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décembre 1999

trente-sixième rencontre du CRIPS
Le théâtre dans la prévention

L’expérience de Nantes
Marie-Odile Williamson, chef de projet en Education pour la santé, service municipal de Nantes

En 1993, la ville de Nantes a souhaité créer un outil pédagogique pour parler du sida aux enfants de CM2. Il fallait trouver un espace de dialogue autour de cette question, comprendre la maladie, poser les bases de la prévention, lutter contre les idées fausses, les peurs et les rejets. Créer cet outil pédagogique pour travailler avec les enfants n’était pas forcément bien perçu au départ (pourquoi parler du sida à cet âge là?). Petit à petit, on a avancé dans les écoles et dès la deuxième année, on a décidé de créer temps fort à l’occasion de la journée mondiale du 1er décembre avec la création d’un spectacle avec les enfants. Les deux premières années (1995-96), chaque classe préparait un chant ou une petite pièce de théâtre.

Puis, en 1997, on s’est rendu compte que les sujets abordés par les enfants étaient toujours un peu les mêmes (rien sur le relationnel ou le vécu de la maladie) et nous avons décidé de créer un cadre de représentation un peu plus précis. Nous avons travaillé avec les enseignants, les médecins et infirmières scolaires, des professionnels du chant, du théâtre, de la danse, et un scénariste pour mettre sur pied ce projet pédagogique.

A travers ces spectacles, nous poursuivions différents objectifs: transmettre des connaissances, bien sûr, mais aussi faire évoluer les enfants par rapport à leurs attitudes et opinions de départ, les rendre plus solidaires vis-à-vis des personnes atteintes et surtout créer un temps de mobilisation pour permettre de parler du sida entre parents, entre enfants, avec des professionnels, développer le dialogue et les échanges. On a aussi pensé qu’en créant, on s’approprie un peu plus les contenus de l’information, on discute des messages et on est obligé de se confronter à la réalité. Autre intérêt, permettre de travailler sur des talents extra-scolaires, valoriser les enfants qui ne sont pas forcément gagnants à l’école, développer leur capacité à communiquer entre eux et avec d’autres intervenants. Nous sommes partis de leurs représentations, et nous avons travaillé sur des animations ou des questions comme "Moi à 10 ans j’ai appris que le sida existait et j’ai pensé que...", ou "Vous grandissez dans un monde où le sida existe qu’est-ce que vous en pensez, qu’est-ce que vous en savez?"… C’est ce recueil de la parole des enfants qui a servi de base au scénario.

Dans un deuxième temps, on a apporté l’information, nous avons posé un certain nombre de pré-requis. Troisième temps, la création de chants, des danses et des sketches. On a demandé à toutes les classes de créér un scénario, une histoire qu’ils auraient imaginée avec un certain nombre de repères, de données de départ. Puis à partir de tous ces scénarios nous avons recréé un scénario dans lequel chaque classe devait s’inscrire. C’est ainsi qu’en1997 est né le spectacle "Dis maman si..". Nous avons pris un risque en leur donnant la parole comme ça parce que les enfants nous ont menés sur un terrain qui n’était pas forcément voulu mais qu’on a accepté parce qu’on s’est dit c’est comme ça qu’ils voient le sida. On avait demandé qu’il y ait deux héros (Laïla et Frédéric) et les enfants ont, par exemple, souhaité qu’un parent soit atteint. En fait une infirmière contaminée professionnellement. Parce qu’on s’est rendu compte que l’inquiétude des enfants c’est d’être touchés au plus près, et au plus près c’est leurs parents.

Le spectacle a été présenté à d’autres enfants qui n’avaient reçu aucune information sur le sida et qui venaient découvrir ce que des enfants avaient à leur dire et à leur transmettre comme message. Le spectacle se termine par un grand chant en commun créé en 1993 par Georges Fischer. Cela crée une émotion très forte parce que quand on a 700 enfants qui chantent ensemble contre le sida, pour des messages de prévention et de solidarité, c’est vraiment très très fort.

La démarche qu’on a eue à travers la création de ce spectacle, c’est de favoriser un temps fort, un marquage affectif. Ce qui nous a satisfait en particulier, c’est le dialogue qui s’est instauré entre parents, enfants, au niveau des classes, aussi bien chez les enfants créateurs que chez les invités. Durant les trois années, on a observé les mêmes tendances: cette initiative a permis de diminuer les rejets, les peurs, même si pour certains le sida reste une "maladie honteuse" qui "empêche d’aimer", essentiellement chez les enfants issus de milieux défavorisés.

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