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juillet 2001

42ème RENCONTRE DU CRIPS
Immunothérapie et VIH : Interleukine 2 pour tous?

 

    Serge Le Coz, Actions Traitement, Groupe interassociatif TRT5

 

Le point de vue des associations

Face à l'Il2, les associations sont passées par plusieurs phases.

Avant l'époque des trithérapies, les essais montraient des remontées des CD4 mais sans charge virale contrôlée. Les bénéfices ne paraissaient pas évidents par rapport aux effets secondaires, d'autant que l'on constatait des petites remontées de charge virales à chaque cure. Tout le monde était très sceptique.

On se posait aussi la question de savoir si ces nouveaux CD4 induits par l'Il2 étaient fonctionnels. On sait maintenant que oui.

On s'est aussi aperçu que les effets secondaires de l'Il2 sont prévisibles et peuvent être gérables. Il a alors paru important aux associations d'offrir ce produit aux personnes qui ont une charge virale bien contrôlée mais dont les CD4 restent obstinément au-dessous de 200.

A l'heure actuelle, la grande perspective et le grand espoir pour les personnes atteintes est de pouvoir arrêter, au moins momentanément, le traitement antirétroviral. Les associations suivent donc de très près les protocoles d'interruption thérapeutique qui font appel à l'Interleukine 2.

 Les associations sont également attentives aux essais qui sont en train de se mettre en place sur l'utilisation de cette hormone dans le traitement de l'hépatite C, avec ou sans coinfection par le VIH.

L'attitude vis-à-vis de ce produit a beaucoup évolué. On en voyait surtout les effets secondaires. On les voit toujours, mais aujourd'hui, on en voit surtout l'intérêt.

Anne-Laure Marie :
Un traitement par Il2 avant la trithérapie est-il envisageable?

Jean-François Delfraissy :
Il faut savoir qu'en France, 87% des patients suivis en milieu hospitalier sont déjà traités. Mais il faut replacer cette question dans une perspective plus générale. Maintenant, les patients envisagent l'infection à VIH et son traitement dans la durée, comme une maladie chronique dont les indications thérapeutiques ont tendance à baisser.
La priorité est d'obtenir une défense personnelle correcte par les CD4 et de la maintenir le plus longtemps possible. Tel est le but, quelle que soit l'approche thérapeutique: antirétroviraux, interruptions thérapeutiques, immunothérapie.
On peut envisager l'Il2 avant les arrêts pour permettre de mieux contrôler ces arrêts. Des essais dans ce sens sont en cours d'élaboration et devraient démarrer début 2002.
D'autre part, chez des patients qui ne sont pas encore traités, pourquoi ne pas envisager de faire remonter des CD4 pour les maintenir à un niveau qui permettrait d'attendre dans des circonstances "confortables"? L'essai ESPRIT tentera de répondre à cette question, mais pour une seule frange des patients. C'est de toute manière une idée intéressante car, après l'Il2, la baisse des CD4 est identique à celle constatée dans l'infection "naturelle", c'est-à-dire d'environ 70-80/an. Elle n'est pas plus rapide. On garderait en réserve des interventions thérapeutiques, y compris par des antirétroviraux de 2e et 3e génération. C'est un concept qui était inimaginable il y a un an et qui est encore très peu imaginable par beaucoup de médecins infectiologues. Mais c'est une idée qui mérite d'être creusée.

Serge Le Coz :
J'ai l'impression que les patients ont dépassé l'image "négative" de l'Il2 et commencent à en voir les aspects positifs.

Anne-Laure Marie :
Le Pr Delfraissy a parlé tout à l'heure d'essais qui n'ont pas été mis en place en 1997/98 car la trithérapie faisait preuve d'une telle efficacité par rapport à la bithérapie qu'il était difficile de proposer moins. Est-ce qu'aujourd'hui de tels essais seraient envisageables et intéressants?

Laurence Weiss :
On a tous des patients qui vont bien sous bithérapie. On leur propose en priorité l'essai ESPRIT. Mais proposer maintenant un essai trithérapie versus bithérapie+Il2 serait encore très difficile. Ni les médecins ni les patients n'y adhèreraient.

Serge Le Coz :
C'est vrai mais notre attitude évolue. On connaît tous des patients qui ont une bithérapie+Il2, une charge virale contrôlée et des CD4 magnifiques. Cela fait réfléchir!

Didier Jayle :
Comment peut-on expliquer que des cures de 5 jours espacées ont un effet à long terme?

Laurence Weiss :
La durée de 5 jours des cycles d'Il2 vient du fait que si la concentration en Il2 est importante, le récepteur Il2 à la surface des CD4 disparaît au bout de quelques jours. Il n'y a donc plus de réponse CD4 à l'Il2. Pendant les 5 jours, les CD4 prolifèrent beaucoup. D'autre part, leur survie augmente. Ce qui, au fur et à mesure des cycles, accroît leur pool.

Jean-François Delfraissy :
Par contre, on a assez peu d'études comparatives pour expliquer les espacements de cures de deux mois. Autre question: les doses. On utilise en majorité des doses intermédiaires, une sorte de compromis entre les doses très élevées utilisées en cancérologie et les effets secondaires. Mais il existe deux groupes dans le monde qui travaillent avec de toutes petites doses, soit journalières, soit tous les deux jours.

Gustavo Gonzalez-Canali :
Est-ce que pour mesurer les effets, tant immunologiques que cliniques et virologiques de l'Il2, on n'aurait pas besoin d'autres marqueurs que la charge virale?

Jean-François Delfraissy :
Avec les antirétroviraux dont nous disposons actuellement, nous savons que nous ne pouvons pas éradiquer le virus. Il faut attendre d'autres molécules pour tenter de réaborder cette question. D'autre part, ce sont des médicaments efficaces dans 70% des cas, mais avec un certain nombre de difficultés sur le long terme. Quand on traite, on doit traiter le plus efficacement possible et avec comme objectif de faire baisser le plus longtemps et le plus possible la charge virale. Ce n'est pas contradictoire de dire que ce n'est pas suffisant, que ce n'est pas le seul objectif comme on l'a cru pendant une longue période. D'autres objectifs sont apparus parce qu'ils s'inscrivent dans la durée comme la conservation de la réponse immunitaire le plus longtemps possible, grâce à l'immunothérapie ou aux interruptions thérapeutiques. On est dans de véritables stratégies thérapeutiques complexes, dont il va être difficile de montrer l'efficacité.

 

 

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