mars 2001
41ème RENCONTRE DU CRIPS
Le vécu de l'adolescent séropositif
Je vois quelques adolescentes séropositives dans ma consultation de gynécologie de Necker. Comme pour les adolescents porteurs de maladie chronique, la surprotection familiale et le statut d'infantilisation dans lequel ils se trouvent fait que leur engagement dans la sexualité est, en général, plus tardif. Les filles entrent souvent dans la sexualité sans aucun accompagnement maternel -leur mère est souvent décédée- et disent que leur maman leur manque beaucoup. Quand elles sont élevées par leurs grands-parents, c'est extrêmement compliqué à l'adolescence car ils se reprojettent dans l'adolescence vécue avec leur enfant et les surprotègent.
Pour ces adolescentes, la problématique du secret est
extrêmement importante et pose problème lors de
l'entrée dans la sexualité, notamment lorsque leur
mère ou leur tante leur disent qu'il ne faut le dire à
personne. Des injonctions qui pèsent très lourd, qui
rendent la vie très difficile, à nous aussi les
médecins.
Par exemple quand une adolescente, avec une charge virale
extrêmement élevée, qui poursuivait une relation
sexuelle durable a connu une rupture de préservatif: cela nous
a posé d'énormes problèmes. Nous avons beaucoup
discuté et elle a fini par le dire à son partenaire
mais qui, du coup, n'a pas pu bénéficier de la
trithérapie du lendemain.
Dernière chose: ces adolescentes veulent absolument être comme tout le monde, avoir des enfants et bien qu'elles utilisent les préservatifs, elles me demandent la pilule pour faire comme tout le monde. Elles semblent vivre avec beaucoup d'insouciance, du moins en apparence, et on se dit que cela vaut mieux.
Sophie Aurenche :
les garçons ont-ils des questions spécifiques?
Isabelle Funck-Brentano :
Ils en ont beaucoup moins.
Serge Hefez :
Ils sont d'évidence beaucoup plus en difficulté que
les filles et traversent des difficultés psychologiques
très lourdes.