mars 2001
41ème RENCONTRE DU CRIPS
Le vécu de l'adolescent séropositif
Serge Hefez :
Vous avez parlé d'adolescents nouvellement
contaminés?
Andréa Linhares-Lacoste :
Oui, ce qui est une spécificité de taille, avec
notamment une adolescente de16 ans.
Nicole Athéa :
Dans l'unité d'adolescents à Bicêtre, nous
avons plusieurs cas d'adolescents contaminés récemment
dont une adolescente contaminée après violences
sexuelles.
Antonio Ugidos, CRIPS :
Ces adolescents utilisent-ils les préservatifs? Parce que
ce n'est pas la même chose de le proposer quand on est
séronégatif, ou séropositif. Avez-vous
travaillé sur tout ce qui a trait à cette
négociation, cette acceptation du préservatif?
Andréa Linhares-Lacoste :
Bien sûr. C'est vrai que les jeunes filles disent ne pas en
mettre car sinon leur partenaire va savoir. La question de la
préservation de l'autre est mise au milieu du reste.
Marie-Christine de la Roche, journaliste :
Si les parents interdisent d'en parler, que disent les
médecins à un enfant de 12 ans?
Anne Chacé, pédiatre, Villeneuve Saint-Georges
:
Sur une toute petite cohorte, nous avons au moins 3 enfants que nous n'arrivons pas à traiter à cause de ce problème de secret alors que l'indication devient urgente. On travaille avec la famille depuis des mois mais le secret est tellement grave qu'il nous est impossible de traiter. Il y a perte de relation entre l'équipe médicale et la famille.
Didier Jayle, CRIPS :
Question aux équipes médicales: dans quelle mesure
l'arrivée des antiprotéases a-t-elle modifié
votre perspective d'avenir de ces enfants et leur prise en
charge?
Florence Veber :
Il n'y avait pas de groupe de parole avant mais aussi parce
qu'ils étaient plus jeunes. C'est la première
génération d'adolescents. Sur la pratique
médicale: les évolutions diffèrent
complètement en fonction des enfants. L'angoisse était
beaucoup plus importante mais on n'a jamais pensé à la
chronique d'une mort annoncée. Les antiprotéases ont
ouvert grand une porte entrouverte.
Isabelle Funck-Brentano :
Avant les antiprotéases, cela nous aurait posé
problème moral de créer un groupe de parole
d'adolescents face au risque de dégradations physiques
importantes. Beaucoup vivaient avec l'angoisse de mort flagrante.
Nicole Athéa :
Je n'ai vu les jeunes filles arriver qu'après les
antiprotéases. Mais le gros changement, c'est le désir
d'enfant. C'est devenu un problème.