juillet 2000
Mon intervention sera basée sur ma pratique de prévention dans l'enseignement secondaire en Flandre et sur une expérience d'une douzaine d'années dans la ville de Malines.
En ce qui concerne la structure de la prévention, il est important de noter qu'elle relève d'abord du pouvoir de la communauté flamande. Au niveau national, la VAD* couvre la plupart des institutions et des associations qui s'occupent de la prévention de l'alcool et d'autres drogues; au niveau provincial, je travaille à temps partiel pour la SWPA, la fondation pour le bien-être de la province d'Anvers qui s'occupe également du développement de modèles de prévention et de secours; et enfin au niveau régional, en l'occurrence la ville de Malines et sa région soit environ 400 000 habitants, je travaille pour le centre de santé mentale.
*VAD: Vereniging voor Alcohol- en andere Drugproblemen (Association pour problèmes d'alcool et autres drogues)
Notre action concerne tous les secteurs sociaux: jeunesse, enseignement, police, médecin de famille...
Nous travaillons exclusivement avec les différents intermédiaires qui sont en contact étroit avec les groupes cibles, comme les professeurs, les éducateurs, les agents de quartier... En mettant l'accent sur le développement d'une approche globale à long terme, et certainement pas sur des actions uniques.Nous intervenons dans le secondaire, pour des élèves âgés de 12 à 18 ans, dans l'enseignement technique, professionnel, général... Le groupe cible final sont les élèves mais nous ne travaillons pas directement avec eux.
La philosophie de notre intervention c'est de partir d'une situation réelle, à savoir qu'il existe des drogues légales ou illégales; qu'il y en a toujours eu et que ça demeurera ainsi; que chacun consomme parfois certaines drogues, qu'aucune drogue n'est tout à fait sans danger; et que l'intoxication n'est qu'un aspect des dégâts possibles, comme l'aspect sanitaire, juridique ou financier. Enfin ne pas consommer est aussi une manière de se comporter.
Le but de la prévention c'est d'"apprendre à savoir manier la donnée des drogues" et il faut, pour cela, un message positif, c'est-à-dire pas contre les drogues mais défendant un comportement responsable.
Il faut également trois principes importants
- être large, autrement dit considérer toutes les drogues légales ou illégales;
- long car il n'y a pas de solutions prêtes à l'emploi. La prévention est un processus de recherche à long terme;
- profond, pour une approche globale et un apprentissage des habilités sociales.L'acteur de prévention assiste et appuie les personnes, c'est une sorte de coach à distance. Les méthodes de travail sont les mêmes dans chaque école mais, dans la pratique, chaque école choisit ce dont elle a le plus besoin. Ce travail "sur mesure" dure de 2 à 4 ans.
Application concrète
Premièrement, la prévention se fait toujours à la demande de l'école. Si on ne peut s'entendre sur les principes et l'optique du travail de prévention, la collaboration n'aura pas lieu. Ensuite, on planifie les premières actions et on établit un groupe de travail afin que l'école évalue en permanence si le but posé peut être atteint, si on est en bonne voie.
On peut distinguer deux tendances
Les actions qui portent sur la structure, c'est-à-dire que l'école doit faire un schéma de qui fait quoi si elle se retrouve confrontée à la drogue, quel intermédiaire (directeur, professeur, secrétaire...) entreprend quelle action (assistance, secours, punition...); et les actions portées vers la personne, des séances d'information et de formation sur des thèmes précis pour les parents, les professeurs...
Conclusion
Le but de la prévention à l'école n'est pas de résoudre les problèmes de drogue à l'école mais d'apprendre à vivre avec.
C'est un processus de recherche permanent. Le travailleur de prévention fonctionne comme un coach, pas comme un exécuteur. Une fois la collaboration intensive terminée, l'école peut encore faire appel aux acteurs de prévention.
Questions de la salle
André Kempf, proviseur du lycée Maurice Eliot, Epinay-sous-Sénart:
Je suis tout à fait d'accord avec ce qui a été dit mais on se heurte en permanence au problème de "qui fait quoi". La question c'est comment faire autrement pour mettre en oeuvre le personnel enseignant?
