novembre 2000
Je vais vous parler des nouveaux diagnostics d'infection VIH en Europe. Aujourd'hui, le nombre total de personnes séropositives vivant avec le VIH est estimé à 36 millions, dont la plupart vivent en Afrique Subsaharienne (23 millions), 520 000 en Europe de l'Ouest et 360 000 en Europe de l'Est et en Asie centrale. Le nombre estimé de personnes nouvellement infectées en 1999 serait de 5,6 millions pour l'ensemble du monde, dont 30 000 pour l'Europe de l'Ouest et 95 000 pour l'Europe de l'Est et l'Asie centrale.
Les données de déclaration de séropositivité dans les 51 pays de la région Europe de l'OMS ont été divisées en 3 zones:
- l'Europe de l'Ouest avec l'Union européenne, la Suisse, la Norvège et l'Islande. Pour certains pays, notamment les pays les plus touchés d'Europe du Sud, nous n'avons pas de données*** (France, Portugal) ou des données partielles (Espagne, Italie);
- l'Europe de l'Est, avec les pays de l'ex-Union Soviétique;
- et l'Europe centrale.
Les taux les plus élevés sont retrouvés en Russie qui a déclaré 18 000 cas en 1999, en Ukraine et en Lettonie. En Europe centrale, les taux sont très très bas.
Chez les homo-bisexuels masculins, la situation est très hétérogène: les taux les plus élevés sont retrouvés au Royaume Uni, alors qu'en Europe de l'Est, les taux sont extrêmement bas.
Pour les infections liées à l'usage de drogues, l'Ukraine est le pays le plus touché, suivi par l'Espagne et la Lettonie.
Pour les personnes contaminées par rapport hétérosexuel, la situation est un peu plus homogène avec des taux relativement élevés en Ukraine, au Royaume Uni, en Belgique, en Suisse et en Italie.Pour résumer, le nombre de nouvelles infections diagnostiquées en 1999 a été de 7000 cas à l'Ouest contre 1000 au centre et 25 000 à l'Est. La prévalence par million d'habitants est de 37 à l'Ouest, 7 au Centre, et 108 à l'Est. La transmission est essentiellement sexuelle -homo et hétérosexuelle- à l'Ouest et principalement liée à l'usage de drogues à l'Est. Au Centre, on ne peut pas proprement parler d'épidémie.
La proportion de femmes est semblable dans les 3 régions (environ 28%). Par contre, la population est nettement plus jeune à l'Est où le pourcentage de moins de 30 ans atteint 65% contre 50% au centre et 30% à l'Ouest.
L'analyse de l'évolution entre 1993 et 1998 montre qu'à l'Ouest, les taux ont diminué très légèrement et qu'au centre, où ils sont nettement plus faibles, ils sont restés stables. Par contre à l'Est, on assiste à une explosion du nombre de cas depuis 1995.
A l'Ouest, la situation est relativement stable par pays, avec des taux de prévalence moyens de 40 par million d'habitants. Par contre, dans les pays les plus touchés -l'Italie et la Suisse-, on assiste à une diminution très nette du nombre de nouveaux diagnostics. On voit également que la proportion de migrants chez les personnes nouvellement infectées a augmenté de manière considérable pour atteindre près de 50% en Belgique et 30% au Danemark. Parmi les contaminations hétérosexuelles, ces pourcentages sont encore plus élevés, par exemple au Royaume Uni où 70% des personnes infectées par rapport hétérosexuel sont des étrangers.
Autre point intéressant: dans la plupart des pays, depuis 1994-95, le nombre de contaminations par voie materno-foetale a diminué considérablement.
La région d'Europe centrale est dominée par 2 pays en ce qui concerne le nombre de cas: la Roumanie qui a enregistré une très grosse épidémie pédiatrique en 1990 et la Pologne qui a été victime, à la fin des années 90, d'une épidémie liée à la toxicomanie.En Europe de l'Est, on assiste à une flambée de l'épidémie depuis 1995, essentiellement liée à l'usage de drogues.
Mais ces données de déclaration de la séropositivité dépendent fortement de l'activité de dépistage et des systèmes de déclaration.En Europe de l'Est, l'ex-Union Soviétique a arrêté le dépistage systématique de certaines populations qui est donc beaucoup plus ciblé sur les personnes à risque.
Conclusions
L'Ouest dispose de peu de données pour les pays du Sud, mais les systèmes se mettent en place ce qui permettra d'avoir une meilleure vision de ce qui se passe. Dans les autres pays, on constate une baisse du nombre des contaminations chez les usagers de drogues, une prédominance de la transmission hétérosexuelle et homosexuelle qui se maintient à des niveaux relativement stables, et un impact croissant des personnes originaires des pays les plus touchés (comme l'Afrique Subsaharienne).
Au Centre: l'épidémie reste relativement limitée. A l'Est: on a des épidémies récentes, sévères liées à la toxicomanie qui s'étendent de plus en plus à des régions relativement épargnées, avec un risque important d'épidémie sexuelle.
Questions de la salle
Jean Marie Paoletti, EMIPS:
Les taux de contaminations des toxicomanes par le VHC (près de 80%) ne sont-ils pas en contradiction avec la baisse enregistrée pour le VIH?Françoise Hamers:
On observe en effet une baisse de la prévalence du VIH et une augmentation de celle du VHC. On peut l'expliquer par le fait que le VHC est beaucoup plus infectieux et aussi par celui que les mesures de prévention du VIH ne sont pas nécessairement efficaces contre le VHC.Sophie Chamaret, Institut Pasteur:
L'argument est excellent. Le VIH est très sensible à la chaleur qui n'est pas du tout efficace contre le VHC. Je ne connais pas de manière simple de désinfecter du matériel contaminé par le VHC ou le VHB.Jacques Leibowitch, Hôpital Raymond Poincaré:
Comment savez-vous quoi que ce soit sur le nombre de séropositifs?Françoise Hamers:
On ne sait pas pour la France. Ces données proviennent des centres de déclaration des autres pays européens. Un test est en train d'être développé pour savoir si les contaminations sont récentes (moins de 6 mois) ou plus anciennes. Un test biologique de dépistage des anticorps utilisé notamment aux Etats-Unis où il a permis de montrer que le nombre d'infections chez les femmes enceintes était de 2 pour mille par an.Christophe Martet, Têtu:
On a perdu deux ans de déclaration. On va peut être gagner en quantité mais perdre énormément en qualité: quel a été le traitement des patients, quelles ont été leurs infections opportunistes, quel a été le suivi...?Anne Laporte, Invs:
La grève des médecins inspecteurs s'est arrêtée en avril. On commence à recevoir les déclarations qui ont été bloquées dans les DDASS pendant 18 mois. Peut être aurons nous un problème de sous-déclaration.Danielle Messager, France Inter:
Vous avez signalé un impact important des personnes provenant de pays de forte endémie. Que peut-on en conclure pour les messages de prévention?Françoise Hamers:
L'important, c'est de mieux comprendre l'épidémie dans ces populations, mais sans les pénaliser afin de mieux les aider.
* ** NDLR: le BEH n°38 du 19/09/2000 fait le premier point de la situation en France après deux ans d'interruption