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février 2000

trente-septième rencontre du CRIPS
A l'aube du 3ème Millénaire, la situation du sida dans le monde

Françoise Hamers, Centre européen pour la surveillance épidémiologique du sida

Je voudrais tout d'abord replacer l'Europe dans le contexte mondial: le nombre total de personnes vivant avec le VIH ou le sida est actuellement estimé à 33,6 millions dont 23 millions en Afrique sub-saharienne, 520 000 en Europe occidentale, et 360 000 en Europe de l'Est et les républiques asiatiques de l'ex-Union soviétique.

En Europe de l'Ouest, où l'épidémie est ancienne, une proportion importante de personnes infectées le sont depuis longtemps alors qu'en Europe de l'Est, l'épidémie est beaucoup plus récente et la majorité des personnes contaminées l'ont été au cours des trois dernières années.

Selon les estimations, 5,6 millions de personnes au total ont été contaminées en 1999, dont 3,8 millions en Afrique, 30 000 en Europe de l'Ouest, et 95 000 en Europe de l'Est et en Asie centrale.

Le profil épidémiologique de l'infection à VIH en Europe a considérablement changé ces dernières années avec l'utilisation des associations d'antirétroviraux à large échelle, principalement en Europe de l'Ouest, qui a fortement réduit l'incidence du sida et augmenté la survie des personnes séropositives. Au même moment, des épidémies importantes sont survenues dans plusieurs pays de l'ex-Union soviétique notamment chez les utilisateurs de drogues injectables (UDI).

En Europe, l'incidence c'est-à-dire le nombre de nouveaux cas survenus par année, décroît fortement -comme le nombre de décès- depuis 1996. Mais aujourd'hui encore, 90% des cas de sida et de décès sont déclarés dans l'Union européenne.

Le nombre de nouveaux cas déclarés par groupe de transmission dans l'Union européenne montre une baisse dans tous les groupes, un peu moins prononcée chez les hétérosexuels. Les premières données de 1999 montrent que cette baisse se poursuit mais à un rythme moindre. Cette diminution est observée dans tous les pays de l'Union européenne, à l'exception du Portugal où l'épidémie est plus récente chez les toxicomanes. En ce qui concerne la transmission mère-enfant et les hémophiles, le nombre de cas décroît depuis 1994, ce qui constitue vraiment un des succès de la prévention.

L'histoire de l'épidémie en Europe occidentale montre que l'incidence du VIH est désormais relativement stable, après des pics très prononcés dans les années 90 chez les homosexuels et les toxicomanes, alors que chez les hétérosexuels, l'épidémie est beaucoup plus récente. Mais cette surveillance de l'incidence est peu sensible aux épidémies récentes du fait de la longue période d'incubation. D'où l'intérêt du nouveau système mis en place en 1999 à l'échelle européenne.

Le nombre de cas de sida déclarés en 1998 par million d'habitants montre que les pays les plus touchés sont ceux du sud de l'Europe (Espagne, Portugal puis l'Italie, la France et la Suisse) tandis que l'Europe de l'Est n'apparaît pas du tout touchée, à l'exception de la Roumanie victime d'une épidémie pédiatrique.

Mais ces déclarations de cas de sida manquent de données pour l'Espagne, la France (sauf l'Aquitaine), le Portugal et l'Italie (sauf le Lazzio et le Trento). Elles montrent des taux compris entre 10 et 49 par million d'habitants pour la plupart des pays d'Europe occidentale, inférieurs à 10 pour l'Europe centrale (sauf la Pologne) et des taux particulièrement élevés pour l'Europe de l'Est, notamment en Ukraine, en Biélorussie, en Lettonie, et en Moldavie.

L'évolution du nombre de cas de VIH déclarés ces cinq dernières années dans ces trois zones (Ouest, Est, centrale) révèle, pour sa part:

- des taux relativement stables à l'Ouest, à l'exception de l'Europe du Sud;

- des taux nettement plus bas au centre mais en légère augmentation (notamment en raison de l'épidémie chez les toxicomanes en Pologne);

- une augmentation brutale à l'Est, en 1995, puis une stabilisation depuis 1998 à des niveaux très élevés. Ce qui pourrait s'expliquer par une relative saturation, c'est-à-dire une fois que les personnes les plus à risque ont été contaminées.

La déclaration des cas de sida montre des taux nettement plus élevés à l'Ouest qu'au centre, et même à l'Est dans les années récentes.

En Europe de l'Ouest (1993-98): le nombre de cas de VIH enregistré chez les toxicomanes baisse légèrement, alors qu'il augmente chez les hétérosexuels et reste stable chez les homosexuels. Les cas de sida, eux, baissent pour les trois groupes de transmission. En 1998, les hétérosexuels représentaient 40% des cas de VIH, contre 30% des cas de sida, et les UDI 10% des cas de VIH contre 20% des cas de sida.

Le nombre de cas d'infection à VIH déclarés, entre 1986 et 1998, dans la plupart des pays est relativement stable. Au Danemark, on constate une tendance à la baisse comme en Suisse, et dans une moindre mesure, en France sur des données partielles (l'Aquitaine) et en Italie.

Si l'intensité du dépistage reste la même au cours du temps, les tendances de déclaration du nombre de cas dépistés devraient refléter celles de l'incidence de l'épidémie. La déclaration du VIH est donc fortement influencée par l'activité de dépistage et l'hétérogénéité entre les systèmes nationaux rend les comparaisons difficiles. De plus, les pays les plus touchés à l'Ouest n'ont, pour l'instant, peu ou pas de données.

Globalement, le nombre de cas VIH déclarés est nettement supérieur à celui du nombre de cas de sida, en particulier dans les pays où l'épidémie est récente.

En Europe de l'Est -l'ex-URSS-, les données font apparaître une diffusion rapide depuis 1995, essentiellement chez les toxicomanes avec un risque de propagation dans d'autres populations.

En Europe centrale, le niveau de transmission, relativement bas, a légèrement augmenté au cours des dernières années, mais le risque d'apparition d'épidémie importante ne doit pas être sous-estimé.

En Europe de l'Ouest, les données suggèrent que les nouvelles infections restent relativement stables avec une prédominance de la transmission sexuelle. Si le nombre de nouvelles infections reste stable et si celui des décès diminue, on s'attend à ce que le nombre de personnes vivant avec le VIH ou le sida augmente à moyen terme.

La déclaration à l'échelle européenne se poursuit avec l'inclusion de nouveaux pays et la mise en place de nouveaux systèmes nationaux comme en France par exemple. L'harmonisation et le recueil systématique de l'activité de dépistage sont également en cours et devraient aider à l'interprétation des données.

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