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février 2000

trente-septième rencontre du CRIPS
A l'aube du 3ème Millénaire, la situation du sida dans le monde

Daouda Diouf, chargé du programme de prévention des MST/sida, ENDA Santé au Sénégal

Le sida en Afrique touche 23,4 millions de personnes (sur 33,6 millions de personnes touchées dans le monde). La population africaine représente 10% de la population mondiale et 70% des cas d'infection à VIH.

On compte environ 12 000 nouvelles infections par jour. Le nombre de décès serait de 16,3 millions depuis le début de l'épidémie dont 13,8 millions pour le continent africain, soit la population de 4 pays (Sénégal, Guinée-Conakry, Guinée-Bissau et Zambie). Le nombre total (adultes et enfants) de décès enregistrés en 1999 s'élève à 2,6 millions dans le monde, dont 2,2 en Afrique.

90%des personnes touchées en Afrique se retrouvent essentiellement dans trois zones géographiques: 37% en Afrique centrale et orientale, une proportion similaire en Afrique australe et 15% en Afrique de l'Ouest. Depuis 1996, un nombre grandissant de pays ont des taux de prévalence supérieurs à 7%.

Tendances et caractéristiques

La transmission hétérosexuelle constitue le principal mode de transmission, avec une augmentation de la transmission mère-enfant. Certains pays ont une forte prévalence, d'autres une basse prévalence mais cela constitue pour eux une fausse sécurité. On assiste à un rajeunissement de l'épidémie et sa féminisation: 55% des cas enregistrés en Afrique concernent des Africaines, et de plus en plus de jeunes filles âgées de 15 à 19 ans sont infectées. On assiste également à une extension inquiétante de l'épidémie dans les zones rurales.

De multiples facteurs de propagation

Les systèmes de santé sont en difficulté, une surveillance déficiente de l'épidémie, le problème de la sexualité précoce des jeunes, la prévalence élevée des maladies sexuellement transmissibles, les difficultés d'accès aux soins et aux traitements, l'inexistence des centres de dépistage anonyme et gratuit, la cohabitation avec d'autres maladies endémiques (paludisme, bilharziose, maladies diarrhéiques...), l'insuffisance des moyens de prévention (le prix du préservatif au Sénégal est de 50 centimes quand le revenu moyen est de 80 centimes par jour...), la vulnérabilité des femmes, le poids de certaines coutumes comme l'excision, la stigmatisation des personnes atteintes ou encore l'accroissement de la prostitution surtout chez les jeunes femmes.

Enfin, dernier facteur et non des moindres, la non prise en compte du développement de l'épidémie dans les décisions politiques, les stratégies gouvernementales.

Impact

80% des personnes touchées sont des jeunes, les plus actifs sexuellement mais aussi les plus productifs, ce qui constitue une menace grave pour l'économie des pays. Les mécanismes traditionnels de prise en charge des malades sont complètement rompus et déstabilisés: dans certains pays, l'espérance de vie chute à 35, 36, 37 ans.

Alors, y-a-t-il un espoir?

Si l'on prend l'exemple du Sénégal qui est officiellement classé parmi les pays à basse prévalence (1,2%, soit 90 000 personnes sur 8 millions d'habitants), nous avons parlé très tôt du sida, et développé une réponse communautaire et gouvernementale appuyée par les autorités religieuses. Nous avons également adapté les programmes scolaires à l'épidémie, nous nous sommes impliqués dans la recherche (avec le laboratoire du Pr Souleymane M'Boup), et développé une initiative gouvernementale pour l'accès aux antirétroviraux: le gouvernement y attribue 250 millions de francs CFA (2,5 millions de francs français), soit les 3/4 du budget de certains ministères sénégalais. Mais ceci ne permet malheureusement de prendre en charge que 33 personnes.

Mais la persistance de certains foyers infectieux, le risque de relâchement, et l'absence de centres de dépistage anonyme et gratuit dans toutes les régions du pays sont autant de nuances à ces propos et il ne faut pas oublier le caractère réversible de tout acquis en matière de changement de comportement.

Que pouvons nous faire?

Il faut renforcer ce qui a déjà été fait notamment par le secteur communautaire, les ONG, les associations de personnes vivant avec le VIH... Il faut déclarer le sida catastrophe naturelle, amorcer une réelle prise de conscience et un réel engagement de la communauté internationale et des laboratoires pour favoriser un meilleur accès aux traitements.

Face au sida, il n'y a pas d'associations africaines ou européennes, mais des associations de lutte contre le sida. Il n'y a pas d'élus français, européen... mais des élus contre le sida. Nous devons tous nous mobiliser. En Afrique, on dit souvent "si la case de ton voisin brûle, fais comme si c'était la tienne". Avec le sida, c'est notre case à tous qui brûle.