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mars 2001

41ème RENCONTRE DU CRIPS
Le vécu de l'adolescent séropositif

 

Andréa Linhares-Lacoste,
psychologue, Dessine Moi un Mouton

 

Tague le Mouton a été conçu par Dessine-moi un Mouton après avoir constaté la nécessité d'un accueil spécifique pour les adolescents touchés directement ou indirectement par le VIH. Après 10 années d'activité, il s'est, en effet, avéré que les enfants accueillis avaient grandi, ce qui engendrait un remaniement radical dans leur rapport à la sexualité, au VIH, et aux figures parentales. Avec des difficultés spécifiques chez les adolescents dont les parents étaient touchés par le sida, qu'ils soient eux-mêmes contaminés ou non. Les premiers avaient à gérer cet héritage tandis que les enfants séronégatifs pouvaient se sentir inconsciemment coupables d'avoir échappé au VIH et s'imposer un surcroît de responsabilité vis-à-vis de leur famille.

 Le besoin d'un accueil spécifique pour ces adolescents nous est donc apparu comme une évidence.

Créé en février 2000 et animé par une équipe composée d'une psychologue et de deux éducateurs de prévention et d'orientation, Tague le Mouton a pour vocation d'être un pôle d'échanges.

L'accueil se déroule sur des plages horaires régulières avec des activités ludiques (ateliers de percussion, mixage, danse...), le jeudi soir étant réservé aux jeunes adultes qui se retrouvent autour d'un dîner.

Tague est avant tout un lieu de vie qui offre un espace de réflexion et d'écoute sans toutefois l'imposer et comme dirait une adolescente: "on sait qu'on sait, et c'est déjà ça". En effet, le problème du secret démultiplie le poids de la maladie.

La régularité du cadre et de l'équipe, la confidentialité, ainsi que la neutralité des intervenants qui ne font pas partie de la famille ou de l'hôpital, offre des conditions propices à la formulation de demandes diverses, parmi lesquelles celle d'un entretien individuel avec un psychologue ou un éducateur.

Notre travail fonctionne donc à la fois sur un mode assez classique (information, prévention, orientation, suivi social et/ou psychologique individuel) et sur un mode plus informel (accueil en groupe avec médiation de professionnels). La rencontre en groupe recèle des effets thérapeutiques certains: elle demeure une stratégie spontanée pour intégrer en miroir, entre égaux, ce "corps étranger" que peut représenter le VIH. Et le fait de rencontrer des jeunes récemment contaminés peut faire écho chez ceux qui ont des parents séropositifs, à la contamination de leurs parents, et entraîne un questionnement certain sur la sexualité de ceux-ci. Cette résonnance a parfois l'effet d'"humaniser" la contamination des parents.

En ce qui concerne quelques adolescents séronégatifs, on a, par ailleurs, pu constater que le fait d'avoir des proches atteints par le sida peut générer une culpabilité inconsciente susceptible d'être à l'origine de conduites à risque.

Beaucoup d'adolescents qui fréquentent Tague viennent de familles qui n'ont pas pu transmettre à leurs enfants l'importance de la parole: on leur a "dit" à un moment donné mais on n'en a pas vraiment parlé.

Mais c'est aussi dans ce cadre informel que beaucoup d'entre eux nous parlent de projets d'avenir et la construction de ces projets va dépendre de leur capacité à neutraliser l'idée de la mort, à la dénier en quelque sorte.

L'incertitude qui entoure les effets à long terme des trithérapies compromet d'autant plus la projection dans l'avenir que l'on a été confronté à la mort d'un parent ou d'un frère.

Autre possibilité de travail: le suivi et l'accompagnement individuel qui permet à l'adolescent de mieux délimiter ce qui est de l'ordre du fantasme et ce qui relève du réel de la maladie. Si le choc de l'annonce de la séropositivité est certain au moment du diagnostic, il le sera probablement aussi à d'autres moments. Le contexte de la séropositivité rend la plupart des relations assez courtes comme stratégie pour éviter l'annonce, par crainte d'un effet dévastateur du diagnostic sur les relations amoureuses. Et Tague est aussi perçu par les adolescents comme un espace possible pour réfléchir sur cette difficulté. La crainte du rejet reste, en effet, omniprésente dans le choix des sujets de ne pas parler de leur sérologie.

Notre objectif est d'offrir à ces adolescents des conditions propices pour effectuer le travail propre à l'adolescence, ne pas laisser le virus devenir un symptôme, un bouc émissaire, qui court-circuiterait la possibilité d'aimer, de désirer, tout en se sachant mortel sans le savoir.

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