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décembre 1999

trente-sixième rencontre du CRIPS
Le théâtre dans la prévention

Le théâtre de texte
André Loncin, directeur du Petit Théâtre

Notre compagnie a été créée il y a une quinzaine d’années. Nous faisons du théâtre de texte, pas des interventions comme le théâtre-forum. Il y a une petite dizaine d’années, on m’a présenté un texte sur le sida "Y-a-t-il des tigres au Congo?". J’ai fait un peu la grimace, je n’en avais pas trop envie. Mais quand j’ai lu la pièce, j’ai tout de suite dit "Oui, je la monte". D’abord parce que théâtralement cela m’intéressait. C’est un excellent texte de théâtre, et en tant que metteur en scène et comédien j’y trouvais mon compte. J’ai pensé que le public aussi y trouverait son compte. C’est une pièce qui a été écrite en 1985-86 par deux auteurs scandinaves.

Commande de la Croix Rouge française au départ, le spectacle a été créé en 1990 à l’occasion d’un colloque international qui se tenait à Bercy. Et cette pièce, on la joue encore sans y avoir changé une virgule. Au moment de l’arrivée des trithérapies, il y a 3-4 ans, nous nous sommes demandés si le texte était encore de mise. Je crois qu’il tient toujours effectivement parce qu’il traite plutôt des problèmes relationnels, de rapports entre les personnes qui ne bougent pas tellement.

Sommairement, la pièce met en scène deux auteurs qui écrivent une pièce de théâtre et nous fait part de leurs difficultés à écrire sur le sida. Un des personnages est auteur professionnel et l’autre est enseignant. Le public qui les voit travailler rigole avec eux de leurs difficultés. On ne joue pas sur la corde sensible. On a déjà fait plus de 700 représentations, devant des publics adultes mais aussi beaucoup en milieu scolaire (plutôt devant des lycéens, parfois pour des 3e). On ne se met pas dans la peau d’ados en essayant de leur faire la morale. Cette pièce n’a pas répondu à mes questions mais a soulevé les questions que peut-être je me serais posé si j’avais pris la peine de me les poser. Toutes les questions y sont posées, des questions banales de la vie de tous les jours.

En général, la salle est silencieuse et parfois les profs nous demandent : "Mais qu’est-ce que vous leur avez fait?". Je pense que le texte est particulièrement bien écrit, efficace. Il est truffé de questions qui rebondissent sur le public. Ce n’est pas une pièce sur le sida, et je pense que c’est pour cela que le public est particulièrement actif. A travers les questionnements des deux auteurs, la pièce met en scène Mr et Mme tout le monde, et ce sont les parents qui se remettent en cause.

Après, les gens restent sur place et parlent de ce qu’ils ont vu. La pièce se termine sur une note émotionellement forte et je pense que c’est important que le public ne parte pas avec ses interrogations, que puisse se dire ce qui devrait se dire. La pièce ne donne aucune solution, elle soulève les problèmes. Cela donne lieu à un échange qui est parfois très long à démarrer mais qui devient vite intéressant et très fort. En tant que comédien et metteur en scène, ce qui m’importe le plus, c’est le silence durant les représentations. Quand on joue devant des publics mixtes (jeunes et adultes), souvent les adultes nous disent "Vraiment c’était super mais cette pièce vous devriez la jouer devant les jeunes" et vice et versa. Cela reflète bien l’état d’esprit par rapport au sida, "C'est toujours bien pour le voisin", c’est plutôt les autres.

La chose essentielle -c’est pour cela que je l’ai montée- c’est que la pièce existe en tant que pièce de théâtre. Elle divertit. Elle est jouée partout, dans les prisons, les salons de particuliers, les lycées, un atelier de construction mécanique... Pour moi, c’est le même enjeu artistique et donc de citoyen de ce monde.

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