Didier Jayle, directeur du CRIPS:
Quand j'ai commencé la prévention du sida il y a 15 ans, j'étais un hospitalier isolé. J'ai commencé à former les professeurs de toutes disciplines dans 11 lycées d'Ile-de-France. A l'époque, c'était 3 demi-journées. Ca a marché, l'action s'est étendue. Mais c'était le sida. Il y avait une vraie mobilisation sur le sujet qui fascinait. Il fallait agir vite et fort. Mais les années passant, les adultes -tous bénévoles- se sont lassés. Et aujourd'hui, la difficulté est immense. Il faut des conditions draconiennes pour que les établissements participent et il est extrêmement difficile de mobiliser les professeurs. Alors pourquoi cela fonctionne-t-il chez vous et pas ici? Est-ce une question d'argent, est-ce obligatoire?
Peter Aersten:
Non, ce n'est pas obligatoire et ça ne marche pas toujours dans toutes les écoles. Par exemple, quand on nous demande une intervention parce qu'il y a un problème de drogue, je réponds que c'est trop tard, que ce n'est plus de la prévention. Mais la plupart de nos interventions réussissent. La philosophie globale est la même pour chaque travail de prévention. Les intervenants vont dans toutes les écoles avec le même message. Mais il faut savoir que c'est difficile, que cela coûte du temps et de l'argent.
Marianne Vallée, responsable pédagogique, CFA de la Chambre des métiers de Seine-Saint-Denis:
On touche aux problèmes et aux questions de fond. La France raisonne de manière cloisonnée, avec des structures de prévention, d'autres de santé... Ici c'est "il y a un problème, il faut le résoudre" et évidemment ça ne marche pas. Il faut apprendre à construire un projet et, pour les enseignants à réfléchir à ce qu'est un projet pédagogique et à ce qu'il faut mettre dedans.
Olivier Rober, directeur, CFA Chambre de commerce de Versailles:
Nos apprentis changent tous les deux ans. Ils sont âgés de 16 à 25 ans avec une médiane de 18 ans. J'ai l'impression que vous faites l'amalgame entre la prévention et l'information qu'il faut distribuer. La prévention ne doit-elle pas être introduite beaucoup plus tôt? L'information ne légitime-t-elle pas l'usage en en parlant ouvertement? Elle minimise le côté interdit.
Peter Aersten:
Oui c'est peut-être le cas. L'information est nécessaire mais pas suffisante. Si on ne donne pas d'informations, les choses restent taboues. Il faut donner de l'information mais la manière de la donner est importante et surtout, il faut l'accompagner d'autre chose. Une information nuancée, pas seulement les aspects négatifs, les autres aussi...
Antonio Ugidos:
Cela rappelle un peu quand nous avons commencé la prévention du sida, quand les gens disaient que parler des pratiques allait les inciter à passer à l'acte. En fait, on s'aperçoit que ça les retarde. L'important c'est d'habiliter les jeunes à en parler et peut-être aussi de les habiliter à pouvoir dire non.
Marie-Christine Tremblay, lycée professionnel Paul Langevin, Nanterre:
A propos du cannabis, on a eu un problème d'élèves que ça rendait malades alors que le discours était plutôt "c'est bon pour la santé puisque tout le monde le dit". On a appelé la brigade des stups. C'était pendant la période des grèves alors on a eu le temps d'organiser une réunion avec les délégués pour leur dire "faites attention à ce que vous achetez", sans discours moraliste. Mais il faut de la disponibilité, le temps de le faire, de réunir tout le monde. Il faut faire un effort sur le temps qu'on nous accorde, sinon on ne pourra rien faire.
Liliane Chalon:
Il existe des créneaux horaires dans le cadre des rencontres éducatives pour la santé, environ 40 heures de la 6ème à la 3ème prises sur les horaires des élèves et des enseignants. Mais c'est vrai que cela nécessite un travail complémentaire. La MILDT vient, par ailleurs, de commanditer une enquête sur les composants du cannabis.