décembre 2000
QUARANTIEME RENCONTRE DU CRIPS
Notre programme est destiné aux personnes qui présentent une "résistance chronique” aux traitements. Les Pays-Bas comptent environ 24 000 héroïnomanes dont 17 000 (71%) sont en traitement, méthadone (74%) ou programme de sevrage (26%). Chez les patients sous méthadone (12 500 personnes), un tiers sont considérés comme stabilisés, 40% ne sont pas vraiment intégrés (ont des problèmes sociaux et médicaux), et les 3 000 restants présentent de gros problèmes. L’essai clinique de prescription d’héroïne concerne ces deux dernières populations, soit environ 8 000 personnes.
En 1995, le Conseil sanitaire, qui a un rôle consultatif auprès du gouvernement, a préconisé le maintien des programmes existants (maintenance à la méthadone, abstinence) et la mise en place d’essais de prescription d’héroïne sous surveillance médicale.
Entre 1980 et 2000, la méthadone orale (environ 17 000 personnes) a montré son efficacité en termes d’assiduité, de taux de participation, de taux de survie et de réduction des méfaits mais de manière moins claire en ce qui concerne la réduction des comportements addictifs.
En Grande-Bretagne, les taux de participation sont plus faibles pour la méthadone mais l’abstinence à la consommation d'autres produits est meilleure qu’avec l’héroïne.
En Suisse, la prescription sous surveillance médicale d’opiacés est opérationnelle. Mais en Suisse -comme aux Pays-Bas- l’héroïne est souvent fumée et la biodisponibilité n’est pas la même. Il faudrait donc améliorer les évaluations en ce qui concerne l’héroïne inhalable.
L’objectif du programme hollandais est d’évaluer de manière comparative l’efficacité des programmes (méthadone orale seule versus méthadone-héroïne en traitement combiné) et leurs effets néfastes.
Un autre objectif est de comparer les effets d’une co-prescription héroïne-méthadone à 6, 12 mois, et à l’arrêt, évaluer les effets des différents traitements en ce qui concerne la satisfaction du patient et les adapter.
Les critères d’inclusion étaient: être consommateur quotidien d’héroïne, âgé d’au moins 25 ans, dépendant depuis au moins 5 ans, avoir effectué 30 à 50 visites dans un centre méthadone et reçu 50-60 mg/jour pendant au moins 4 semaines au cours des 5 dernières années, être en mauvaise condition physique et mentale, être enregistré dans un programme méthadone l’année précédente. Le groupe contrôle recevait 150 mg de méthadone une fois par jour.
Dans le groupe cible, l’héroïne était proposée sous forme injectable ou inhalable 7 jours sur 7, 3 fois par jour, 400 mg maximum par administration et 1000 mg (soit 1 gramme d’héroïne pure) maximum par jour. Les dosages individuels étaient élaborés par le médecin et la consommation d’autres produits illicites était interdite. Il y a eu 2 études, l’une sur l’héroïne injectable, l’autre sur l’héroïne inhalable.
Le groupe initial a été divisé en 3: un groupe méthadone sur 12 mois avant passage à un traitement combiné (groupe A); un sous traitement combiné sur 12 mois puis arrêt (groupe B), et le dernier (groupe C) sous traitement méthadone pendant 6 mois puis combiné pendant 6 mois, et enfin arrêt.
L’évaluation porte à la fois sur la substance, la santé physique et mentale, et l’intégration sociale, l’objectif étant d’améliorer d’au moins 40% la santé physique et mentale et l’intégration sociale, et de réduire à moins de 20% l’usage d’autres substances (cocaïne, amphétamines). L’enquête porte sur 6 villes, mais il est impossible d’en donner les résultats tant qu’elle n’est pas terminée. Seulement quelques impressions: depuis juin 1998, environ 600 personnes (400 fumeurs et 200 injecteurs) ont intégré le programme. Au bout de 12 mois, le taux de suivi était très satisfaisant (de 80 à 95%). Le dernier patient devrait quitter le programme en octobre 2001 et les résultats seront connus en février 2002.