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février 2000

trente-septième rencontre du CRIPS
A l'aube du 3ème Millénaire, la situation du sida dans le monde

Victor Parra Hidalgo, éducateur, conseiller sur le VIH et la sexualité, écoutant à Fonosida au Chili

Je vais vous présenter une vision générale de l'épidémie de sida dans notre région. Selon ONUSIDA, en décembre 1998, l'Amérique Latine et les Caraïbes comptaient 1,6 millions de personnes vivant avec le VIH (soit 5,4% du total mondial) dont plus de 200 000 ont développé le sida (3% du total mondial). Dans notre région, l'épidémie se caractérise par une très grande hétérogénéité, avec trois types de manifestation: les épidémies de basse transmission, celles dites "concentrées" et les "généralisées".

Dans la majorité des pays, l'épidémie est concentrée c'est-à-dire qu'elle touche des personnes ayant un comportement à haut risque comme les hommes ayant des relations avec d'autres hommes, les toxicomanes, les travailleurs du sexe et leurs partenaires. Certaines catégories de la population sont quotidiennement confrontées à des conditions qui augmentent leur degré de vulnérabilité, compte tenu de la réalité économique, culturelle et politique qui prédomine dans nos pays.

Certaines régions présentent, quant à elles, des épidémies à faible taux de transmission qui ne dépassent pas les 1 000 cas déclarés.

A l'inverse, dans la sphère caraïbo-latine, par exemple en Haïti et à Porto Rico, l'épidémie s'est généralisée à l'ensemble de la population, avec un grand nombre de cas hétérosexuels.

Pour mieux comprendre la diversité de l'épidémie dans la région, il faut distinguer 4 régions: les Andes, le Sud, le Brésil et les Caraïbes.

- En ce qui concerne le nombre de cas cumulés, la région andine (Bolivie, Équateur, Colombie, Pérou, Venezuela) totalisait, en septembre 1998, 23 846 cas, avec de très fortes différences entre les pays qui ne déclarent pas plus de 1 000 cas comme la Bolivie et l'Équateur, et d'autres qui dépassent les 7000 (Colombie, Pérou et Venezuela).

- Le Cône Sud totalise, pour sa part, plus de 17 887 cas cumulés dont la majorité en Argentine (13 113), les autres pays ne dépassant pas les 500 cas.

- Dans les Caraïbes latines, 9 940 cas cumulés ont été enregistrés, la majorité étant concentrée en Haïti et en République dominicaine (les 21 266 cas de Porto Rico sont comptabilisés dans l'ère du Nord).

- Quant au Brésil, il présente une situation exceptionnelle avec un total cumulé de 128 821 cas, soit environ le double des cas enregistrés dans les trois régions précédentes.

La région compte trois catégories principales d'exposition: la transmission sexuelle, la transmission sanguine -essentiellement chez les usagers de drogue- et une catégorie importante, les contaminations d'origine inconnue.

- Dans la région andine, la transmission sexuelle atteint 65,5% des cas dont 40,8% d'hommes ayant des relations avec d'autres hommes et 24,7% d'hétérosexuels;

- Dans le Cône Sud, ce mode de transmission atteint 53% dont 33% d'hommes ayant des relations avec d'autres hommes et 20% d'hétérosexuels;

- Dans les Caraïbes, 43,5% dont 14% d'hommes ayant des relations avec d'autres hommes et 29% d'hétérosexuels;

- Enfin au Brésil, 53,3% des cas sont liés à une transmission sexuelle (32% chez les hommes ayant des relations avec d'autres hommes et 21,3% chez les hétérosexuels).

La voie sexuelle reste ainsi responsable du plus grand nombre de cas de transmission mais avec des différences de répartition homo/hétérosexuels en fonction des régions. La transmission par voie sanguine, principalement chez les usagers de drogue par voie intraveineuse, représente, quant à elle, 4% des cas dans la région andine, contre 34,6% dans le Cône Sud, 37,4% dans les Caraïbes et 21% au Brésil. Enfin, le mode de transmission "inconnu" diffère clairement en fonction des zones puisqu'il atteint 31,9% dans la région andine, 19,3% des cas au Brésil, 15,3% dans les Caraïbes, et seulement 3,9% dans le Cône Sud.

Selon les dernières projections, quelque 400 000 cas de sida devraient être enregistrés dans la région en l'an 2 000, mais ces estimations ne reflètent pas les différences en fonction des populations. La diversité actuelle de l'épidémie dépend de différents facteurs: en quelle année a-t-elle démarré dans les différents pays? quel est son taux de transmission? les tendances en fonction des populations...

Même si le modèle de transmission est assez similaire à celui des pays développés, une différence claire apparaît en matière de moyens, tant en ce qui concerne les traitements que dans la mise en place de stratégies préventives.

L'augmentation très forte de la morbidité et de la mortalité entraîne un accroissement des besoins de services complexes. Le coût élevé des traitements a obligé les gouvernements à redistribuer les faibles moyens attribués à la santé, au détriment d'autres services prioritaires. La situation est critique, surtout dans les pays où les moyens sont limités.

Au Chili, 70% du budget du ministère de la Santé sont destinés à couvrir le coût des traitements, mais cela ne correspond qu'aux besoins de seulement 40% des personnes touchées. A l'intérieur même du pays, la population souffre, par ailleurs, d'une distribution très inégale des moyens. Il n'y a pas de participation du secteur privé dans la prévention de l'épidémie, à l'exception de quelques initiatives ponctuelles et isolées. Le sida n'est pas une priorité pour l'État, comme dans la plupart des pays de la région.

En ce qui concerne la prévention de la transmission sexuelle, il est fondamental d'intensifier les campagnes spécifiques à l'égard des hommes ayant des relations avec d'autres hommes, des travailleurs sexuels et de leurs clients, des usagers de drogue et de leurs partenaires. C'est une tâche difficile dans une région culturellement machiste et majoritairement discriminatoire. Plus encore dans les pays où persistent des préjugés sociaux à l'égard des comportements "inadéquats et immoraux" des personnes infectées.

Si la Communauté internationale et les agences de coopération appuyaient nos gouvernements et le travail des ONG de base, nous pourrions sauver beaucoup de vies. Tous les moyens développés aujourd'hui pour prévenir la propagation du virus permettront de réduire le coût des traitements et de la prise en charge dans le futur.

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