mars 1999
Le nouveau président du Crips, Jean Brafman, ouvre le débat en soulignant limportance de développer la prévention de la toxicomanie envers les populations les plus vulnérables.Pr Roger Henrion, Professeur Émérite à la Faculté de Médecine
Cochin Port-RoyalLa prévention de la toxicomanie est complexe et soulève de nombreuses questions que je voudrais évoquer. Sans être exhaustif, jen ai listé sept.
1 Primaire ou secondaire ?
La prévention primaire stricte vise à éviter la première rencontre avec un produit illicite.
Suffit-elle ou faut-il lélargir quand on sait quenviron un jeune sur trois prend ou a pris une drogue (du cannabis dans 90% des cas). La prévention secondaire vise, elle, à prévenir le passage de lusage à labus. On admet alors quun usage modéré nest pas nécessairement toxique ni qu'il entraîne automatiquement une dépendance. Mais dès la première consommation de drogue illicite, il y a délit.
2 Produit ou personnalité ?
En France, il y a deux grands courants. Pour les uns, tout le mal vient du produit. Pour les autres, tout est du à la seule personnalité. Ne nous braquons pas : produit addictif et personnalité addictitive ne sont pas contradictoires. Et certains produits sont toxiques et dangereux demblée, comme le crack et parfois lecstasy.
3 Drogues illicites ou licites ?
Comme vous le savez, ce point sest éclairci puisque le premier Ministre a demandé à la MILDT** dintégrer la prévention du tabagisme et de lalcoolisme, voire des médicaments psychoactifs. Mais cela pose aussi un petit problème dharmonisation pour les messages préventifs. En effet, lorsquon parle alcool, la consommation est admise mais on vise à retarder son usage chez les trop jeunes et à modérer les quantités. En revanche, pour le tabac, lobjectif est une consommation zéro, on vise léradication.
4 Action sur la vulnérabilité ou sur la protection ?
A mon avis, il faut agir sur les deux facteurs à la fois, cest à dire réduire les facteurs de vulnérabilité pathogène et renforcer les facteurs de protection. Mais cest encore un sujet de discussion actuellement.
5 Information générale ou pas ?
Vous connaissez la vieille discussion : plus on en parle, plus on risque daugmenter la consommation mais si on en parle pas, il ne se passe rien. A mes yeux, il faudrait au moins éviter les messages ambigus. Ainsi, certains sportifs de renom témoignent de leur expérience personnelle dune consommation maîtrisée mais oublient de signaler quil y a des méfaits à un usage abusif et une possibilité de dépendance. Pour certains artistes célèbres, il en va de même. Ceux qui ont un visage médiatique peuvent nous aider dans la prévention en disant " Oui je consomme, mais cest dangereux dans telle et telle circonstance ".
6 Qui doit agir ?
Les jeunes font dabord confiance aux parents puis aux enseignants et aux soignants scolaires, daprès les enquêtes. Les associations ou les intervenants spécialisés viennent loin derrière. Je ne parle même pas des médecins de famille ou des pharmaciens, qui ont un rôle à jouer mais ne sont pas formés pour. Un nouveau type de médecins baptisés " préventologues " est à envisager.
7 Globale ou spécifique ?
La prévention ne sera pas la même selon lâge (enfants ou adolescents) ou le public (du consommateur de cannabis occasionnel au grand héroïnomane). Il faut adapter.
- Pascal Gorin, Capitaine de Police, Unité de Communication/Formation/Prévention de la Brigade des Stupéfiants
- Patricia Echevarria, Psychologue, Responsable du secteur prévention de Drogues et Société, Créteil
- Marie-Pierre Hourcade, Magistrat, Chargée de Mission à la MILDT
Les rencontres du CRIPS sont organisées avec le soutien de la Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales d'Ile-de-France CRIPS
Ont collaboré à ce numéro
:
David Janssens - Didier Jayle - Antonio Ugidos -
Bénédicte Astier- Idris Roty - Les graphistes
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