novembre 2000
Question de rejet, de discrimination, les problèmes de vie au quotidien, par rapport à l'entourage, à la société mais aussi du travail non seulement pour des raisons économiques mais aussi car c'est une question d'image, de place dans la société. La discrimination est vécue au quotidien comme une violence accompagnée d'un sentiment d'impuissance. Et la banalisation du sida a un impact sur les relations avec la famille: les personnes atteintes ne se sentent plus soutenues, on n'en parle plus.
Marie-Christine Marion:
C'est vrai que certains se ferment. Pour pouvoir dire sa séropositivité au travail, il faut le temps de la digérer.
Marie-Hélène Tokolo:
C'est vrai qu'il est parfois difficile d'imposer un rapport avec préservatif quand on n'a ni toit ni argent (quand c'est la condition pour). Pour dire sa séropositivité, il faut prendre le temps. Il n'y a pas d'urgence. Nous avons le cas d'une femme qui vit avec quelqu'un depuis 6 ans sans lui avoir dit. Elle est sous trithérapie, elle va accoucher bientôt. On essaye de l'accompagner, de l'aider à le dire au père de l'enfant.
César Buedo:
Sur le rejet et la précarité. Bien sûr qu'ils existent mais c'est là que l'activité associative prend tout son sens. Il y a certainement beaucoup à faire. C'est plutôt le chemin de la communication, que la cible soit touchée.
Nicolas Jalageas, Act Up:
Sur les représentations et l'impact des campagnes de prévention: il n'y a toujours pas de campagnes ciblées sur les séropositifs.
Sur la discrimination au travail: nous avons recensé 54 personnes qui n'ont pas de logement pour cause de dysfonctionnement Cotorep... je pense qu'on manque de volonté politique sur la prise de conscience de la réalité.Paul Benkimoun:
Dans ces groupes de parole, comment ces personnnes ressentent-elles les problèmes de prévention et de précarité sociale?
Richard Boitel-Stein:
Je serais incapable de faire une corrélation entre précarité et prévention.
Christine Etcheparre, Point S, Arcat sida:
Un certain nombre de personnes préfèrent la prévention individualisée. Les femmes d'Afrique subsaharienne semblent avoir peur d'être reconnues. On ne sait pas si les gens en situation de précarité ont plus de difficultés que les autres à parler prévention.
Marie-Hélène Tokolo:
Nous suivons aussi des femmes par téléphone pendant longtemps, tant qu'elles ne se sentent pas prêtes à affronter les autres.
Liliane Rousseau, volontaire, permance hospitalière AIDES Ile-de-France:
Sur le "dire" au travail, je crois que si on mobilisait les partenaires sociaux, on pourrait faire avancer les choses.
Nathalie Crémieux, Port Royal:
Nous avons mis en place depuis plusieurs années un groupe de travail pour briser l'isolement des femmes atteintes. Certaines d'entre elles nous ont donné l'autorisation de donner leur numéro de téléphone pour qu'une nouvelle puisse les appeler. Elles s'appellent et ça marche très bien.