juillet 2000
J’hésite à vous parler de la politique de prévention en Grande-Bretagne car nous avons quand même les plus forts pourcentages de consommation de drogues en Europe. A 16 ans, la majorité des Britanniques s’en sont déjà vu proposer et 40% l’ont accepté. Je tiens à souligner que je vais vous parler de l’expérience anglaise et non pas britannique qui en fait n’existe pas car il y a le système d’enseignement anglais, gallois, écossais...
Historique
L’histoire de la prévention en Angleterre remonte à une quinzaine d’années avec le lancement d’une grande initiative dans ce domaine, pour la formation des enseignants et la création de postes spécifiques d’éducateurs spécialisés en toxicomanie dans toute l’Angleterre. Quatre à cinq ans plus tard, ces postes ont été étendus à la santé en général.
En 1995, une stratégie nationale de prévention de la toxicomanie a été lancée en direction des 5-19 ans, avec notamment la publication de guides destinés aux établissements. Une approche globale qui supposait la participation d’acteurs en dehors de l’école. Une démarche intéressante, dans la mesure où elle tente de définir la responsabilité de chacun dans la prévention qui est en fait de la responsabilité de tous.
La consommation de substances devenait ainsi un des sujets qui devaient être abordés par l’Education, bien que la prévention ne fasse toujours pas partie des programmes obligatoires à la différence de l’éducation sexuelle. Les Anglais ont sans doute plus de problèmes avec le sexe qu’avec la drogue ! Depuis le lancement de cette initiative, toute une série de documents ont été publiés dans le domaine de la drogue et de la toxicomanie.
Les approches
La prévention fait partie d’un programme plus large d’éducation à la santé, la prévention de la toxicomanie ou l’éducation sexuelle ne devant pas être traitées séparément d’autres aspects relatifs à la santé. Une démarche centrée sur un aspect cloisonné ne fonctionne pas.
La consommation dépend également des connaissances qu’on peut en avoir et il faut pour cela un équilibre entre les valeurs, les connaissances et les capacités. La connaissance seule va accroître la consommation, à moins qu’elle ne soit mise en relation avec leurs capacités et leurs compétences.
L’objectif des actions de prévention c’est de donner aux jeunes la capacité de faire des choix éclairés sur leurs consommations. Nous devons accepter le fait que les jeunes veulent leur indépendance et faire eux-mêmes leurs choix. Tous les aspects moralistes, légaux, juridiques, trop médicaux ou naïfs sont donc mis de côté. La prévention doit faire partie de l’apprentissage.
Stratégies mises en oeuvre: trois approches différentes
- susciter la peur et l’horreur en montrant, par exemple, une radio de poumons noirs ;
- se baser sur l’information, ce qui peut induire une augmentation de la consommation si elle est isolée;
- et l’approche basée sur les capacités et les compétences de la vie, dont le point de départ sont les besoins des jeunes, afin de développer les capacités de communication, de réflexion, de discernement, de résolution des problèmes, ce qui constitue en général des armes pour la vie.
Les informations doivent être diffusées dans un contexte approprié, être réalistes. Mais, pour être réaliste, aucune de ces trois approches ne permettra d’empêcher la consommation.
D’ici à septembre 2000, l’ensemble des établissements devrait ainsi mettre sur pied un programme de citoyenneté et d’éducation à la santé. Pour conclure, je voudrais évoquer un aspect de la prévention qui m’intéresse particulièrement. En 1995, j’ai participé à une enquête menée auprès des enseignants d’Allemagne, Italie, Pays-Bas, Suède et Grande-Bretagne, sur les politiques de prévention qui a permis d’identifier 45 facteurs pouvant jouer un rôle important dans la mise en oeuvre des programmes dont la participation et l’implication gouvernementale, ainsi que la volonté des enseignants d’introduire des changements.
Les programmes les plus simples sont les plus faciles à mettre en oeuvre.
Si l’approche consiste à faire peur aux jeunes pour empêcher la consommation, c’est très facile: il suffit de les réunir dans une salle, de leur montrer une vidéo épouvantable, d’inviter le toxicomane du coin et de leur dire que consommer n’est vraiment pas une bonne idée, ou de convier un policier agitant ses menottes pour rappeler que l’usage conduit en prison. C’est vraiment extrêmement simple à mettre en oeuvre.
Pour un programme large, long et profond-pour reprendre l’expression de Peter Aersten- c’est beaucoup plus difficile, mais ça en vaut la peine. C’est ainsi qu’on permettra de donner aux jeunes ce à quoi ils ont droit: leur permettre de comprendre et leur donner des armes dans un monde où les drogues existent de toute façon.
Antonio Ugidos:
Cela me rappelle la formule de Claude Olievenstein: "la prévention est une pédagogie du choix".