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décembre 1999

trente-sixième rencontre du CRIPS
Le théâtre dans la prévention

Questions de la salle

Antonio Ugidos
Quel est le coût de ces interventions?

Bernard Grosjean
Cela dépend du nombre de comédiens mais en gros nos prix s’échelonnent de 5 000 à 7 000 F.

André Loncin
De 6 500 à 4 000F s’il y a plusieurs représentations.

Marie-Odile Willimason
Notre projet a coûté environ 20 000F, en termes d’intervenants mais la ville de Nantes nous fournissait une superbe salle de spectacle. Mais en fait, notre limite à nous ce n’était pas le coût mais plutôt la mobilisation autour de la maladie. On a arrêté en 1997 parce que nous n’arrivions plus à motiver les professionnels.

 Louis Scott
Cela dépend des lieux. Notre spectacle est, par exemple, gratuit dans les foyers de jeunes travailleurs mais les prix peuvent aller jusqu’à 10 000F quand c’est une demande de la DDASS ou de Conseils généraux.

Stella Serfati (Théâtre Turbulences)
A la fin 1997, nous avons monté un spectacle -"C’était vers la fin de l’automne" de Jean-Louis Bourdon- créé à partir d’un texte à une voix, celle d’une femme malade dont on n’apprend qu’à la fin qu’elle est atteinte du sida. Nous l’avons présenté en milieu scolaire, mais nous étions partis sans penser prévention. Et je me suis rendue compte à cette occasion, qu’il y avait énormément de clichés qui revenaient, notamment chez les femmes qui disent souvent "De toutes façons, je ne suis pas concernée."

Georges de Cagliari (auteur dramatique, Théâtre du Chaos)
Le théâtre interactif a souffert pendant trop longtemps d'une maladie infantile. Trop souvent, il reprenait ce qu'on savait déjà. Or, s'il est pédagogique, il doit apporter du savoir et de l'information. J'ai écrit "Les yeux grands ouverts", une pièce qui traite de tous les aspects du sida. Aujourd'hui, les jeunes croient que la trithérapie est un vaccin ou que la pilule protège des MST. Si le théâtre se veut producteur d'échanges, il doit apporter de l'information.

Bernard Grosjean
On ne peut être responsable de tout se qui se fait. C'est en voyant les choses qu'on se fait une idée, pas en parlant d'idées générales. Sur la diffusion de connaissances, il faut d'abord s'être mis à l'écoute des connaissances et ignorances du public pour pouvoir les complèter. C’est le rôle du meneur de jeu qui essaye d'y répondre de manière concrète et précise.

Daniel Patrie (metteur en scène, Résonances Théâtre Média)
Avec Résonances Théâtre Média, nous arrivons sans pièce et sans comédiens. Le scénario est conçu à partir des réflexions menées avec les travailleurs sociaux en amont. Ensuite, on monte la pièce avec des jeunes qui mettent leurs propres mots. A la fin, les jeunes se mettent face au public et débattent avec les professeurs. Je tiens à insister sur l'importance du travail en amont: la toxicomanie à Guèret n'est pas la même qu'à Nanterre. Ce travail permet de créer un émotionnel qui va libérer la parole après. Les personnes du théâtre sont des sortes d'éclaireurs. On travaille beaucoup sur l'humour. Par exemple, pour le préservatif, avec une scène d'amour caricaturale, il y en a toujours un qui finit par dire "C'est vrai que ce moment-là c'est galère". Je pense qu’on peut se servir du théâtre comme support émotionnel: les jeunes n'écoutent pas les psy qui leur parlent des conduites addictives mais ils écoutent ces comédiens improvisés qui disent les mêmes choses autrement.

Adriana Ciliberti (responsable du développement, Théâtre de l'Opprimé)
Il me paraît intéressant de réfléchir au rôle du "jocker", le meneur de jeu. Nous essayons de ne pas mener les gens. La philosophie de notre théâtre, c'est aussi de repenser la démocratie. Par exemple en donnant la parole aux jeunes à qui nous offrons la possibilité de travailler 60 heures d'affilée pour monter leur propre pièce (pour un prix de 38 000 F).

Frédéric James (comédien, Compagnie de l'Odyssée)
Le théâtre, c'est la valeur de l'exemple d'abord. Il faut présenter des situations concrètes pour marquer les esprits, donner au public l'occasion de s'identifier. On ne parle pas du "relapse" mais nous sommes extrêmement inquiets d'entendre les jeunes dire aujourd’hui "le sida c'est une maladie de la génération précédente". Notre action est donc toujours importante. Il est nécessaire de rappeler que, malgré l’existence des trithérapies, le sida est toujours une maladie mortelle dont il faut se prévenir. Il y a aussi les minorités -comme les homosexuels- qui ne peuvent s'identifier à quelque chose de positif sur scène. Les spectacles homosexuels sont toujours victimes d'une censure insidieuse: nous ne pouvons pas, par exemple, présenter le nôtre à des jeunes de moins de 15 ans, et nous avons des difficultés avec l'Education nationale. Il faut offrir aux gens la possibilité de se voir. C'est un devoir de citoyenneté.

Rui Frati (directeur, Centre du Théâtre de l'Opprimé)
Le Théâtre de l'Opprimé c'est à la fois une salle dans le 12ème arrondissement et une compagnie de théâtre-forum. Le même spectacle joué devant différents publics peut donner lieu à un débat de haut niveau, puis dans l'après-midi à un débat extrêmement intéressant avec des représentants du planning familial afin de clarifier toutes sortes de choses. Le théâtre peut donc apparaître comme un facilitateur de débat.

Fatima de Freitas (conseillère conjugale, Mouvement Français pour le Planning Familial)
Je trouve tout cela très intéressant mais cela pose deux problèmes: celui du coût, comme vous l'avez dit, et quand on habite hors de région parisienne il faut venir et repartir, ce qui fait que c'est encore plus cher. Ensuite, au planning familial, nous faisons de la prévention mais nous ne sommes pas drôles. Résultat: les gens ne veulent pas nous entendre. Alors il faut créer quelque chose pour être entendu. Je suis moi-même brésilienne et j’ai donc voulu essayer l'improvisation mais sans succès. Pourquoi ne pas nous apprendre comment faire?

Bernard Grosjean
Nous avons déjà formé des gens. L'improvisation, on peut très bien en faire en amateur une ou deux fois. Mais après, cela devient plus problématique d’arriver à la gérer plus longtemps, à maîtriser cet outil sur le long terme. Il faut travailler.

Patricia Checco (Théâtre du Voile Déchiré)
J’ai rédigé un mémoire sur les liens entre santé et théâtre et je voudrais poser une question: est-ce que le théâtre donne une représentation sociale de la personne malade? Je m'aperçois que ce n'est pas si simple que ça. Ce n'est pas forcément avec l'interactif que les choses vont changer. Le noyau dur de la représentation du malade du sida reste très stable. Ne vaudrait-il pas mieux créer des grands textes sur le sujet? Comment modifier cette représentation au travers d'un spectacle théâtral? Je me pose la question.

Bernard Grosjean
Il faut arrêter de prêter au théâtre des vertus magiques. C'est un outil parmi d'autres.

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