septembre 1999
En préambule, trois questions difficiles ont été soumises à la sagacité de l'auditoire.Dans certaines conditions, le VHB est-il transmissible par acupuncture ?
Avec 80% de OUI sur 150 votants, la réponse majoritaire est juste.Le traitement par interféron seul ou en association n'est-il efficace qu'en cas de réplication virale ?
Sur 147 votants, le taux d'abstention atteint 40 %, du fait de la difficulté de la question. Il est vrai que, pour l'instant, le traitement est validé seulement en cas de réplication virale.En cas de co-infection par le virus delta, l'ADN du virus de l'hépatite B est-il constamment élevé ?
Sur les 150 votants, la minorité 9 % considère à juste titre que la multiplication du virus de l'hépatite B n'est pas constamment élevée en cas de co-infection par le virus de l'hépatite delta.Dr Françoise Degos, Hôpital Beaujon
Histoire naturelle de la maladie, connaissances et incertitudesContrairement au virus de l'hépatite A, le virus de l'hépatite B est un virus à ADN. L'épidémiologie est très hétérogène dans le monde puisque certains pays comme l'Europe et l'Amérique du Nord ont une prévalence de l'ordre de 0,1 % alors que celle-ci atteint 5 à 20 % en Afrique et en Asie du Sud-Est. L'infection devient chronique au-delà de 6 mois avec une évolution possible vers la cirrhose ou le carcinome hépatocellulaire.
Les modes de transmission sont bien identifiés : en pays de forte endémie, le mode de transmission majoritaire est de type mère-enfant. Dans l'environnement du porteur chronique de l'hépatite B, la transmission sexuelle atteint 60 à 80 % et le risque de contamination est de 20 % simplement du fait d'habiter sous le même toit d'autant que sévissent la promiscuité et les mauvaises conditions socio-économiques.
Les politiques de vaccination des professions de santé se sont avérées efficaces mais insuffisantes pour diminuer l'incidence de l'infection à VHB. D'où la décision de certains pays tels que la France, les Etats-Unis et la Catalogne de l'intégrer dans leur calendrier vaccinal. Autre argument, la vaccination contre l'hépatite B est le premier vaccin qui prévient le cancer. En atteste l'exemple taïwanais qui, grâce à la vaccination systématique, a vu en 20 ans diminuer considérablement l'incidence du carcinome hépatocellulaire.
En France, 252 cas d'atteintes neurologiques ont été recensés. Dans la majorité des cas, l'intervalle entre les signes neurologiques et la vaccination était inférieur à deux mois. Avant 6 ans aucun trouble neurologique n'a été décrit. En outre, les études de risque n'ont pas démontré de relation statistique entre la vaccination et les atteintes neurologiques. Pour l'instant, il persiste des incertitudes quant à une éventuelle co-incidence ou une relation de causalité même faible. D'après les études réalisées, le risque putatif de vaccination d'une cohorte de 800 000 enfants serait de 2 cas d'atteinte neurologique pour éviter 3 hépatites fulminantes, 60 à 150 hépatites chroniques et 12 à 30 carcinomes hépatocellulaires.
Dr Frédéric Dubois, CHRU de Tours
Les marqueurs sérologiques et virologiquesL'antigène HbS (S comme surface) correspond à l'enveloppe du virus. A l'intérieur, se trouve une capside contenant l'ADN viral. Ainsi, on retrouve dans le virus deux supports antigéniques : l'antigène HbC et Hbe. Si l'antigène HbS signe la présence du virus, les IgM anti-HbC témoignent de l'ancienneté de l'infection, l'antigène Hbe et l'ADN viral reflétant quant à eux l'intensité de la réplication. Les antigènes et les anticorps obéissent à une cinétique bien définie selon le stade de la maladie.
La persistance de l'ag HbS signe la chronicité. Au cours du temps, la réplication va en s'atténuant avec une disparition de l'ADN viral. De même, la séroconversion ag Hbe permet la production d'anticorps anti Hbe. La chronicité n'est pas inexorable dans la mesure où le portage chronique peut s'amender avec une négativation de l'antigène HbS et l'apparition des anticorps.
Dr Jean-Claude Desenclos, Institut de Veille Sanitaire
Les données épidémiologiques, les modes de transmission, la prévention hors vaccinationLe réseau sentinelle et les données recueillies dans la communauté urbaine de Lyon décrivent une diminution régulière de l'incidence de l'hépatite virale B aiguë symptomatique au cours de la période 1991-1998 grâce aux effets positifs de la vaccination. L'incidence très faible avant 20 ans connaît un pic dans la tranche d'âge 20-29 ans. C'est la maladie de l'adulte jeune et de l'adolescent avec deux facteurs d'exposition particulièrement fréquents à cet âge-là : la voie sexuelle et la toxicomanie. Parmi les modes d'acquisition de l'hépatite B, la transmission hétérosexuelle est prépondérante avec 29 % des cas, puis la toxicomanie intraveineuse (15 %), la transmission homosexuelle (12 %), les injections, scarifications (8 %) et la dialyse (6 %). Elle reste non précisée dans 30 % des cas.
La prévention primaire passe bien sûr par la vaccination, la diminution du risque sexuel par des méthodes identiques à celles du VIH, la réduction des risques chez les toxicomanes intraveineux et la prévention de la transmission nosocomiale. La prévention secondaire s'appuie sur le dépistage des porteurs chroniques de l'ag HbS. La prévention tertiaire implique une prise en charge thérapeutique de l'infection, des conseils vi- à-vis des produits hépatotoxiques, en particulier l'alcool, et du risque de transmission.