décembre 1999
En 1993, la ville de Nantes a souhaité créer un outil pédagogique pour parler du sida aux enfants de CM2. Il fallait trouver un espace de dialogue autour de cette question, comprendre la maladie, poser les bases de la prévention, lutter contre les idées fausses, les peurs et les rejets. Créer cet outil pédagogique pour travailler avec les enfants nétait pas forcément bien perçu au départ (pourquoi parler du sida à cet âge là?). Petit à petit, on a avancé dans les écoles et dès la deuxième année, on a décidé de créer temps fort à loccasion de la journée mondiale du 1er décembre avec la création dun spectacle avec les enfants. Les deux premières années (1995-96), chaque classe préparait un chant ou une petite pièce de théâtre.Puis, en 1997, on sest rendu compte que les sujets abordés par les enfants étaient toujours un peu les mêmes (rien sur le relationnel ou le vécu de la maladie) et nous avons décidé de créer un cadre de représentation un peu plus précis. Nous avons travaillé avec les enseignants, les médecins et infirmières scolaires, des professionnels du chant, du théâtre, de la danse, et un scénariste pour mettre sur pied ce projet pédagogique.
A travers ces spectacles, nous poursuivions différents objectifs: transmettre des connaissances, bien sûr, mais aussi faire évoluer les enfants par rapport à leurs attitudes et opinions de départ, les rendre plus solidaires vis-à-vis des personnes atteintes et surtout créer un temps de mobilisation pour permettre de parler du sida entre parents, entre enfants, avec des professionnels, développer le dialogue et les échanges. On a aussi pensé quen créant, on sapproprie un peu plus les contenus de linformation, on discute des messages et on est obligé de se confronter à la réalité. Autre intérêt, permettre de travailler sur des talents extra-scolaires, valoriser les enfants qui ne sont pas forcément gagnants à lécole, développer leur capacité à communiquer entre eux et avec dautres intervenants. Nous sommes partis de leurs représentations, et nous avons travaillé sur des animations ou des questions comme "Moi à 10 ans jai appris que le sida existait et jai pensé que...", ou "Vous grandissez dans un monde où le sida existe quest-ce que vous en pensez, quest-ce que vous en savez?" Cest ce recueil de la parole des enfants qui a servi de base au scénario.
Dans un deuxième temps, on a apporté linformation, nous avons posé un certain nombre de pré-requis. Troisième temps, la création de chants, des danses et des sketches. On a demandé à toutes les classes de créér un scénario, une histoire quils auraient imaginée avec un certain nombre de repères, de données de départ. Puis à partir de tous ces scénarios nous avons recréé un scénario dans lequel chaque classe devait sinscrire. Cest ainsi quen1997 est né le spectacle "Dis maman si..". Nous avons pris un risque en leur donnant la parole comme ça parce que les enfants nous ont menés sur un terrain qui nétait pas forcément voulu mais quon a accepté parce quon sest dit cest comme ça quils voient le sida. On avait demandé quil y ait deux héros (Laïla et Frédéric) et les enfants ont, par exemple, souhaité quun parent soit atteint. En fait une infirmière contaminée professionnellement. Parce quon sest rendu compte que linquiétude des enfants cest dêtre touchés au plus près, et au plus près cest leurs parents.
Le spectacle a été présenté à dautres enfants qui navaient reçu aucune information sur le sida et qui venaient découvrir ce que des enfants avaient à leur dire et à leur transmettre comme message. Le spectacle se termine par un grand chant en commun créé en 1993 par Georges Fischer. Cela crée une émotion très forte parce que quand on a 700 enfants qui chantent ensemble contre le sida, pour des messages de prévention et de solidarité, cest vraiment très très fort.
La démarche quon a eue à travers la création de ce spectacle, cest de favoriser un temps fort, un marquage affectif. Ce qui nous a satisfait en particulier, cest le dialogue qui sest instauré entre parents, enfants, au niveau des classes, aussi bien chez les enfants créateurs que chez les invités. Durant les trois années, on a observé les mêmes tendances: cette initiative a permis de diminuer les rejets, les peurs, même si pour certains le sida reste une "maladie honteuse" qui "empêche daimer", essentiellement chez les enfants issus de milieux défavorisés.