Londres. Au début de cette décennie, nous étions aussi confrontés aux problèmes de confidentialité, de stigmatisation, de racisme. L'épidémie se propageait dans les communautés noires - l'argent croissant dépensé pour les funérailles l'indiquait- sans réaction des pouvoirs publics minimisant ce problème. Nous nous sommes inspirés de la mobilisation réussie de la communauté gaie dans les années 80, nous retrouvant parfois même en concurrence avec eux.

Après 5 ans de lobbying , le gouvernement a créé en 1995 une commission VIH permettant la mise en place de stratégies évolutives en direction des communautés noires touchées. Celle-ci publie régulièrement des chiffres actualisés, communauté par communauté. C'est même un des critères utilisés lors de la répartition des fonds disponibles. Au début, le gouvernement sélectionnait une seule communauté au détriment des autres, en leur recommandant de ne pas aller partager avec les autres.

Progressivement, nous avons réussi à nous regrouper pour contrer cette politique du "diviser pour mieux régner". Nous avons obtenu que le travail de prévention soit effectué par des noirs africains. C'est devenu depuis une condition incontournable de recrutement. L'approche est exclusivement communautaire: l'évaluation des besoins, le projet collectif, la demande de financement, la formation, la création de matériel propre, et la communication via des radios ou journaux de la communauté préexistants ou créés à cette occasion si nécessaire. De plus, chaque communauté est également chargée de faire son propre lobbying. Grâce à cette visibilité, un soutien financier pour des projets élaborés par les populations d'origine migrante peut être fermement négocié, si besoin est, au plus haut niveau politique.

Contrairement à ce que j'ai cru comprendre de ce qui se passait en France, nous n'attendons pas à l'hôpital que les gens viennent, nous allons vers eux. Ils participent à tout, depuis la prise de décision sur les priorités jusqu'à la réalisation des actions et leur évaluation sur le terrain, en passant par l'obtention des moyens nécessaires. Le développement des communautés a permis de faire reculer l'épidémie, même s'il reste encore beaucoup à faire. La prise en compte de plusieurs éléments de préoccupation des membres communautaires, et pas seulement de la problématique médicale du sida, s'est d'emblée imposée. L'implication directe de l'Etat, par exemple en salariant des coordinateurs communautaires dont la fonction est, sur le terrain et non dans un hôpital ou un bureau, de faciliter l'élaboration de projets réalistes et leur mise en oeuvre, constitue un atout.

Le temps m'étant compté, je propose de continuer en répondant à vos interrogations.

 

Question de Smeralda RUSPOLI, Resscom

Comment avez vous réussi à rassembler des associations de migrants très éclatées, voire divisées au départ ?

JO : En organisant des forums de discussion où les questions et les problèmes étaient plusieurs fois mis sur la table. Quand la discussion bloquait, on a été chercher des idées dans la communauté gaie, comment elle avait pu avancer lorsqu'elle s'était retrouvée devant les mêmes obstacles.

Chaque projet étant bâti par la communauté pour ses membres et à sa manière, l'exposé de multiples petites initiatives préexistantes et les avantages retirés par leur regroupement de proximité présentés par les acteurs eux-mêmes a aussi souvent permis des déblocages.

 

Question de Samba SYLLA, GRDR

Si j'ai bien compris, tous les intervenants sont des employés municipaux ?

JO : Il ne s'agit pas d'un travail en réseau spécifique VIH. Ces personnes travaillent aussi sur l'état de santé au sens large, comme des problèmes de logement, de travail, ...à chaque fois basé sur des initiatives communautaires.

 

Question d'Emmanuel RICARD, CRIPS

Vous avez cité deux critères impératifs de récrutement : être d'origine africaine et touché par le VIH. Y en a -t-il d'autres ?

JO : Bien sûr. Par exemple, celui d'être reconnu par sa communauté, ou encore le degré de compétence dans le domaine et la réussite d'une formation adaptée.

 

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