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juillet 2000

trente-huitième rencontre du CRIPS
Prévention de la toxicomanie en milieu scolaire

Liliane Chalon, pôle prévention, éducation et formation à la Mildt

La Mission a préparé le plan triennal de lutte contre la drogue et de prévention des dépendances adopté par le Parlement en juin 1999.

Ce plan triennal comprend 8 axes principaux:

- la recherche, parce qu’une politique publique doit s’appuyer sur une information fiable;

- la communication, afin de mettre à disposition de l’ensemble de la population des informations validées sur la toxicomanie;

- la prévention, sur laquelle je reviendrai ultérieurement;

- la formation, afin d’harmoniser les connaissances des principaux acteurs et notamment des personnels des différents ministères concernés qui bénéficieront dès septembre d’un module de formation de formateurs expérimental de 8 jours;

- l’accueil, l’orientation, les soins et l’insertion à l’attention des usagers de produits psychoactifs;

- la loi et ses applications;

- la coordination nationale et locale avec notamment la désignation d’un chef de projet toxicomanie dans chaque département ayant pour mission d’élaborer un plan départemental de prévention avec l’ensemble des partenaires. Les établissements scolaires souhaitant monter un projet disposent ainsi de deux sources de financement possibles: celle du rectorat et celle du chef de projet départemental toxicomanie;

- et enfin les actions internationales.

La philosophie sous-jacente de la politique de prévention s’appuie sur le rapport Parquet c’est-à-dire prendre en compte l’ensemble des substances psychoactives dont l’alcool, le tabac et les produits dopants.

Nous avons réalisé, élaboré et diffusé -800 000 exemplaires- un Bulletin Officiel spécial sur les "repères pour la prévention des conduites à risques".

La politique de prévention est fondée sur la responsabilisation des acteurs et le développement de facteurs de protection. C’est aussi un moyen de lutter contre la violence et l’échec scolaire.
En ce qui concerne les comportements, il est important de noter les différences entre l’usage, l’abus ou usage nocif, la dépendance et bien sûr l’abstinence.

En ce qui concerne les consommations des jeunes aujourd’hui, je vais vous présenter les principaux résultats de deux enquêtes publiées par l’OFDT: Espad (European school survey on alcohol and others drugs) et Trend (Tendances récentes et nouvelles drogues).

Quelques constats

. l’augmentation nette de l’usage de cannabis qu’un jeune sur deux a expérimenté à 18 ans,
. le développement considérable de l’usage du tabac -beaucoup plus net pour les filles que pour les garçons- et celui de l’alcool,
. aujourd’hui, seuls 5% des jeunes de 18 ans n’ont expérimenté aucun produit,
. la polyconsommation,
. le développement des drogues de synthèse, ecstasy mais aussi autres produits.

Espad est une enquête européenne réalisée auprès de plus de 11000 élèves en France. Elle reprend une enquête similaire conduite en 1993, ce qui permet de faire des comparaisons et de noter le développement de certaines tendances. Il faut tout d’abord préciser qu’on parle d’usage répété pour les cigarettes quand on en fume au moins 1 par jour; pour l’alcool quand on boit au moins dix fois par mois ; et pour le cannabis quand on consomme au moins dix fois par an.

La distinction est relativement nette entre les filles et les garçons. Mais jusqu’à présent, aucune distinction n’a été faite dans les politiques de prévention dans l’approche entre filles et garçons.

Les expérimentations à 18 ans sont désormais considérables: seuls 4% des garçons et 6% des filles n’ont, en effet, rien expérimenté à cet âge. L’expérimentation du cannabis augmente, quant à elle, nettement avec l’âge et s’avère, à tous les âges plus fréquente pour les garçons que pour les filles: de 14 à 18 ans sa prévalence passe de 14% à 59% pour les premiers et de 8% à 43% pour les secondes.
La comparaison 1993-1999 montre des courbes stables pour l'alcool mais une progression importante pour le cannabis.

En ce qui concerne les usages répétés: pour les garçons, on constate une augmentation régulière entre 14 et 18 ans, très importante surtout pour le cannabis qui dépasse l’alcool, mais la consommation la plus importante reste le tabac.

Pour les filles, il s’agit essentiellement d'une consommation tabagique, plus importante que celle des garçons. Les ivresses répétées sont plus rares.
On note une augmentation considérable pour le tabac qui passe de 27% à 41% à 18 ans entre 1993 et 1999. Une politique de prévention particulière à l’égard des filles semble donc tout à fait nécessaire.

En ce qui concerne les polyconsommations par âge et par sexe, on constate qu’à 18 ans, 5% des garçons associent tabac, alcool et cannabis contre 2,5% des filles. L’association la plus importante est celle du tabac et du cannabis qui concerne 15% des garçons -contre 5%pour l’association tabac et alcool- et 10% des filles à 18 ans.

Les deux dispositifs Trend et Sintes doivent, quant à eux, permettre d’obtenir des informations sur les consommations de drogues de synthèse et sur le type de produits consommés.

Le premier, Trend, est un réseau sentinelle mis en place dans 10 villes de France pour savoir quels produits sont consommés (essentiellement dans les villes et dans les milieux festifs) et faire remonter l’information à l’OFDT.

Le second, Sintes (Système d’identification nationale des toxiques et des substances), est un système qui permet à chaque fois qu’un produit est saisi de le faire analyser. Un dispositif qu’il ne faut pas confondre avec le testing. Sintes c’est l’analyse en laboratoire de substances saisies par les douanes et la police.

Antonio Ugidos:

En quoi peut consister le développement de ce que vous appelez des "facteurs de protection"?

Liliane Chalon:

Etre bien dans sa peau, avoir l’estime de soi, être responsable, acteur d’un certain nombre d’actions... autant de facteurs qui constituent une prévention globale pour l’ensemble des élèves.
Il faut des interventions cohérentes, préparées collectivement avec les personnels de santé, les CPE mais aussi les enseignants. Je n’en ai vu que très peu sur les listes d’inscription...
Si on n’arrive pas à les mobiliser, on a peu de chances d’être efficace.

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