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mars 2001

41ème RENCONTRE DU CRIPS
Le vécu de l'adolescent séropositif

 

Serge Hefez,
psychiatre, ESPAS(Espace social et psychologique: aide aux personnes touchées par le virus du sida)

 

Créé il y a 3 ans, notre groupe de parole a beaucoup évolué dans sa forme. L'idée de sa création est venue à la suite d'une question d'un adolescent qui se demandait s'il était le seul au monde. Il n'avait jamais entendu parler d'autres adolescents comme lui. C'est ainsi que l'équipe de Necker s'est mobilisée pour qu'il puisse rencontrer ses semblables. J'avais déjà eu l'occasion de rencontrer des adolescents et constaté à quel point ce type d'approche - en groupe- est favorable à cette période de la vie. Face à face, ils sont, en effet, réticents à parler de leurs problèmes. Le groupe permet de mettre en commun un certain nombre de ressources, différentes questions liées à leur maladie, et surtout de les faire sortir du caractère d'étrangeté que leur faisait vivre leur séropositivité ou leur maladie.

Nous n'avons pas voulu de règles trop contraignantes, ni fermer le groupe et, en deux ans et demi, nous n'avons jamais eu le même groupe dans sa forme. Les questions sont libres. Chacun peut réagir quand il veut, la règle étant de ne pas s'interrompre, de ne pas juger ce qui a été dit.

Il est important de souligner l'hétérogénéité de leur histoire et de leur structure familiale (certains sont issus de milieux aisés, d'autres ont des histoires calamiteuses, des parcours cahotiques), une hétérogénéité qui explique comment, peu à peu, le groupe s'est structuré: 5-6 adolescents ont développé des liens extrêmement forts et constitué le noyau dur autour duquel les autres se sont greffés. Les membres de ce noyau ont tous été contaminés in utero et ont perdu un parent. C'est donc autour de la reconnaissance qu'ils ont eue entre eux et de la difficulté de leur histoire que les liens se sont créés.

Parmi les thèmes privilégiés apparus dans ce groupe, le premier tourne autour du secret. Tous ont, en effet, vécu très lourdement le secret de leur séropositivité. La plupart l'ont appris très récemment et, pour beaucoup dans des circonstances fortuites. Ils étaient dans une injonction de leur famille (d'accueil ou pas) de ne pas en parler et une cohésion extrêmement forte s'est créée sur le fait que l'interdit pouvait être levé à l'intérieur du groupe. Cette question du secret et de la révélation a occupé nombre de séances.

Autre sujet d'importance: les médicaments. On a vu apparaître très clairement les difficultés quotidiennes (comment les prendre quand on mange à la cantine, quand on part en colo, s'il n'y a pas de verre d'eau...) avec, parfois, des demandes de conseils.

Enfin troisième question: la sexualité ou plutôt ce qui empêche de créer des liens et des relations durables.

Isabelle Funck-Brentano :
Et tous ont le même mode d'emploi: pour éviter d'avoir à révéler sa séropositivité à son petit ami, au bout de quelques semaines, on rompt.

Serge Hefez :
J'étais habitué aux groupes de parole adultes et j'ai été frappé de voir à quel point chez ces adolescents (à la différence des adultes) le problème n'est pas tant le VIH mais plutôt la question du secret, du non-dit, des médicaments... Les manifestations du 1er décembre, le Sidaction, tout ce qui est revendication les gêne, ils ne veulent pas en entendre parler. Cela me paraît très caractéristique: les liens se forment sur le négatif plus que sur l'identitaire.

 

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