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mars 2001

41ème RENCONTRE DU CRIPS
Le vécu de l'adolescent séropositif

 

Partie 1 : Questions de la salle

 

Sophie Aurenche :
Les adolescents souffrent-ils d'effets secondaires?

 Florence Veber :
Les effets secondaires des médicaments ne sont pas différents pour les enfants et pour les adultes. On les sent peut-être moins à l'adolescence mais la qualité de vie doit être prise en compte. On a quand même une certaine réticence, chez l'enfant et chez l'adolescent, à prescrire des thérapies qui imposent un nombre important de prises médicamenteuses . Parfois, on ne peut imposer plus à un enfant et sa famille. On essaye de trouver un compromis.

Isabelle Funck-Brentano :
On en parlait énormément il y a 3 ans mais maintenant ce n'est plus tellement un problème. Peut-être parce qu'il y a plus de fenêtres thérapeutiques qui offrent un sursis psychologique et permettent de souffler.

Sophie Aurenche :
Comment cela se passe avec l'école?

Florence Veber :
Il n'y a aucune raison d'informer l'école car il n'y a pas de décision médicale à prendre en urgence. Ce qui est plus compliqué, c'est la prise de médicaments qu'on essaye d'éviter. Mais la vraie difficulté arrive en primaire avec les classes de mer ou de neige. Là, ils peuvent craquer et arrêter le traitement pendant une semaine.

Isabelle Funck-Brentano :
Les choses diffèrent entre la maternelle, le primaire et le secondaire. En maternelle, les parents aimeraient pouvoir se confier. Dans le secondaire, les adolescents s'y opposent totalement. Ils craignent d'être trahis.

Serge Hefez :
Chacun a son histoire, la fois où il l'a raconté à quelqu'un et où cela s'est su. Et ils se sont sentis très marginalisés.

Martine Lévine, pédiatre, Hôpital Robert Debré :
Avez-vous déjà été confrontés à des problèmes de grossesse en cas de rupture de préservatif?

Catherine Dollfus, praticien hospitalier, Hôpital Trousseau :
Nous avons eu 2 cas cet été, racontés comme des ruptures de préservatif mais qui correspondaient à un besoin évident de transgresser, d'être enceinte. Nous leur avons conseillé l'IVG qui n'a pas été admise très facilement. La première est venue tout de suite (le lendemain du rapport), on lui a prescrit 2 Stédiril® 2 fois mais, au retour de vacances elle était enceinte et nous a raconté que la pharmacie avait refusé de lui délivrer car ce n'était pas la pilule du lendemain.

Médecin scolaire :
Nous faisons régulièrement de l'information et de la prévention en grand groupe. Ces adolescents font-ils référence à ces groupes organisés en classe?

Isabelle Funck-Brentano :
Oui, mais toujours avec un décalage entre ce qui est dit et ce qu'eux ressentent.

Médecin scolaire :
Que proposez-vous s'ils sont toujours dans le secret?

Isabelle Funck-Brentano :
Paradoxalement, ils trouvent cela souhaitable.

Serge Hefez :
Ils brûlent d'en parler mais ne le peuvent pas. Finalement, le secret est très structurant à cet âge. Mais là, par rapport au VIH, c'est un traumatisme. C'est une porte qui ouvre sur d'autres portes, en particulier la contamination des parents et c'est ça qui les mine beaucoup plus que leur séropositivité elle-même. Et trahir le secret, c'est trahir les liens.

Nadine Trocmé, psychologue, Hôpital Trousseau :
Effectivement, il y a deux secrets. On a longtemps pensé que le principal était le diagnostic mais en fait le second est beaucoup plus traumatisant: c'est la filiation.
Pour en revenir aux deux grossesses de cet été, les deux jeunes filles se connaissaient extrêmement bien et disaient ne pas utiliser de préservatif -je ne crois pas toujours aux ruptures de préservatif-. Elles ont dit que c'était leur désir de vivre, et après qu'elles voulaient rester grosses avec leur enfant dans leur ventre: "je n'ai pas le temps, je vais peut-être mourir avant".

Nicole Athéa :
J'ai été très frappée par la mère séropositive d'une adolescente de 13 ans qui ne connaissait pas sa séropositivité et qui ne voulait pas lui dire. Il lui était impossible de lui dire car il était impossible pour elle de parler de la toxicomanie de son mari. Les parents sont honteux, et cette honte, ils la transmettent à l'enfant.

Béatrice Martin-Chabot, psychologue, Dessine Moi un Mouton :
Je voudrais vous faire part de notre expérience de travail avec les parents. Nous sommes arrivés à une autre étape dans ce soutien sur "comment dire, quoi dire": c'est qu'il ne s'agit pas de dire quelque chose mais de partager avec son enfant l'histoire de la famille. Cela permet d'avancer plus vite.

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