juillet 2001
42ème RENCONTRE DU CRIPS
Immunothérapie et VIH :
Interleukine 2 pour tous?
Pr
Michel Kazatchkine, Directeur de l'ANRS
L'immunothérapie en général et l'Interleukine 2 (Il2) en particulier constituent un nouvel abord du traitement de l'infection à VIH.
L'infection à VIH provoque des anomalies du système immunitaire et, notamment, une atteinte des lymphocytes T CD4+, qui ont une fonction de contrôle de toutes les activités immunitaires. Cette atteinte est qualitative avant de devenir quantitative. Cette perte de fonction du système immunitaire s'appelle l'anergie des lymphocytes.
Parmi les altérations très précoces du système immunitaire, on trouve un défaut de production des Interleukines par les lymphocytes T, en particulier de l'Il2 qui permet aux lymphocytes de s'activer et de répondre de façon correcte aux agressions.
En augmentant le nombre de lymphocytes T CD4+, les thérapies antivirales hautement actives (HAART) aident à la restauration immunitaire qui reste cependant incomplète. D'où l'idée d'adjoindre au traitement une immunothérapie par Interleukine 2 pour aider et/ou accélérer cette restauration immunitaire.
Les avantages de ce double traitement sont:
- Une augmentation des T CD4 plus rapide;
- A long terme, une baisse de la charge virale plus importante et
durable;
- Chez certains malades sous HAART pour lesquels on observe une
baisse de la charge virale (CV) mais pas d'augmentation des T CD4,
l'ajout d'Il2 provoque, dans plus de 50% des cas, une
récupération immunitaire;
- Enfin, un article a récemment signalé une purge
possible des cellules réservoir.
Il s'agit donc d'un médicament très prometteur.
Faut-il donc concevoir une
généralisation de cette thérapeutique?
Trois problèmes sont à prendre en compte avant
d'en élargir l'utilisation:
- Les effets secondaires;
- Le coût (pour l'instant, l'Il2 n'est fabriquée que par
une seule firme);
- Et l'efficacité clinique qui n'a pas été
documentée. Les patients qui prendront de l'Interleukine
iront-ils cliniquement mieux que les patients qui ne prennent que des
antirétroviraux?
Deux essais en cours, SILCAAT et ESPRIT, devraient apporter un début de réponse à cette dernière interrogation.